‹ La chanson des Gueux (volume 3)Chapitre 55 sur 194 · NATIVITÉ · texte numérisé non relu

NATIVITÉ

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D’aucuns ont un pleur charitable Pour Jésus né dans une étable.

Je sais un sort plus lamentable.

Je sais un enfant ramassé, Un jour de décembre glacé, Nu comme un ver, dans un fossé.

Il est nuit. Pas une voisine | N'offre sa grange ou sa cuisine À la pauvre mère en gésine.

Malgré sa mine et son danger, Qui donc voudrait se déranger ?

Elle est en pays étranger.

Donc, depuis Pétape dernière, Se traînant d’ornière en ofnière, Elle va, bête sans tanière,

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Bête hagarde qui s’enfuit > Et cherche à tâtons un réduit, Les yeux grands ouverts dans la nuit.

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Ses reins lui pèsent. Ses mamelles Que gonflent des cuissons jumelles Sont pleines comme des gamelles.

Son ventre, où flambent des charbons, Sent l’enfant, fils des vagabonds, Qui veut sortir et fait des bonds.

Elle va quand même, plus lente, Tirant ses pieds lourds dont la plante Saigne. Elle va, folle, hurlante,

Soûle, et, boule, roule au fossé Et maudit le mâle exaucé Par qui son flanc fut engrossé.

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La face au ciel, comme en extase, ta Elle se tord. Son cou s’écrase FE Sur les cailloux et dans la vase.

| Elle accouche enfin, en crevant; | Et le gueux nouvel arrivant

| Grelotte et vagit en plein vent.

Le vent est dur, sa chair est nue.

Aucune étoile dans la nue Ne vient saluer sa venue.

| Pas de mages, pas de cadeaux,

| De crèche, de bergers badauds!

| Il est seul, couché sur le dos,

Comme un supplicié qui claime, 4 Tout noir près du cadavre blême, SA Sans personne au monde qui l’aime; se 0

Et, par sa mère au ventre ouvert Je jure, le front découvert, Que l’autre n’a pas tant souffert!

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Quand s’entr’ouvrent les yeux des marguerites blanches, Quand le bourgeon tremblant palpite au bout des branches, D Quand les lapins frileux commencent, le matin, 1e À sortir du terrier pout courir dans le thym, hi. Quand les premiers oiseaux chantant leurs chansonnettes Font dans le ciel plus pur vibrer leurs voix plus nettes, À l’époque où le monde heureux se rajeunit,

Les petits mendiants doivent quitter leur nid.

Ils sortent de la hutte où, comme des marmottes, | Ils ont dormi l’hiver auprès d’un feu de mottes, Cependant que la mère attisait le brasier

Et tressait en chantant des corbillons d’osier.

C’est à vendre ces blancs hochets aux verts losanges Qu'ils vont gagner leur pain, les pauvtes petits anges. | Le père est mort depuis quatre mois. La maison 4 Est trop chère à louer, et pour cette raison

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La mère chez autrui va devenir servante.

On se retrouvera pour la saison suivante,

Quand on aura gagné quelque argent cet été.

En attendant, chacun s’en va de son côté.

Les petits prennent leur baluchon sur l’épaule

Et mettent leurs sabots au bout garni de tôle.

Et quand la mère, avec des sanglots dans la voix, À baisé le dernier une dernière fois,

Ils partent, se tenant par la main, d’un air grave. L’aîné siffle un refrain pour paraître plus brave: Mais il sent de gros pleurs lui rouler dans les yeux. Il ne pleurera pas; car c’est lui le plus vieux,

Car le long des chemins voici qu’ils sont en marche,

Et l’enfant de douze ans devient un patriarche.

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