AU PAYS DE LARGONJI
LES MOMES
Les marchands de marrons allument leurs fourneaux Aux encoignures des mastroquets, dans les brumes. Voici le dernier cri des chandes de cerneaux Annonçant l'hiver et ses rhumes.
Les petits va-nu-pieds qui n ont pas de logis Aux fourneaux amarrons viennent chauffer leurs pattes, Et la porte de feu met sur leurs nez rougis Des rayonnements de tomates.
Quand le vieux Savoyard tourne ses gros yeux ronds Pour voir ce qui se passe au fond do l&boutique, Les petits effrontés lui chipent des marrons A la barbe de la pratique.
i52 LA CHANSON DES GUKUX
Pais ils vont, ô vendeuse aux regards peu subtils, Te filouter, pendant qu'à causer tu t'arrêtes, Des cerneaux qui leur font les doigts noirs comme s'ils Avaient fumé cent cigarettes.
Entre eux, ils sont un peu frères, un peu cousins; Aussi dénichent-ils des gosses, des petites, Qu'ils envoient mendier, en guettant les roussins, Pour se payer deux ronds de frites.
C'est leur dîner. Et comme il faut boire en mangeant, Comme ils adorent boire à la fraîche à la glace, Comme ils ne veulent pas dépenser leur argent, Ils s'ingurgitent du Wallace.
Car ils ont de l'argent, les mômes sans taudis. Comment? C'est leur affaire. Il se fichent du Code, Et volent, pour pouvoir, du haut du paradis, Rigoler au drame à la mode.
Non qu'ils déboursent rien pour entrer, car ils font Leur contre-marque aux gens qui sortent ; mais leur braise Leur sert à se payer un vague carafon De limonade calabraise.
A minuit, l'estomac creusé, les yeux pesants, Refumant les mégots jetés près du théâtre, Ils iront retrouver leurs femmes de ijouze ans Qui couchent dans les fours à plâtre.
GUEUX DE PARIS lf>3
Ces mômes corrompus, ces avortons flétris, Cette écume d'égout, c'est la levure immonde De ce grand pain vivant qui s'appelle Paris Et qui sert de brioche au monde.