‹ La chanson des gueuxChapitre 94 sur 110 · MON VERRRE EST VIDÉ · texte numérisé non relu

MON VERRRE EST VIDÉ

Dans un verre de Bohôme

Creux comme un ravin, J'ai versé du vin que j'aime,

J'ai versé du vin.

Mon estomac peu sévère

S'en est inondé.

J'avais du vin plein mon verre.

Mon verre est vidé.

Le vin fumeux de la gloire

Tenta mon cerveau, Et je voulus aussi boire

De ce vin nouveau.

Ce vieux tonneau qu'on révère,

Je l'ai débondé.

En songe, il remplit mon verre.

Mon verre est vidé.

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NOOS AUTRES GUEUX 227

L'amour est une piquette

Qui mord le palais.

Or, je m'en suis mis en quête,

Du bouge au palais.

Effeuillant la primevère

Dans ce vin fraudé, J'ai bu l'amour à plein verre.

Mon verre est vidé.

Loin des chants et des vacarmes,

Dans un coin bien clos, J'ai fait du vin de mes larmes

Et de mes sanglots.

Mis en croix sur un calvaire,

De fiel transsudé J'ai bu sans pâlir un verre.

Mon verre est vidé.

Après tant de boissons vaines,

Que boire a présent?

Reste le sang de mes veines.

C'est du mauvais sang.

N'importe ! Je persévère.

De mon cœur ridé Le sang pleure dans mon verre.

Mon verre est vidé.

On faisait un doux roman Sur l'antique ritournelle, Quand arrive au beau moment Le couic de Polichinelle.

Couic ! il faut te déranger, . Dit la panse inassouvie.

Couic ! rêver est un danger Quand on doit gagner sa vie.

Couic! travaille, va, viens, cours!

Le reste n'est que mensonge, Et les instants sont trop courts Pour les «dépenser en songe.

O vie âpre qui nous tords Comme un grain dans une roue, Vie aux yeux creux, aux pieds tors, Aux doigts crochus pleins de boue,

Polichinelle moqueur, Ventre, amour, chose infernale Qui viens nous percer le cœur De ta pratique banale,

Pour ton vulgaire souci, Pour tes stupides services, Comme on te haïrait, si Tu n'avais pas tant de vices !

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