SONNET IVRE
Pourtant, quand on est las de se crever les yeux, De se creuser le front, de se fouiller le ventre, Sans trouver de raison à rien, lorsque l'on rentre Fourbu d'avoir plané dans le vide des cieux,
Il faut bien publier les désirs anxieux, Les espoirs avortés, et dormir dans son antre ' Comme unebête, ou boire à plus soif comme un chantre, Sans penser. Soûlons-nous, buveurs silencieux!
Oh! les doux opiums, l'abrutissante extase! Bitter, grenat brûlé, vermouth, claire topaze, [ Absinthe, lait troublé d'émeraude. Versez !
Versez, ne cherchons plus les effets ni les causes ! , Les gueules du couchant dans nos cœurs terrassés Vomissent de l'absinthe entre leurs lèvres roses.