SCIENTIFIQUE "DISSERTATION SUR LIVROCNERIE 'BRETONNE
JE vois des ventre-creux qui vivent d'une croûte. Je vois même de gros emplffreurs de choucroute. Je vois des gens d'esprit, des malins, des penseurs. Des vieux portant bésicte, austères et censeurs. Je vois des aigrefins, faisant les difficiles, Des cuistres, des goujats, des sots, des imbéciles, Des goinfres, des lourdauds, des bdfreurs, des Normands, Qui nous accusent d'être ivrognes et gourmands.
Oui y je sais qu'on en rit. Et je sais qu'on en cause. Eh bien, que voule:{'VOUS , c'est le climat la cause, Alle^y vous dis-je, alle\ : coure\ tous les pays, L'Arabe se remplit le ventre de maïs.
Le superbe Espagnol^ dont f haleine est étrange^ Vit dune gousse d'ail^ et d'un quartier d'orange. Les pouilleux de Florence, et les la\:{aroni Vivent de l'air du temps et de macaroni.
Au pays de Mireille, à l'ombre du platane, On déjeune d'un bon melon de Barbeniane.
A-t-on le gosier sec, après le sirocco ?
On se contentera d'un verre de coco.
Mais nous, nous qui vivons sous d'autres latitudes, Nous avons d autres goûts, et d'autres habitudes. Nous vivons dans la brume, et dans l humidité. Etonne\-vous qu'on mange avec avidité!
Ah! ce n'est point d'oignons, de pastèques, d'amandes, Que nous meublons le creux de nos panses gourmandes. Il nous faut d autres mets que des gâteaux de ri\. C'est de bœuf et de lard que nous sommes nourris.
Les soupes, que l'on trempe aux marmites béantes.
Et quon bâfre dedans des écuelles géantes;
Les bouillis monstrueux, les boudins succulents.
Le lard rose, qu'on sert en quartiers opulents.
Et qui laisse au menton deux longs sillons de graisse,
L'andouille, dont l'odeur vous met en allégresse ;
Les tripes y les rognons ^ les divins aloyaux^ Voilà nos mets^ à nous^ Gastronomes royaux!
Or, quand le Ventre agit, quand r Estomac travaille, Nous leur aidons, avec d'abondante buvaille.
Pour faire ^ au fond du sac, descendre les morceaux^ Du cidre à plein gosier, du cidre par ruisseaux !
Donc, il faut boire. Donc nous buvons, Cest affaire De :{one^ de climat^ de degré sur la sphère.
O Bretons^ bas-bretons, paillards et ripailleurs^
J'y pense et j'en frémis : nous pouvions naître ailleurs!
Oh ! Dieu! s il nous fallait vivre loin de la France^
Parmi les Esquimaux^ ces mangeurs d'huile rance.
Ces malheureux^ qui n'ont, en guise de boisson,,
Que l'amer déplaisir de sucer un glaçon.
S'il nous fallait, en plein désert,, traire aux chamelles
Le lait dur et moisi de leurs vieilles mamelles,
Et nomades, avec les pasteurs de troupeaux,
Humer l'eau qui croupit dans des outres de peaux !
Nous pouvions naître encor sur les bords de la Seine :
Là, des gens patentés font le commerce obscène
De vendre au pauvre diable un vin sûr et malsain,
Où Ion fourre de tout, excepté du raisin.
Non. Dieu^ plein de bonté pour la gent buvassière, Fit pour nous une bonne et grasse Nourricière : Il donna donc, un jour, la Bretagne aux Bretons. Bénissons-le. Buvons à sa gloire. Et chantons !