‹ La chanson du paysan [microforme]Chapitre 37 sur 73 · LE VIEIL ORME · texte numérisé non relu

LE VIEIL ORME

Au détour de la route où la chaumière assise, Ouvre grande sa porte à t:< les indigents, Un vieil orme dans l'air tel un clocher d'église,

Se dresse les bras pleins de nids blonds et de chants.

Son ombre sur le sol dès l'aube revenue, En tournant marque l'heure au désir du soleil, Et voile le ruisseau dans la vague étendue,

Déroulant ses anneaux à un serpent pareil.

Comme un phare géant sur le bord d'un rivage, Il aperçoit de loin, le premier, au retour, L'exilé revenant après un long voyage

Prier sur ces tombeaux où veille son amour.

LA CHANSON Dpt PAYSAN

Répandant son parfum d'un geste autoritaire, Il regarde à ses pieds défiler les troupeaux , I résiste à l'orage et brave le tonnerre,

C'est le refuge aimé d'innombrables OISCEUX,

Son épais rideau vert grimant le paysage, Comme sur le théâtre, un féerique décor,

Nous fait plus tendre à voir le paisible village

Où le blé dans les champs semble une nappe d'or.

Combien de paysans à l'ombre de son faite.

Ÿ sont venus chercher un instant de repos !

Ah! combien de bambins aux jours heureux de fête,

En firent le témoin de leurs charmants propos !

Comme les bonnes gens, très courte est son histoire D'une prairie en friche arrache sans regret, Il fut alors planté je le tiens de srand'méère

Par mon fier bisaïeul. tout près de ce Losquet.

Or, quand l'automne roux, vêtu de ses fourrures, Passe en sifant sa haîne aux échos de nos bords. L'arbre, le cœur meurtri par maintes engelures,

Éraigne son feuillage à tous les noirs hasards.

I'en jette en silence aux seuils des fermes blanches. Dans les jardins déserts, sur le pâle gazon : Et quand plus une feuille enguirlande les branches,

Sa tête chauve au vent annonce l'abandon.

Quand l'ouragan l'aura couché dans la poussière,

Sur lui s'acharnera le rude bûcheron :

Son bois mort servira de nouveau sur la terre,

Il sera rouet, ber, huche, table, aiguillon.

Et quand las de marcher vainement dans la vie, Le cadran de mes jours cessera mes tourments :

Quand sur le monde ingrat et la foule ennemie

Se fermeront mes veux à leurs plaisirs absents :

LA CHANSON Dpt FAYSAN

Quatre planches seront ma fidèle demeure, Et ce qui reste, hélas ! de tous ces souvenirs

Que le vieil orme évoque à cette heure meilleure.

Où sonne le glas frêle et lent des repentirs !

Page 1