SCENE \1IL
ROSE , LE BARON appuyé sur h bras
f/'nORTENSIi. FRLC ! l EUX, CARPEN-
TIER, VlillTBOIS. (Un domestique les
précède en portant une lampe aUumr'e
quil pose sur le guéridon. Un autre dO'
meatique suit, p( riant le café.)
LE BARON, l)a$à lîortenstetco'omeen continuant une phrase cnnmencée. Ce n'est pas pour rela, j<^ pense, que vous me mitlrezdans une de ces colètes qui me sont si fatales !... Encore une fois, je me fjis vieux ; jo ne suis pas toujours aimable , je n'ai pas d'autre uioyen de récompenser vot e dévoûment.. . et jç vous dis que vous accepierez cetie donation !
HOUTENSE. Mais, mon ami.,,
LE BARON. Hortrnse, je W. veux ! (Àpprcevont Ros'' au moment où Hortense lui quitte le bras pour aller sercir le café.) Ah ! voilà ma peiiie Rose !*
ROSE. Bonsoir, monsieiir le baron. Ça a-t-y éié suivait vos d'sirs aujourd'hui, la santé ?
LE BARON. Mais oui, mignole, à peu près, merci.
ROSE. Bonsoir, madame la baronne et la compagnie* qu' vous avez !...
HOurENSE. Me' ci. Rose! On ne t'a pas vue aujourd'hui ?..
RO.^E Ah î ben, voyez-vous, c'est qu' quand il fait un b*au ch- r temps comme d puis quéqups jours ça fait chanter 5e^ oiseaux, ça 1. s rend [)lus gourmands et plus voleurs d' chènevis, et laul que j' soye là dès le réveil des allouettes.
vERTBOis. En vérité ! voi à an des meilleurs diners que j'aie faits de ma vie ! et j'en ai faii quelques-uns d'à sez bons !
HORTENSE, le regardant , à part. Ah I celui-là, je le tiens par la bouche, ei je le tiens bien !
VER I BOIS. Tout était d'une fraîcheur, d'un à point... n'est-ce pas, Carpenlifr ?
CARPEiSTiER. Moi, mousleur le maire, jc. . Il me semhh'.si j'ose m'expriiuer ainsi, que... mais je vais peut-être trop loin, et je vous prie de...
LE BARON, à Verthois. La timidité du tabellion e>t iucurab'el La vérité est que ma chè e Hoi tense nnus fait toujours dîner comme (luand Lticullusdînait rhez i^uculJus.
VERTBOIS. avec une pointe d'ironie. On voit que madame la baronne a appris au faubourg Saint-Germain l'art de ncevoirses convives... (Allant près d' Hortense.) De moins CM moins Catherine, de plus en plus banmne! bravo!
CNRPENTiEB. Auprès de madame la baronne, pour ainsi dire, on.» on... on... non
• Carpeniier, Hortense, Fructueux, le Baron, Rose, VertboiSo
que je veuille cependant... mais mon sujet m'rmporte ei je... je... je...
FRLGTUHJX. Crédié ! sont-ils flagorneurs ces viciix fmots-là ! l'un amoureux de ma cousine, l'autre amoureux cht sa cuisine! {C or pentier est allé s asseoir sur la causeuse. ] HORTENSE, bas, en lui offrant du café. L?. baron tient à la donation et ne parle plus de testament.
CARPEKTiER. Tant mieux pourrons, chère madame; croyez-en un notaire qui oserait vous dire qu'il vous aime si...
HORTEN^E. Taisez- vnus donc, monsieur Carpentier, vous n'y pensez pas ! un homme marié!...
CARPENTIER. Oui, marié, oui .. un peu!... mais \oiià si longtemps !,.. Et, si je puis m'exprimer ainsi, une donaiion est préférable à un testament, qu'un autre testament peut toujours...
HORTE^SE, toujours à demi-voîœ, tandis que Rose à son insu safproche d'elle et V entend. Il veut que cela :voit f.»it et signé dès demain ; je désirerais donc vous parler des termes de l'acte, ce soir même. .. mais je ne veux pas qu'on nous voie causer ensemble. Tout à l'heure je vous ferai prévenir par Rose on par Fructueux. [Ils se séparent. Fendant ces motSt le Baron causait avec Verbois auprès du guéridon où ils se sont assis. Horteme revient vtrs eux pour leur servir le café. En ce moment on entend plusieurs voix chanter au dehors.)
Air de la Closerie des Genêts.
 plein cœur, à tu' tête, Chantons, mes amis.
Le patron de la fête.
L'ami du pays!
C'est la fête à Saint Pierre I Chantez donc Ion lan iàî Château, ferme et chaumière, Lon, lan, la!
Pour ce jour-là Saint Pierre Chez nous passera I
LE RARON. Qu'est-ce que cela?
ROSE. C'est des jeunes gens du village, monsieur k baron, qui se promènent comme ça en chantant la fête dont c'est d'main le preujier jour. C'est un usage du pays ! Oh ! nos pajsans sont très-chasiteurs ! Pas un jour de repos qui les trouve sans cantique ou sans chanson , et c'est ça qui toute jeunette m'a fait chanter n)oi-méme plus vile et plus fort que les enfants de la ville.
LE BARON. Ah ! ah ! c'est demain que commence la fêle qui verra couronner ma petite Rose. Veux-tu du café , dis , mes grands yeux ?. . .
ROSE. Bien d' l'honneur, monsieur le ba-
ron I c'est un peu amer î mais j'en boirai ben tout d' même comme plein un dé !
LE BARON, lui veïsant lui-même. Tiens, friande.
ROSE , prenant la tasse et à demi-voix. J'auiais volontiers des choses à vous dire, si vous vouliez comme quéquefois faire un tour d' jardin appuyé sur mon b'as ?...
LE BAi\ON. Oui, mignote, mais plus tard.
HORTENSE, qui a quitté le baron pour offrir une tasse a Fructueux. Tache donc de te rendre un peu aimable. Fructueux, et fais ta cour à la Rose.
FRUCTUEUX, d'un ton courroucé. Crédié !
c'e^t vous qui l'êtes, aimable ! et trop bigrement encore... (// se rapproche du Baron, et., après quelque hésifation, va parler; en cherchant ses mois , il joue avec sa cuillère à café trempant dans sa lasse.) Figurez-vous un peu, monsieur le baron... [En parlant, il fait sauter sur le Baron sa cuillère pleine de café. )
LE BARON, se levant furieux. Allons, bon ! me voilà couvert de café ! Ce Fructueux invente tous les jours de nouvelles maladresse!...
ROSE, esuyant V habit du Baron. Il n'I'a point fait méchamment, monsieur le baron...
HORTENSE. Allons, mon cher Georges, ne vous emportez pas; rappelez-vous les conséquences de vos colères. [A Fructueux.) Imbécile !.. . (Le Baron va s asseoir à Vautre table. Rose veut ij transporter la lampe. Fructueux la devance; mais en posant la lampe sur la table de gauche , il touche un bouton, éteint la lumière. La nuit se fait.)
LE BARON. Bien ! bien t bravo ! Ah ! il se forme, Horten^e, votre parent! Sonne donc! il y a une autie lampe, peut-être!
HORTENSE. Vous savcz bien qu'ill'a jetée par terre tout à l'heure. [Bas, à Fructueux.) Va-t'en ! (Elle va sonner ; Fructueux reste immobile et comme anéanti.)
LE BARON. Messieurs, je vous demande mille pardons...
VERTBOis. Comment donc, monsieur le baron !.. . ce jeune homme est un original,. . {A Bortense.) Dans les grandes familles il y y a toujours qiielque original!... (A part.) Celui-ci en est un de haute futaie.
ROSE, profitant de l'obscurité pour s'approcher de Carpentier, et Impartant à voix basse.) Dans un quart d'heure, madame la baronne vous attendra au jardin, dans l'allée des tuyoles... {Un Bornes tique apporte des flamheauxet range le guéridon dans un coin. )
HORTENSE, revenant à Fructueux. Occupe-toi de Rose et fdis-loi ta cour.
FRUCTUEUX. Crédié! je suis joliment mal àmoA aise, allez!... {Fructueux se rap-
proche de Rose qui est resiée près de Carpentier. ) Rose ! belle chante toujours !... c'est pourtant l'amour que j'ai pour vous qui me fait faire des coups pareils !... [A part) Voilà qui est fort!...
ROSE, regardant de côté Hortense. Oui, oui , je l'connais vot' ainour !
FRUCTUEUX. Eh bien, si vous le connaissez. . .
ROSE, plus bas. Allez m'attendre dans r potager, j' vous y rejoins; si vous rencontrez Giiioubet, qui me guette toujours , dénichez-le de là bravement !. . (En écoutant Rose et regardant Hortense à la dérobée. Fructueux, j^lacé derrière Carpenfier qui savoure son café, a machinalement enroulé autour de son doigt une boucle dus cheveux de la perruque du notaire. Comme il fait le geste de joindre les mains pour remercier Rose, il enlève la perruque attachée à sa main. )
CARPENTIER. Ah ! mon Dieu ! tuon Dieu ! qui est-ce qui... Ne m'en veuillez pas si... Mais, mais, mais...
LE BARON. Qu'est-ce encore? Ah ! bien !...
VERTBOis, riant. Charmant! charmant!
ail! ravissant! {À part.) 11 est d'un diôle à faire dresser les cheveux !
HORTENSE, furieuse , à Fructueux, Vat'en ! {Fructueux rend la perruque et va tomber assis sur une chaise au fond du salon.)
LE BARON. Attachez votre cousin, Hortense, ou mettez-le à l'école ; je l'exige ! Il me fera étouffer de colère.
HORTENSE. Mon ami !
LE BARON. Faisons-nous un piquet, maître Carpeniier? Vous me battrez, ça vous consolera.
CARPENTIER. Grand merci , monsieur le baron; mais je craindrais de retaider encore ma digestion qui vient d'être troublée , c'està-dire, ^t. .. si... je préft^rerais prendre un peu l'air. (Il regarde Hortense.)
HORTENSE. Molrc cher notaire a raison.
Que Rose nous dise plutôt une de ses chansons.
VERTBOiS, passant la main sous le menton de Rose. Elie a une voix délie euse !...
ROSE, s' échappant. C'est une voix assez clairette, monsieur le maire, v'Ià tout... Ça vient de c'que je n'mange point trop follement!...
LE BARON. Allons, soit! Rose, nous Vécoûtons, ma mignote 1
ROSE , qui a regardé plusieurs fois à la dérobée la porte de la bibliothèque. C'est baptisé comme ça : « La chanson de l'Enfant prodigue. »
HORTEKSE , après un mouvement presque imperceptible. Ah!... n'as-tu pas une autre chanson, petite?
ROSE, s' approchant délie, et bas, L'notaire va vous attendre à l'allée des tuyoles, à cause du testament.
HORTENSE. Chut!...
ROSE, chantant.
Air : De la mère indienne. (F. David.) Loin du pays prospère Où le nourrit sa mère.
On vit s'enfuir l'enfant Vers un monde méchant, Loin du champ De son père !
Pendant ce couplet Carpentier s'est levé et gagnant à petits pas la porte du fond, il est sorti en se dirigeant à droite ; un instant après, Fructueux se levant, est sorti aussi, se dirigeant à gauche ; à ce moment au delà du perron le jardin est plein d'une obscurité noire.
VERTBOis, pendant la ritournelle qui lie les couplets entre eux. West-ce pas un peu méiasicoique pour une chanson après dîner? Il me semble qu'une partie d'écarté...
ROSE, 6as. Madame Dupont vous attend dans l'chemin du Clos-Fleury.
VERTBOis, bas. Vraiment! {Haut.) Au reste , voyons la suite ! Continuez , Rose chantante.
ROSE, reprenant.