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La charité et son opportunité actuelle [microforme]

La charité est une vertu qui agrandit l’homme et qui lui fait atteindre les hauteurs incommensurables de l’immortalité. Celui qui ce sent animé de cette vertu est un être de la légèreté d’un ange. Celui qui est charitable peut pénétrer partout sans entraves ; la chaumière, le château et le ciel lui ouvrent leurs portes toutes grandes, et leurs êtres l’accueillent avec des sourires ineffables et des mains tendues.

L’homme charitable ne fait que toucher à la terre, tant le matériel chez lui est épuré, tant le spirituel l’anime, l’entoure et le domine ; ses pas n’éveillent pas d’échos, mais ses œuvres le trahissent, tôt ou tard, et le font connaitre. Lorsque la misère s’abât quelque part, l’homme charitable n’est pas'loin en arrière ; sa venue est quelques fois retardée de quelques instans par les sages mesures de la Providence, mais il arrive toujours au temps nommé vour remplir son ministère sacré ; il arrive toujours pour soulager le malheureux, d’une manière ou d’une autre, et sa présence a toujours l'effet de calmer la violence du mal qu’il recherche, et qu’il trouve toujours. Lorsque quelqu’un tombe dans la détresse, une nouvelle couronne se tresse par les mains angéliques pour récompenser celui qui viendra à son secours. Que de couronnes se fabriquent ainsi au-dessus de nos têtes pour les grand cœurs qui se donnent la mission de soulager la misère! La vie des anges est une vie active. 1

Soulager une misère ordinaire et solitaire c’est répandre un bienfait dans un petit cercle, et attirer en retour des grâces en rapport avec cet acte ; mais soulager une misère qui s’étend sur un grand nombre, dans un pays étranger, et qui menace la sécurité de tout un peuple ; c’est allonger la main qui donne, et c’est la rendre propre à saisir en retour une immense mesure de grâces. L’âme comprendra cette pensée, et saura apprécier ce retour que, l’homme matériel nommerait imaginaire ; ce qui n’est qu’une image pour les sens est une réalité pour l’âme, qui seule sait bien imaginer et comprendre.

L’homme extérieur et charnel se fait quelques fois charitable pour le bien matériel que cet acte devra lui rapporter. C’est alors un açte qui, sem blable à un arbre, manquant de la qualité nécessaire à la sève, ne sait produire que des feuilles. Celui qui donne doit avoir en vue, un bût louable, s’il veut que son action lui profite positivement.

Celui qui donne avec la main du cœur, n’est jamais pauvre. Il est facile de s'assurer de cette vérité en jetant un coup d’œil dans les cercles parti-

culiers gpl nous entourent; celui qui donne avec la main charnelle, ou matérielle, ne récolte pas toujours la moisson à laquelle il s’attendait ; la main charnelle se referme fortement après avoir donné, mais la main du cœur s'ouvre toujours au-devant de la droles, Celui qui donne facilement à son semblable, reçoit facilement du ciel. Le cœur comprend cette théorie, qui ne se fonde pas toujours sur l’arithmetique ; mais les sens, qui ne font calculer, ne sauraient la comprendre. La science morale s’apprend au fond de l’être et a des anges pour précepteurs; mais la science physique s’apprend dans les dehors froids des sens, et a souvent des êtres bien imcomplets pour inspirateurs.

L'organisation de la nature est telle, que le mal se trouve uni au bien par bien des liens. Ces liens échappent souvent à notre intelligence, et on g’imagine bien à tort que ces liens n’existent pas. Avant la découverte du microscope, les infiniment petits êtres qui peuplent une ligne carrée, n’existaient pas non plus pour notre intelligence. La métaphysique saura encor‘ trouver bien des raisons pour unir ensemble bien des questions qui se font maintenant la guerre.

La charité forcée, ou calculée, qui représente le mal sous ce point de vue, quoiqu’étant personnellement produite par un faux mobile, sert néanmoins à remplir les sages vue de la Providence, et à répandre sur notre monde des bénédictions plus ou moins indirectes et à amener le progrès. Il serait par conséquent peu sage de condamner absolument ce mal qui ts ce bien, ou d’étouffer la charité intéressée, qui se pavane quelques

ois au-dessus de la charité pure ; entre la porte du dehors et les portes intérieures, la distance n’est jamais bien grande ; l’une conduit aux autres.

Le mobile personnel, qui est un mal strictement parlant, est l'attrait qui porte à de grandes œuvres. L'homme complet ne devient tel qu’après avoir travr:sé des roûtes rocailleuses et pleines d’épines. Où est celui qui peut se glorifier d’avoir échappé à ces conditions de l’existence? C’est en passant à travers du tamis de la vie et de ses vices que l'esprit s’épure et apprend la sagesse. L’être—sans fautes, —-ou l’être nul, ne profite ni à la société ni à lui-même. Le mouvement représente la vie, la vie véritable, et, celui qui se meût, rejette le mal et attire à lui le bien. Ne cherchons donc jamais à décontenancer cette charité active qui est produite par le mobile personnel ; mais sachons l’encourager au contraire, car, tôt ou tard, cette charité s’épurera par le mouvement, et deviendra resplendissante comme la charité pure.

Sachons stimuler le cœur égoïste dans la voie du bien, en luj faisant comprendre que son action est aussi utile à lui-même qu’à la société, et bientot il apprendra à modifier ses sentimens et à les rendre agréables à sa nature intérieure. L’homme qui refoule l’expression extérieure d’un autre, manque toujours de sagesse, et nuit à la cause dont il se fait l’apôtre. Chacun est investi d’une nature particulière qui le fait agir differement de son voisin ; chacun a au fond de lui l’étincelle divine qui le porte en avant dans les œuvres louables et dignes, lorsque son entourage est sympathique et charitable. Le plus vilain des hommes est un ange—recouvert de matière— qui, souvent il ne demande que des conditions favorables ou charitables, de la part des autres, pour devenir un membre utile de l’humanité.

Chacun se meût dans un cercle plus ou moins vicié, ou incomplet. Lorsque l’œil de l’esprit regarde au-dessus de lui il rencontre toujours des astres } lus purs que lui-même. Au-dessus de tous les êtres, dans k nature

entière, qui est infinie nous, l’esprit se trouve dominé par des excel-

lences supérieures, qui lui enseignent l’infinité en toutes choses, et la peti-

tesse de l’espace personnellement parcourue. C’est une leçon de charité

ui vient alors éclairer l’esprit et le conduire sur de plus grandes hauteurs la vie personnelle et universelle.

L'esprit sage et éclairé, lorsqu'il se trouve en contact avec un esprit méchant ou pervers, se dit: je suis ; mais je fus ce qu’il est,et, de suite sa main charitable s’étend pour saluer un frère, qui souvent n’a que le tort d’être qu’au commencement dela vie, et qui en conséquence exige aide et protection. Le beau et le laid se joignent alors dans les liens de la sympathie ; le pûr et l’impôr se lient alors dans les grands bras de la solidarité, —et l’ange et le démon chantent ensemble les louanges du Grand Infini, et élèvent ensemble le fini vers lui.

Avec la foi on peut, dit-on, remuer les montagnes ; mais avec l’aide de la charité on peut les transporter et les unir ensemble. Celui qui sait ‘ remuer ne sait pe toujours diriger ; celui qui sait diriger ne peut pas tou-

jours remuer. L’homme de foi se rencontre le plus souvent parmi ceux qui occupent les derniers échelons de la vie ; avec ses reins et ses bras d’Her- Cule, il remue les montagnes de notre existence, et lorsque nous ne savons pas imprimer la direction—et la sage direction—à ces mouvemens, l’homme de foi s’impatiente et secoue au lieu de remuer le fardeau dont il est chargé, et des cataclysmes ont alors lieu. Lorsque les imparfaits, de n’importe qu’elle existence, n’attirent que la froideur et l’insouciance, au lieu de la pitié et de l’aide des anges qui les entourent, ces anges ont alors à souffrir eux-mêmes de bien grands maux ; bourasques et tempêtes de toutes sortes se font alors sentir, et sont soufflées par la Justice Éternelle, qui est ellemême guidée dans son action par la charité et l’amour.

Mais dira-t’on : qu’elles liaisons et quels rapports peut-il exister entre le misérable et le bienheureux? Ces deux êtres ne sont-ils pas séparés et continuellement éloignés l’un de l’autre par de sages dispositions ; des limites tranchées ne les séparent-ils pas constamment l’un de l’autre? Oui, diraije ; des limites et des barrières existent partout et en toutes choses; mais ceux qui ont des aîles franchissent ces limites et ces barrières, et s’émancipent. L’espace universel est sillonné de limites et de barrières innombrables ; mais l’esprit actif et pur ne se trouve pas arrêté par de tels entraves. La vie et la mort sont des barrières que l’esprit sait franchir facilement lorsque que ses afles ne sont pas des 08. La mort qui représente le mal pour un si grand nombre est pourtant la porte du ciel; pour arriver au bien il faut nécessairement traverser les difficultés de la vie. Pour : arriver à la charité pure il faut aussi traverser les obstacles qui se démontrent personnellement, dans les penchans charnels, dans les vues mesquines et étroites.

Pour arriver aussi auprès de la souffrance, il faut briser les entraves qui nous en séparent, comme la lumière du soleil, pour arriver jusqu’à nous, est forcée de lutter et de vaincre les obstacles qui sont entre nous et elle.

Entre la souffrance et le bonheur, qui agit sur le premier et le guide, des nuages de tous les degrés d'intensité et de nuances existent; ces nuages, dans certains cas, ne se démontrent pas plus aux sens que certains voiles qui se placent entre le soleil et nous.

La souffrance ne crie pas toujours pour se faire appercevoir et se faire connaître ; elle est quelques fois muette et silencieuse. Comme l’homme

absorbé dans sa pensée au milier: d’un foule qui s’agite autour de lui, l’être secourable, ou charitable, n’apperçoit pas toujours la souffrance qui l’entoure et qui le regarde avec un œil de supplication ; la souffrance qui ne sait pas crier n’apperçoit souvent alors que la forme de l’homme de bien et ne croit pas à son mérite intérieur, à son mérite véritable ; l’ange secourable est alors frappé de cécité. et les rayons visuels qui se dardent sur lui sans le secours Et la parole, n’attirent pas son attention et n’émeuvent pas les fibres de son âme. Ah! de tels scènes sont pénibles à contempler ; c’est un silence et un arrêt d’action qui est néanmoins nécessaire dans l’ensemble des choses, et pour les deux parties en présence l’une de l’autre. Passez ! dira-t’on à cet ange, car votre baûme ne convient pas à cette misère, à cette plaie saignante et muette ; eontinuez votre chemin, ajoutera-t’on,— car d’autres misères et d’autres malheureux, à qui vous pouvez être utile, plus loin sur les bords du chemin de ia vie, attendent votre venue et sauront vous arrêter à point. h

Comme les êtres sont attirés dans les familles en vertu de certaines organisation particulières, de même le bienfaiteur et le malheureux sont attirés l’un vers l’autre ; la distance entre les deux n’est pas toujours nn obstacle à leur rapprochement ; plus la distance, dans certains cas, est grande, plus la sympathie et l’appel ont alors d’agens pour les servir. L’écho de la voie ne se divise-t’il pas en raison de la distance parcourue ?

Entre certains peuples, comme entre certains individus, certaines occasions les rapprochent d’avantage et les lient par de nouveaux liens. La séparation entre eux, qui traverse quelques iois des siècles ne brise V4 toujours les liens qui les unissent; bien des siècles s’écoulent quelques fois avant que les races se perdent dans d’autres races ; l’assimilation générale de parties opposées est bien iente à se faire lorsque nous nous servons de nos chiffres et de notre impatience pour la calculer.

Les familles particulières et les familles générales de l’humanité se transmettent leurs organisation particulières à travers de bien des siècles; leurs nombres disséminés, en petit ou en grand, sur la surface du globe, dans des centres qui leur sont plus ou moins antagonistiques, n’en continuent pas moins à former partie de la souche originale par bien des liens. L'organisation physique qui distingue les peuples les uns des autres, et qui, chez quelques uns, se retracent depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours avec des modifications si imperceptibles, n’est que l’image et l’enseigne des qualités intérieures. Un gaz se mêle à un autre gaz sous certaines conditions, et sert ainsi à produire des effets doubles, mais ce mariage ne saurait détruire l’essence des conjoints et les confondre en une seule et même nature. Toutes choses ont un esprit particulier qui les rend propres à différentes missions ; leur rapprochement, fait dans le but de l’utilité genérale laisse néanmoins entre chacune de ces essences un espace qui leur permet un mouvement plus ou moins indépendant et distinct, et des actions en rapport avec leurs natures particulières. De la conjonction des parties nait l’action générale, le grand ensemble, la direction unitaire vers le premier principe ; de la séparation nait le libre arbitre, la variété, la grâce et le développement particulier.

Les peuples, comme les familles particulières, sont formés de parties hétérogènes qui tendent vers l’assimilation. Les peuples se nourrissent et se développent grandement par la variété des membres qu’ils admettent dans leur sein, comme l’estomac devient fort par la variété de sa nourriture,

<omme la famille particulière se retrerhpe par le croisement, comme la terre devient féconde par le changement de semence et par une culture différente. La nature morale et intellectuelle ne se trouve exempte de ces conditions et de l’action de ces lois éternelles ; la variété leur est aussi nécessaire qu’au physique. Le même principe étant l’auteur de toutes choses—la même main donnant la même direction—l’unité étant le résultat final ; comment pourrait-il en être autrement ?

Le sentiment de la solidarité prend sa source dans l'intelligence, qui est la plus haute expression de la divinité en nous. Un groupe queléonque ne prospère qu’on raison de l’esprit solidaire qui anime ses membres. histoire nous apprend que les euples ne se sont éclipsés que par le manque en eux de l’esprit solidaire ; 1l importe donc beaucoup à tous ceux qui sont liés à une nationalité territoriale quelconque de cultiver ce sentiment, ou cet esprit, par la charité et la fraternité, afin que Je corps auquel ils sont adjoints se trouve par là animé d’une grande vigueur et tende vers le pro-

grès. À

© Lorsque les ressorts moraux d’un peuple fonctionnent bien l'organisme entier s’en ressent. Lorsque la charité chez un peuple est assise sur de grandes bâses, sur des bâses communes, la misère, que nous pourrions appeler la chauve-souris des peuples, s’enfuit au-devant du nouveau jour et de la lumière qu’il apporte. Comme pour l’homme en un peuple se fait connaitre et acquiert de la valeur par la grandeur de l’horizon que ses actions occupent. Au point de vue politique et commercial cela est bien compriu; mais au point de vue moral cela ne l’est pas autant. La charité—en au Lu peuple exerce envers un autre est un sentiment en quelque sorte né d'hier. Nous pourrions dire que cela est un avantcoureur d’un nouveau. :ègne pour l’humanité.

Les intelligences se lient et se communiquent réciproquement les trésors de leurs connaissances bien souvent par des attentions charitables envers leurs natures inférieures. Celui qui caresse un enfant se fait naturellement un ami du père et un protecteur, qui se revêlera au besoin. Celui qui donne uù verre d’eau à celui qui a bien soif, arrose un cœur qui pourra lui rendre en retour de grands fruits. (Ceux qui viennent soulager la misère d’une partie d’un peuple, se font un'‘ami du peuple entier chez qui cette misère se décèle.

Des économistes prétendent que la politique n’a pas de cœur, et, par conséquent, que les bienfaits reçus sur une grande échelle ne comptent pour rien. L’ingratitude en grand arrive aussi bien que l’ingratitude en petit; mais de tels cas ne sont pas de nature à faire son apologie, ni à faire croire que ce vice aît plus d’empire sur la masse que sur l’homme en particulier. Cette théorie est aussi vicieuse que le vice dont elle se fait, en. quelque sorte, l’apologiste. Celui qui, sur une grande échelle, ne sait appercevoir que l'obscurité, ne sait pas voir ce qui est au-devant de lui. Le progrès est ascentionnel, dans toutes les langucs et en toutes choses, et, l’homme collectif vaut mieux que l’homme individuel. La doctrine précitée essaye à prouver le contraire. Non! une nation n’est pas plus ingrate qu’un individu. Il arrive quelques fois qu’une nation est représentée par un monstre qui outrage ses sentimens, mais de tels cas ne sont pas de natnre à constituer une règle, ni à être une enseigne véritable de la valeur d’une telle nation. Dans le cercle rarticulier, l’on voit quelques fois le père être un démon, et sa famille des anges ; cela est-il propre à prouver que la vertu chez ces derniers est fausse ? B

Une graine précieuse met plus de temps à pe et à produire qu’une ee commune, ce qui par Comparaison, expliquerait la lenteur du retour e certaines actions humaines, qui d’abord ne paraissent pas être appréciées par ceux envers qui elles se font. La charité intéressée s’attend à un retour prochain et personnel; mais la charité pure ne s’attend pas au retour ni à l’avantage personnel. L’amour du bien d’autrui guide l’homme ‘vraiment charitable, tandis que l’amour du moi guide le plus souvent la charité intéressée, ou la main qui lui sert d’agent. Entre l’un et l’autre qu’elle distance !—mais la distance n’est-e!le pas liée et unie par une continuité incessante de molécales ?

Deux grands cris se font entendre dans la société ; l’un dit, PRODUISEZ ! et l’autre dit, SEMEZ! Le premier de ces cris est fort et violent; l’autre est doux et mésuré ; le premier est la voix des sens ; le second est la voix de l’esprit. Le premier est le moi; le second est le NOUS! Auquel de ces deux cris devons-nous prêter l'oreille? . La sagesse répond : c’est au dernier. Semez ! nous dit-elle, et la féconde nature se chargera de la moisson.

Lorsqu'un peuple s’accoutume aux grandes actions, les autres lui deviennent légères et faciles à exécuter. La charité n’appauvrit pas plus un peuple qu’un individu ; que d’hommes seraient pauvres et misérables s’ils n’étaient pas mûs par le sentiment sacré de la charité. L'intelligence du cœur supplée souvent et grandement à l’autre, et permet à l’homme secondaire de pénétrer là où l’accès est quelques fois bien difficile. Le cœur guide souvent l’homme au-delà des limites où le pourrait conduire son intelligence, et effectué des découvertes précieuses que ne s’imaginerait par l’organe supérieur.

La charité est un capital qui rapporte de bien gros intérêts; c’est en quelque sorte l’usure dans sa plus grande expression. Lorsque l’homme sera bien convaincu de cette vérité, la mendicité se trouvera être une chose du passé, et l’abondance et le bien-être seront une bénédiction du présent pour tous. La vertu est méconnue et abandonnée, car elle est reléguée parmi les choses extraordinaires et excentriques. Beaucoup de personnes craignent de paraître ridicules en affichant l’enseigne intérieure. Une vertu de l’âme n’est souvent reconnue et entretenue d’une manière ostensible, ou avouée, que lorsqu'elle est à la mode. Quoique cela soit vicieux ——i] ne faut pas être absolu envers ceux qui font de la mode—un de leurs dieux ; la mode est capricieuse, ou de courte durée, et tend toujours vers le bien. L'industrie de la morale, si je puis ainsi m’exprimer, se développe —comme l’industrie physique—par le moyen de bien des vices. La charité se laisse quelquefois mettre du fard sur les joues par ceux qu’elle veut attirer dans ses voies,—comme le père dans son intérieur se fait quelques fois polichinelle pour amuser ses enfants et leur donner, par ce moyen quelques lecons utiles, qu’ils ne pourrait pas comprendre d’aucune autre manière.

Le moyen de rendre la charité populaire et agréable à tous, ne consiste pas, il me semble, à l’ennicher st à en faire une relique pour certaines occasions ; mais à en faire un des devoirs usuels et journaliers.

L'homme n’est appelé à s'occuper particulièrement de la charité ordinaire ; mais il doit voir à ce que les mains de sa femme et de ses enfants ne soient pas oïsives sous ce rapport. Lorsque l’homme sait intéresser sa famille dans cette voie du bien, 1. trouve toujours, en entrant chez lui, des

ET

sourires pour l’accueillir et de bonnes volontés pour recevoir et exécuter ses intentions et ses désirs. Chacun pourra se convaincre de cette vérité

l'essai. Que de choses simples et productives nous paraissent difficiles ét sans fécondité faute de l'essai ? L’essai conduit au savoir et à la pratique de toutes les vertus.

a charité sur laquelle je dois appeler l’attention des pères, comme corollaire au but avoué de cet écrit,n’est pas celle qui se donne à la porte ; celle-là est le plus souvent, un vice qui se recouvre du manteau sacré ; mais je veux parler de cette charité bien ordonnée, qui repose sur des bases d'organisation régulière, et qui seule est propre à faire disparaître l’autre et à secourir effectivement la misère. L'organisation est la source principale du bien. La charité organisée, sur des assises fortes et sages, tend à élever la société et à faire disparaître la plaie hideuse de la mendicité. Il appartient à l’homme de donner à la charité des conditions nouvelles d’existence, et À se servir de sa famille comme d’agent actif et intéressé auprès d’elle. Il est consolant de voir qu'aujourd'hui de grandes tentatives sont faites dans ce but.

Les organisations charitables, comme toutes les autres organisations, dans leur naissance publique, ont l'effet de se multiplier presque à l’infini, et d’occasionner quelques fois des rivalités passionnelles, qui détournent plus où moins du but en vue. L’unité est le nec plus ultra de la perfection, on toutes choses; par gg il incombe à toute société de faire tendre la charité vers ce but. charité n’est pas sectaire: cela est reconnu ; pourquoi alors ne pas chercher à la rendre unitaire ? Le progrès en aucune chose ne se fait pas à la course, mais par degrés ; il serait par conséquent peu sage de s’attendre à ce que la charité (dans notre cercle incorporé, comme dans tout autre cercle), n’eût bientôt qu’un même esprit pour la guider ; mais ne serait-il pas possible et sage de provoquer les différentes sociétés charitables de notre ville, de toutes origines et croyances, à établir entre elles des rapports périodiques, officiels et intimes, afin de cimenter d’avantage les membres de notre population ? cela n’auraitil pas l'effet d’amener une plus grande harmonie parmi nous et de rendre notre Corps pe puissant ? L’esprit de la charité me dicte cette suggespr n'est-elle pas frappée au coin de la vérité, de l’amour, et de la justice

L'esprit d’excluvisme est antipathique à la charité ; c’est son ennemi le plus dangereux ; cet esprit a l'ignorance pour père, et son mobile et son

ut est le moi. L’esprit sociable et liberal, né de la sagesse et de la vertu, est l’esprit qui guide la charité, ét qui devrait en même temps guider ceur

ui la servent. La vue large embrasse Dieu, la nature et tous les hommes

ans un même cercle d’amour et de cohésion intime. L’esprit acquiert cette vue large et féconde, en élargissant le cercle dans lequel il se meut, par des rapports avec les autres cercles qui l’entourent. L'unité naît des réunions fraternelles, et le bonheur et la prospérité viennent trouver et réjouir ceux qui se conforment à cette loi.

La femme est l’agent actif de la charité ordinaire ; nous savons bien cela, en la voyant parmi nous se montrant si infatigahle, si persuasive, en faveur des souffrances qui nous entourent immédiatement. La femme parri nous est digne de son sexe et de sa mission. La saison rigoureuse de l'hiver embellit les canadiennes et anime leurs joues et leurs yeux de grâces nouvelles ; cela n’est qu’extérieur; mais cette saison a l’effet plus

grand encore de faire ressortir d’avantage en elles les charmes qui appartiennent aux anges, —en les faisant actives et cecourables envers ceux qui souffrent. Les bazars, les concerts, les concerts-promenade, les corvées de couture, les visites à domicile, où la raaïn gantée se fait humble et implorante au service de la misère :—tout cela, et plus encore, sert à embellir d'avantage nos canadiennes (de toutes origines), et à les rendre angéliques.

“Doi les occasions de grandes charités, comme celle qui nous appelle et qui nous occupe maintenant, l’homme est appelé à prendre la direction et le plus grand fardeau sur ses épaules. Lorsque l’homme et la femme s’occupent d’une même œuvre, cette œuvre ne peut manquer d’être bénie par le plus grand succès. Nous devons, par conséquent, en cette circonsstance, nous attendre à voir nos efforts couronnés de ce résultat.

Les doigts délicats de la femme ont un pouvoir d’attraction que n’accuse pas leur conformation extérieure ; en œuvres de charité, ces doigts deviennent plus puissants que ceux de l’homme, car ils sont mûs par deux organes que guide le sentiment. Les doigts diaphanes de la femme sont animés par la charité et l’amour, et 1à où ils se posent, une douce émanation se trouve pour récupérer celui qui souffre ; la prérence de la femme embellit le réduit obscur et l’illumine ; sa parole douce et modulée charme les ennuis et les misères et leur communique une autre nature, et, l’homme abattu et malheureux qui vient à douter de la Providence, lersque ses yeux rencontrent la forme éthérée et gracieuse qui voltige si légèrement autour de lui, croit alors au bonheur et à Celui qui, par de tes agens, le distribue.

C’est la charité et l'amour qui lient l’homme à l’homme et qui rapprochent sec différents espèces dans des centres communs et éloignés ; c’est la charité—cette ice des sphères pures qui accompagne l'intelligence humaine dans les grandes destinées de l'avenir, et qui applanit les voûtes difficiles du savoir.

C’est la charité qui vient aujourd’hui au-devant d’une des races de ce pays—(plus particulièrement) et qui lui dit avec des notes ineffables : “ ayez pitié de vos frères qui souffrent ! !”

est la charité qui agit, dans bien des cas, comms avant-coureur auprès des hautes destinées matérielles et intellectuelles des peuples. La charité vient quelques fois dire aux peuples ; “ donnez-moi quelques sous pour la souffrance des autres, et le ciel vous fera grand parmi les nations ! ! ” La charité vient-elle nous dire ces paroles et uous prononcer cet augure ? Que chacun, écoute avec l’oreille de l'intelligence, et ces paroles et cet augure soront entendus.

Av-“elà de la mer des souffrances inouïes élèvent leurs voix vers le ciel et le supplient. Ce n’est pas le hazard—cet ennemi de Dieu, que la langue humaine et l’ignorance ont créé—qui apporte parmi nous la connaissance de ces souffrances ; c’est le sang qui recherche son sang ; ’est V’attraction intime de parties semblables qui se recherchent et se retrouvent ; c’est l’âme distincte qui vient retrouver une partie d'elle-même.

L'enfant reniera-t-il sa mère en l’abandonnant froidement à sa détresse ? FER Non! cela est impossible, car nous suçons encore à la mamelle primitive, de bien des manières. Cela est imporrible, car les enfans de ce sol se glorifient de leur origine, et par conséquent de celle qui les dôta de ce bien. Cela est impossible, car chacun de nos cœurs palpite avec celui

ne

de la France, car chaque émotion de sa part trouve de grands échos en nous.

la joie et le contentement dans le cœur, rappelez-vous que France, dans ce beaux pays de nos aïeux, des rliers de mères sont détresse. %

Il ne se présentera jamais à la race française de ce pays une occasion plus favorable de prouver les sentiments de nationalité, qu’un si grand nombre se font tant de glc:re de professer et de ressentir. Les actes sont sont des preuvés irréfragables de la valeur des paroles et des sentimens exprimés. Il s’offre aujourd’hui à notre race une grande et solonelle occasion de prouver qu’elle ressent réellement de la sympathie et de l’emour pour le peuple immortelle qui lui a transmis son sang et son esprit. Oui! cette occasion est solonnelle et doit inspirer tous les canadiens français et les porter tous dans un élan commun vers cette terrible misère qui les convie tacitement et par la voix intérieure, à son secours.

Chacun d’entre nous trouvera sous l'enveloppe particulière, la nature primitive de race, qui ne s'éteint pas avec les sièeles, avec les circonsiances,

et, le réveil du vieux sang français, qui est en nous, se rejeunira, se purifiera, par la charité qui est une si grande preuve d’amour. , Que le cœur de chacun, en cette circonstance, soit. son plus grand orateur, celui dont il écoutera le mieux la voix, celui par lequel il se laissera guider.

La récente souscription en faveur ees ouvriers anglais a donné des ailes à un certain montant du numéraire canadien, mais, la charité, dans cette nouvelle circonstance, saura encore trouver bien des oboles pour les ouvriers français qui souffrent plus que les autres n’ont souffert.

Chacun pour les siens avant tout, —est de bonne et saine morale. La race anglaise (parmi nous) s’est distinguée plus particulièrement dans la dernière souscription, comme elle devait naturellement et en toute justice, le faire. C’est là un exemple à suivr®, dans cette circonstance, par la race française de ce pays. Ce sont les nôtres qui, aujourd’hui, sont afligés à leur tour, et par la même cause, le manque de coton ; par conséquent, il est de notre devoir d’agir d’un manière active en cette circonstance et de témoigner la même ardeur que nos frères de race anglaise ont manifesté envers les leurs. Nous avons à prouver que les sentiments sont aussi vivaces en nouds que chez nos concitoyeus d’autres origines. Nous devons rendre cette souscription populaire, par une propagation convenable, et souffler au loin la flamme qui nous anime.

La race anglaise, parmi nous, se trouve constamment grossie par l’immigration, ce qui renouvelle continuellement chez elle les sentimens d’origine, et leur comminique une plus grande flamme. Malheureusement pour nous de telles circonstances ne nous rapprochent pas de la mère-patrie de nos ancêtres ; mais malgré cela, il est à notre honneur de dire, que les sentimens français, brûlent encore dans nos veines Le sentiment chez la race gauloise, est impérissable, et distingue particulièrement cette race des autres races. Les circonstances précitées, qui se trouvent à l’avantage de la race anglaise, parmi nous, pourront se répéter pour nous, si nous Savons bien remplir la mission, qui nous incombe en ce moment. Les frères s’attirent d’avantage par la charité, et leurs rapports deviennent alors plus intimes et go grands. Prouvons à nos frères d’oûtre-mer, que s’ils nous ont en quelque sorte onblié, (dans le passé surtout, que nous, nous ne.les

“oublions pas dans le présent, qui est malheureux pour eux.

Depuis quelques années, il s’est opéré entre le Canada et la France, des rapports de diverses natures, qui tendront à rapprocher d’avantage ces deux pays. L’évènement du Jour, ne pourra que rendre ces rapporte encore plus intimes, et plus grands. Que ceux qui sont dans les affaires, se rappellent cel».—Le gouvernement impérial a fait de grands dons à quelques-unes de nos Institutions litéraires, et continue ses faveurs par des envois périodiques d'ouvrages, qui ont une valeur immense. Le Prince Napoléon à voulu aussi imiter cet exemple, non seulement envers l’Enstitut Canadien de cette ville, mais aussi, envers l’Université Laval, de Québec. Ce sont là des signes précurseurs qui doivent avoir une grande signification pour nous, et que nous devons reconnaître par la reconnaissance. La bibliothèque de la Chambre d'Assemblée, et celle du bureau de l'Education, en cette ville, se trouvent aussi redevables au gouvernement français, pour de nombreux envois de livre précieux.

Le sentiment de charité, et l’esprit de solidarité, doivent unir ensemble tous Jes canadiens-français, à la grande cause qui nous convie, irrespectivement des vues, soit politiques ou autrement, qui les divisent, plus ou moins

nominalement, en d’autres circonstances. Il est rarement donné d’avoir de telles occasions, (de tels prétextes) pour unir ensembles les parties divisées d’une population, ou de leur confier même pour un temps une même ligne d’action ; il faut savoir saisir de telles occasions aux cheveux, afin de récolter les avantages qu’elles portent en elles. C’est en se jetant, en commun, dans les bras tendres et aïmans de la charité, que l’on apprend à reconnaître, que nous sommes tous frères, que nous ne sommes le plus souvent divisés, que nominalement, et que nous sommes unis réellement.

La lutte est l’arme du progrès, et le progrès est le but vers lequel chacun tend; par conséquent, la lutte ;artout est indispensable. Luttons aujourd’hui contre nos luttes en luttant tous eusemble, les grands bras de la charité, et les infractuosités de nos natures s’adouciront par ce mouvement, et nous rendront plus charitables les uns envers les autres. Qui n’a pas besoin d’être meilleur qu’il n’est ?

La charité physique envers les notres d’otre-mer, attirera parmi nous la charité morale,—et pour quelques sous de donnés—en commun, avec le même esprit d’entente—nous récolterons les biens inestimables que confère le sentiment du devoir accompli.

La seule rivalité que nous devons, en cette circonstance, signaler et pratiquer, est celle de la charité. La charité qui est si peut charitable envers les bourses, unit les hommes et leur foit oublier bien des choses désagréables. Qui d’entre nous voudrait échapper à cette heureux influence qui nous est aujourd’hui offerte, et en vue du grand bien que cela devra produire au loin à nos frères infortunés de la France ?

L'auteur se berce de la douce pensée, que ceux qui n’ont pas encore contribué à la SOUSCRIPTION FRANÇAISE, d’une manière plus directe que par cette voie, (en achetant ce pamphlet), s’empresseront de le faire ; les heures sont comme des siècles pour ceux qui souffrent de la faim.

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