DEUXIÈME COUPLET
Fi! de tous ces amoureux
(J LA CHAIIMMUSE.
Qui veulent s’en faire accroire!
Pour aimer, chanter et boire,
Palsangué ! nous valons cent fois mieux !
Si votre amour est frileux.
Craignez le beis vert, mesdames.
Car il jette peu de flammes,
Prenez-moi, prenez-moi du bois vieux.
Aussi, venez, poulettes, etc.
Ah ! morgué ! ce n’est pas à nous que l’on en conte, et nous allons voir ce que vient faire par ici, à deux lieues de chez nous, mon galopin de neveu. Il n’y a pas à dire; tous les jours, il vous prend son vol, et vient gazouiller je ne sais quoi, avec je ne sais quelle fillette dans ce cabaret. Ce n’est pas trop bête, du reste, si la fille est jolie, si elle a, comme on dit, du foin dans ses sabots, et si le vin est bon; mais je m’en. défie. ... il paraîtrait qu’il y a des sorcières, des charmeuses dans ce village-ci, et rien que d’y penser, j’en ai la chair de poule. Quant au vin, quoique nous soyons en Boiirgogne, je ne m’y fie
guère non plus La vigne est fout près de la
guinguette, c’est vrai, mais la Saêne n’est pas loin non plus, et {montrant le cabaret) l’eau, comme on
dit, va toujours à la rivière
JACQUET (entrant elTare).
Eh bien! qu’est ce qu’elle a donc à courir après moi comme ça, c’te petite ensorcelée, c’te donneuse
de sort?.... On dirait qu’elle m’en veut par
amour. Eh ! dame, c’est bientôt fait avec elle. Sitôt qu’on se laisse aller à lui donner tant seulement un ' p’tit baiser, çrac! on tombe roide mort, bariolé comme une carte d’échantillon. . . . [Tendrement.) Ah !
ce n’est pas comme sa tante !
BERNARD (voyant Jacquet).
Voilà quelqu’un qui me donnera, sans doute, les
renseignements qu’il me faut dites-moi, jeune
homme. . . .
O i q rt FTC t ' f E iOO«tlc -
LA. CHARMEüSB.
JACQUET
A qui est-ce qu’il parle, ce monsieur-là?
BERNARD
Dites-moi, grand bêta I . . .
JACQUET
Tiens ! c’est à moi
BERNARD
Est-ce bien ici le cabaret du Grand-Cerf?
JACQUET
Oui, monsieur, à Ecbalot. D’où donc que vous sortez, que vous ne connaissez pas le cabaret du Grand-Cerf et le village d'Ecbalot?
BERNARD (à part).
- .T’ai peur d’être tombé sur un imbécile. {Haut.) N’y a-t-il pas ici une nommée Nicette?
JACQUET
Nicette! oh i oui, monsieur, c’est une bien jolie petite., échalotte!. Mais malheureusement, voyezvous, on dit que
BERNARD
On dit que?. . .
Dame! on dit que..,, que.... (A part.) Après ça, pourquoi que je lui apprendrais que c’est une charmeuse, une sorcière. . . ça ne le regarde pas.
BERNARD (à part).
11 est très-bête ! {Haut.) N'a-t-elle pas une tante?
JACQUET
Oh! oui, madame veuve Perrine.
BERNARD
C’est cela
JACQUET
La belle madame Perrine, ma bourgeoise, ma
patronne, et puis {J. part.) Après ça, pourquoi que
je lui dirais que je l’aime, moi, madame Perrine,
{avec un soupir) qu’elle ne m’aime pas, et que ?
Dame! c’est peut-être un espionneur !.... .
LA CHARMEUÜB,
BERNARD (à part).
Il est idiot.