CHAPITRE V
Antoine de Pandino appartenait aussi à une famille d'artistes, qui avaient travaillé aux vitraux de la Cathédrale de Milan, dès les vingt premières années du XV« siècle. Etienne de Pandino, le père, peutêtre, d'Antoine, demandait au mois de mai 1416, de pouvoir exécuter les vitraux de la grande fenêtre de Tabside: plus tard, vers 1448 il exécutait les vitraux à l'autel de Sainte Thècle, par commission de la confrérie des pharmaciens : le vitrail d'Antoine de Pandino à la Chartreuse ne porte pas de date, mais puisque les chapelles ont été construites après l'année 1452, cet ouvrage ne peut pas être antérieur à cette date.
A Chartreuse de Pavie était destinée à recevoir la contribution de nouvelles richesses artistiques, grâce à un peintre qui consacra à la Chartreuse les années les plus brillantes de sa carrière d'artiste, Ambroise Fossano, appelé aussi le Bergognone. Tout à fait oublié dans la foule des artistes du XV« siècle, dont Vasari nous a tracé la vie, le Bergognone peut être considéré aujourd'hui comme l'un des peintres les plus caractéristiques et originaux, dans cette heureuse période de l'art lombard. .
Préférant particulièrement les sujets religieux — et sortout les Madones assises avec l'enfant Jésus parmi des saints et des dévots — il trouva dans la Chartreuse de Pavie un champ favorable pour développer ses qualités. On pourrait dire que son .talent, s'est développé à la Chartreuse. Lorsqu'il fut appelé avec
son frère Bernardin pour la décoration des voûtes de l'église, le Bergognone, après avoir peints les médaillons de saints et de prophètes dans la décoration ornamentale, s'appliqua à peindre les parois du transept, en donnant à la composition figurative une importance plus grande: plus tard il montra encore mieux ses qualités en peignant les tableaux et les triptyques des autels, et les petites Madones que les Chartreux demandaient à leur artiste favori.
Bien qu'une partie de ses ouvrages soit perdue, il en reste encore beaucoup à la Chartreuse; il y a les décorations des voûtes et du transept avec les deux composition grandioses des absides, c'est-à-dire le couronnement de la Vierge, sujet favori du Bergognone, avec les figures à genoux de François Sforza et Ludovic le More, et la présentation du modèle de la Chartreuse à la Vierge, faite par Jean Galéas avec ses fils Gabriel, Philippe Marie et Jean M. (Voir la IV« Planche); plusieurs fragments des décorations sur les parois des chapelles , et du réfectoire ; trois tableaux précieux ornent encore les autels, avec les fragments d'un retable dans l'ancienne sacristie. Les notes des dépenses mentionnent d'autres fresques maintenant disparues, et d'autres peintures aujourd'hui dans les musées nationaux et étrangers, ou malheureusement égarées.
La vie artistique du Bergognone s'était tellement identifiée avec celle de la Chartreuse de Pavie, que la tradition veut aujourd'hui reconnaître son intervention même dans les vitraux, dans les compositions pour les stalles du chœur, et dans la façade, comme on pourra voir aisément au chapitre suivant.
Le Bergognone a dû demeurer à la Chartreuse plus de dix ans, et ce fut certainement la période plus tranquille et plus productive de l'existence de cet artiste, qui donne toujours à ses figures la note d'une douce mélancolie. Là, au milieu de la solitude des champs.
TABLEAU D'AUTEL DANS LA CHAPELLE DU CRUCIFIX. (4® de droite.)
Ambroise Fossano, dit le Bergognone - Date 1490.
seulement interrompue par le va-et-vîent des artistes qui se pressaient autour de la Chartreuse comme des abeilles autour de la ruche, le Bergognone a dû certainement travailler sans cesse pour créer tant de trésors d'art, en peignant en même temps les petits tableaux de quelques décimètres carrés, destiné aux cellules des Chartreux qui voulaient avoir leur figure peinte à genoux devant la Vierge, et les grands tableaux riches en figures, aux vêtements magnifiques, dessinées et peintes avec une exactitude merveilleuse et une extraordinaire intensité de couleur; il montait sur les échafaudages pour animer, par des figures de saints les ornementations que son frère Bernardin distribuait sur les voûtes et sur les parois ; il introduisit une note douce dans le local des offices, en y faisant figurer la Vierge encadrée d'une guirlande de feuillage et de fleurs, peignant, dans la clef de voûte du réfectoire, la Vierge allaitant Tenfant Jésus ; il s'intéressait aux marqueteries du Chœur, à la distribution décorative de la façade, aux compositions des vitraux. Il était, en un mot, l'artiste digne d'être appelé le beato Angelico de l'art lombard.