CHAPITRE II
lui-même à violer plus tard les dispositions de Jean Galéas, en assignant à sa tante Valenza, reine deCypre, les propriétés de Trezzano, Binasco, Vigano, Selvanesco, que les Chartreux revendiquèrent plus tard. Au milieu de ces vicissitudes, les travaux de la Chartreuse ne durent certainement pas avancer beaucoup : dans un compte-rendu des dépenses pour Tan 1409, on trouve un gros payement de 1756 livres pour le plomb destiné à couvrir le monastère, et le payement de 2054 livres et 85 sous à Baldassare des Embriachi, pour certains travaux « majestatum et coffanorum eburnei» dans lesquels on doit reconnaître le triptyque qu'on voit encore à la Chartreuse (Voir II Partie — Description: Ancienne Sacristie) et les caisses en ivoire sculpté qui existaient autrefois à la Chartreuse, et qui se trouvent aujourd'hui à Milan chez M. Costanzo Cagnola. Le retable ou triptyque sculpté et les deux coffres sont mentionnés dans un acte du notaire François Bellisomo de Pavie. Par cet acte, le prieur de la Chartreuse, en 1400, ordonnait de payer à François de Masiis de Florence 1000 florins en or véritable, et de juste poids en or, pour le reste du prix d'une table et de deux coffres en os et en ivoire.
Sur la foi de la note de ce payement fait en 1409 à Baithazar des Embriachi, on doit attribuer à celui-ci l'exécution du triptyque en ivoire; car on sait comme cet artiste avait un atelier dans le quel on travaillait particulièrement à l'éxecution de boîtes, caissons etc. en bois, avec des incrustations et des ornements en ivoire, telles qu'on les voit assez souvent dans les collections publiques et particulières.
a mort de Jean Marie — assassiné sur le seuil dé l'église de Saint Gothard, le 16 mai 1412 — mit les Chartreux à même de profiter encore de la protection du nouveau Duc Philippe Marie, qui, en 1404, s'était déjà intéressé à leur sort auprès de son frère Jean Marie. Le Duc ratifia, par des arrêts en date du 30 juin et 27 août, les privilèges et les exemptions accordées par Jean Galéas, de sorte qu'on put reprendre les travaux. En 1418, le Pape Martin V, qui revenait du Concile de Constance — où il avait été reconnu pape l'an auparavant, contre ses deux concurrents — et se rendait à Milan après avoir séjourné sept jours au Château de Pavie , pour consacrer le nouveau maître-autel de la Cathédrale, voulut bien, le 12 octobre, s'arrêter à la Chartreuse. Il y était poussé par le vif désir de visiter ce monastère, dont la renommée — comme il est rapporté, par Barthélémy de Sienne, dans la vie d'Etienne Macone — était «quotidie magis longe lateque vagante ». Et le même écrivain raconte que le Pape « novam ejus basilicam ex itinere ingressîis cuncta dilig enter inspexit».
D'autres notices intéressantes sur les travaux de la Chartreuse dans la première période de la longue domination de Philippe Marie, nous sont heureusement conservées dans les Archives d'Etat de Milan. Un registre des dépenses, qui arrive jusqu'à 1436, mentionne souvent, comme ingénieur de la Chartreuse, Christophe de Beltramo de Conigo, qui avait pris part aux premiers travaux de la construction quarante ans