‹ La Chartreuse de PavieChapitre 38 sur 69 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le corps de Jean Galéas avait été d'abord transporté à l'Abbaye de Viboldone, située entre Mélégnan et Milan ; et les funérailles solennelles, célébrées dans la Cathédrale de Milan le 20 octobre 1402, avaient été faites sans la présence du cadavre. Plus tard, on ne sait pas précisément à quelle date, le corps de Jean Galéas fut transporté à Pavie dans la Basilique de Saint Pierre en Ciel d'or: et on serait tenté de croire qu'avant ce transport, il ait été déposé pendant quelque temps dans la Cathédrale de Milan, car, selon quelques notes dans les Archives de cette église, au mois de juin 1404, la bière contenant les restes de Jean Galéas, aurait été suspendue au fond du chœur, entre les deux piliers près de la grande fenêtre de l'abside, et recouverte d'un drap en or: au mois de juin i42i,on payait Ambroise Cornaggia, qui avait fourni un dais et des draperies placées autour de la bière, pour protéger le drap en or, et qui avait peint douze armoiries, avec les armoiries et les emblèmes du premier duc. Pourtant on ne comprendrait pourquoi, après avoir eu une place d'honneur dans la Cathédrale de Milan, le corps de Jean Galéas ait été transporté à Pavie, dans la Basilique de Saint Pierre en Ciel d'or. Peut-être, en attendant que l'avancement des travaux de la Chartreuse eût permis d'élever le mausolée du fondateur, on avait décidé de garder les restes dans le temple principal du Duché, qui devait à Jean Galéas de pouvoir disposer de la carrière de marbre blanc de Candoglia. Mais puisque à cause du retard dans les travaux de l'église de la Chartreuse, on ne pouvait pas laisser les restes de Jean Galéas indéfiniment suspendus entre deux piliers, on aurait, peut-être, décidé de transporter les restes dans la Basilique de Pavie, où se trouvaient déjà les restes de Galéas II, père de Jean Galéas, et de Lionello d'Angleterre, époux de Violante Visconti. Galéas M. Sforza voulut solliciter l'accomplissement de la dernière vo-

lon.té de son aïeul, car les travaux de l'église étaient déjà assez avancés pour rendre possible le transport du corps du fondateur: mais le Prieur et les moines Augustiniens, qui l'avaient gardé pendant plusieurs années, ne pouvaient s'accomoder à l'idée de le laisser transporter à la Chartreuse, et Galéas Marie dut en date du 16 février 1474 écrire à ces moines qu'il était « irreligiosus et magna infamia notandi » de négliger les dispositions des défunts, et qu'il n'aurait pas toléré d'autres retards à ce que le corps de son aïeul fût avec «magnificas et solemnes pompas » transporté dans le temple qu'il avait fondé.

Ces ordres ne permettaient aux moines de soulever d'autres difficultés, et les Chartreux, qui depuis longtemps attendaient le moment de recevoir les restes de leur bienfaiteur, se trouvaient prêts pour la cérémonie: une semaine n'était pas encore écoulée après la lettre adressée aux augustiniens de Pavie, et déjà le Duc, qui avait même montré l'intention d'assister à la cérémonie, autorisait le transport en écrivant au Châtelain de Pavie et au Capitaine du parc, pour que le cortège pût traverser la citadelle et le parc.

Le transport solennel eut lieu le I er mars. La bière renfermant les restes de Jean Galéas fut enlevée du tombeau dans l'église de Saint Augustin et recouverte d'un brocart portant les armoiries de toutes les villes du Duché.

On célébra la Messe, on prononça l'éloge du défunt et après cela la bière fut portée en procession par seize personnes avec une cape brune sous un dais porté par des docteurs de l'Université et les plus notables gentilshommes et citoyens de Pavie. L' itinéraire fut le suivant : de l'église à la Cathédrale et après, en suivant la rue de la Draperie, à la Place

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