‹ La chasse à l'héritage [microforme]Chapitre 36 sur 47 · SCÈNE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEIZIÈME

MADAME DESMARS, ANTOINE, ANToI- NETTE, LÉON.

ANTOINE (entrant). Jugez si j'ai vieilli.

LÉON (a//anf à Antoine). Maïs non, du tout... Combien je suis heureux de vous : revoir ‘encore si jeune ! .. En apprenant votre arrivée, j'ai résolu de venir vous

souhaiter la bienvenue, aussitôt que possible,

ANTOINE (d’un air protecteur). Toujours l’aimable garçon que j'ai vu bambin, . .. le fils de la charmante femme que j'ai autrefois connue jeune fille, et

| qui a préféré s'appeler, plutôt madame

Hertel que madame Desmars... 11: faut croire que j'en étais indigne. Le fait est, que depuis cette époque de ma jeunesse, je n'ai pas cherché à me rendre digne d'aucune femme.

MaDAME DESsMARS Et vous avez eu tort. * ANTOINE. Trop tard maintenant.

ANTOINETTE. Mieux vaut tard que jamais.

| ANTOINE. Vraiment ! belle nièce...

Je le répête, il est trop tard !... Je reste garçon pour le plus grand bien de mes petits neveux. (// regarde Antoinette d'un air narquois.) Mais je m'aperçois que . | Gaspard n’est plus ici !

ANTOINETTE. Il es* sorti avec monsieur Vaubert ;... il v;. rentrer bientôt.

ANTOINE. Ce monsieur Vaubert ressemble beaucoup à quelqu'un que j'ai très bien connu dans l'Ouest... Quelle est son occupation ?

MADAME iESMARS Je l’ignore.

ANTOINETTE. Je n’en sais rien, non plus... Mais c’est un gentilhomme.

ANTOINE (/roidement). Je vous le sou-

haite... Vous ne savez point ce qu'il fait ;... et vous le déclarez un gentilhomme ?

ANTOINETTE. C’est l'ami de Gaspard.

ANTOINE. Tant pis... À mon avis, un gentiliomme doit avoir une occupation utile ;... connue de ses concitoyens, et plus particulièrement de celles qui le reçoivent dans leur intimité.

MADAME DEsMars. Il ne frequente point les clubs de jeu,... c’est déjà quelque chose en sa faveur. ‘

Léon (piqué). Est-ce que ceci s’adresserait à moi ?

MaDaME Desmars. Un peu, oui,

LÉON. Alors vous condamnez. indistinctement les’ habitués des clubs et ceux qui n’y vont qu’accidentellement.

MaDaME DeEsmars. La fréquentation habituelle des clubs de jeu, commence.

par des visites accidentelles,

ANTOINETTE. Maman, vous faites de la

peine à monsieur Léon; pourquoi lui

parler de la sorte ?

MADAME DesMars. Parce que je l'ai ris au club hier.

NTOINE. Hein !... Toi Léon ?

ANTOINETTE, Vous monsieur Léon ?

Léon. Mademoiselle !

MADAME DEsmars. C'est encore heureux qu’il y ait une Providence... Sans elle je serais exposée à confier le bonheur de ma fille à quelqu'ua que je ne connais pas.

Léon (piqué). Et qui donc vous la demande ?

ANTOINE. Défends-toi Léon.

LÉON (se contenant à peine). Eh bien non, je ne me défendrai point contre un parti pris de m’accuser quand même...

Je ne fréquente point les clubs de jeu que j'ai en horreur... Mais je vois qu’on a perdu ici, l'habitude de faire une distinction convenable, entre l’homme qui travaille et se rend utile, et le gandin servant d’annonce aux marchands-tailleurs et aux bottiers... Je le regrette... Je vois qu’il n’y a plus de place pour moi dans cette maison.

ANTOINETTE, Maman !

RUE Jeune homme, tu te défends mal...

MADAME DeEsMars. Monsieur Léon ne tient pas à dire pourquoi il était au club hier.

ANTOINETTE. Mais dites-le donc monsieur Léon.

LÉoN. Si je dis que j'y étais pour affaires, on ne voudra pas me croire.

MADAME DeEsmars. Ce sera difficile.

LÉON (choqué, il prend son chapeau).

Alors je comprends que je suis éconduit. .

Adieu madame. Adieu mademoiselle, (77 va pour sortir, Julienne entre en tenant une lettre.)

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