CHAPITRE PREMIER
LE share SON EDUCATION, SES serrés SES HABITUDES,
Au mois de janvier 1848, j je rencontrai à Le Paris Adolphe Delegorgue, le chasseur natu- | raliste, qui a passé sept ans dans le sud de l’A- | frique, au milieu des Cafres et des Amuzou- «1 fous, se nourrissant de bifteks sur an
et de rhinocéros.
| . Je n’ai pas besoin de:dire que cite. rencontre fut une bonne fortune pour moi, et que, non content d’avoir lu.les voyages de mon vaillant confrère, je l’accablai de mille questious sur les chasses qu’il avait faites, et surtout sur le lion du cap de Bonne-Espérance.
. Je fus tellement frappé du peu d’analo+ie qui existe entre cet animal et celui de PA1 érie, que je résolus dès lors d'écrire ce que j’avais pu remarquer touchant les us et coutumes
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de ce dernier, pendant plusieurs années de fréquents rapports avec lui.
Tout le monde sait que le lion appartient à l'espèce féline; et, chôse: singulière les naturalistes les plus éminents. qui ont écrit sur cet animal l’ont traité comme s’il vivait au grand jour, et aucun d’eux n’a levé le voile de ses habitudes nocturnes.
: Cette lacune fâcheuse est .inexplicable, je ferai en sorte de la remplir, en prenant le lion à sa naissance.en le suivant. pas à pas jusqu’à sa mort ; trop heureux:si les observations que j'ai recneillios peuvent dissiper les idées fausses que jai entendu maintés fois éxkprimer à -#ôn'süjet én Franeé et même en Algérie, où les indigènes seuls connaissent Ie habitudes Rs Hon. |
-C'est ordinairement à la fin de jariviér qu’a Heu l’accouplement des lions ‘ét des lionnes. “Le-travail de la déntition fäisant mourir un grand nombre dé ces dernières, les mâles sont pe tiers plus nombrex que less fériiellés. ù
Aussi n'est-il pas rare de. rencontrer une de es dames accompagnée dé trois où quatre prétendants, se livrant entre eux des combats ‘à outrance: ‘jusqu’ ‘à ce qu 'ennuyée de voir que -ces galants ne parviennent pas à 8 ’étrangler pour elle, la lionne les mène vers un grand
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.vieux lion dont elle a apprécié Ja valeur en
l’entendant rugir, Les amoureux en prennent brarement leyr parti et arrivent avec Ja honne en Rrpssnre du rival préféré. | Les pourparlers ne .sont jamais longs, pr le résultat de ces rencontres est toujours certain.
Attaqué par les trois imprudents, le vieux lion
les reçoit sans bouger; du premier eoup de
.gueule il étrangle celui-ci, du second il broie
la jambe de celui-là, .et le troisième est bien heureux s’il s'en. va avec un œil, laissant l’autre au: bout d’une, des. griffes du maître.
.La place une fois libre, le. noble animal .secoue bruyamment sa crinière, dont une partie s'envole au gré du vent; puis il va se coucher près de:la lionne, qui, pour premier gage, d’af-
fection, 1éehe d’un:air câlin: les blessures qu'il a rêçues pour elle.
Lorques deux lions. still: se rencontrent sur le mème terrain, les choses ne se-passent
pas ainsi. Un Arabe de la tribu de Kesenua
m'a raconté à ce sujet un combat saquel il a assisté.
C'était à l’époque x cerfs sont en rat. .
Mohammed, grand affûteur animaux de -toute
espèce, était, par. un beau:clair de la lune, perché sur un chène, attendant une biche qu’il
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avait vuo rôder en cet endroit en compagnie mt
de plusieurs cerfs. L’arbre sur lequel il s'était ‘en
établi était planté au milieu d’une vaste clai- plu
rière et près d’un sentier. ]
Vers minuit, il vit arriver une lionne suivie mo
d’un lion fauve et à tous crins. La lionne quit- 1
ta le sentier et vint se coucher au pied du les
chène; le lion était resté sur lé chemin et pa- grif
raissait écouter. ‘ | ‘et d
alt Mohammed entendit alors un rugissement tant ù A! lointain et qu'il distinguait à peine ; aussitôt 2 \ à la lionne lui répondit. Le lion fauve se mit à ‘8'éta rugir si fort, que le chasseur épouvanté laissa ‘elle 1
tomber son fusil pour se cramponner aux bran- plais:
ches et ne pas tomber lui-même.
À mesure que l'animal qui s’était fait entendre d’abord paraissait se rapprocher, la lionne ment We. rugissait de plus belle, et le lion, furieux, ‘al- 4 | lait et venait du sentier à la lionne, comme s’il
avait voulu lui imposer silence, et de la lion- ‘Const: ne au sentier, Se dire: “ Eh Lin qu’il vienne, je l’attends, ”
$ Une heure après, un lion noir comme un | lionne
| sanglier apparaissait à l’extrémité de la clai- qu’ell rière. La lionne se leva pour aller à lui ; mais, adulte devinant son intention, le lion courut au-de- lions
vant de son ennemi. Ils se rasèrent tous deux mais, pour prendre leur élan, puis ils bondirent en
même temps l’un contre l’autre et roulèrent “ensemble sur l'herbe de la otière pour ne plus se relever.
La lutte fut longue et effrsyante pour le témoin involontaire de ce duel. :
Tandis que les os craquaient sous les gueules puissantes des denx combattants, leurs griffes semaient la clairière de leurs entrailles,
. et des rugissements, tantôt sourds, tantôt écla-
tants, disaient leurs colères et leurs douleurs. Au: commencement de l’action, la lionne
s’était couchée sur le ventre, et, jusqu'à la fin, ‘elle témoigna avec le ‘bout de sa queue le
plaisir qu’elle éprouvait à la vue de tes deux
: lions 8 s’égorgeant pour elle.
Quand tout fut dit, elle s’approcha prademment des deux cadavres pour les flairer, puis elle s'éloigna sans daigner répondre à Pépithète un peu grossière, mais tout à fait de cir-
constance, que Mohammed ne put s hr ra ei
de lui jeter à défaut d’une balle.
Cet exemple de la fidélité conjugale de ds lionne est applicable à toutes ses pareilles. Ce qu’elles recherchent d’abord, c’est un mâle adulte et fort qui les débarrasse des jeunes lions, dont les combats continuels les ennuient; mais, dès qu'un lion plus fort se pronente, il est toujours le bienvenu.
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D'après ce.que j'ai pu voir, soit:par:corps, soit par le:pied, il n’en est:pas de même du lion, qui, à moins d’y être contraint, .ne-quitte jamais,sa compagne et a pour elle une :affection, des aoins et des tunis Gr leur sort.
Depuis le moment où le ie léonin quitte -80n repaire. jusqu’à sa rentrée, c’est toujours
-la lioune, qui va-devant. Lorsqu'il: di pas de :
s'arrêter, le lion: fait comme elle. :. :
Arrivent-ils. près d’un douar :qui doit: fournir de sonper, la lionne se couche, tandis que -8on époux s’élance :brayement au, milieu! du parc et lui apporte cequ'il a, trouv ; de meilleur. Il la regarde manger avec ur plaisir:infini, tout en veillant à ce que tien 1 » puisse la déranger ni la troubler. pendant:s à repas, et il ne pense à.assouvir sa faim qu lorsque sa compagne est repue. En un mo’ il n’y a pas de tencresses qu'il n’ait pour elle panne et après la saison des amours. 15h
Quand la lionne sent qu’elle est sur lo point de mettre bas (c'est-à-dire à la fin de décembre ou au commencement de janvier), elle cherche un ravin impénétrable etisolé pour y déposer sa progéniture,
Ses portées varient d’un à trois, suivant l’âge et la force des lionnes ;' mais ‘elles ‘sont
ordinairement dé a. À ne un: pet et une femelles: |
: Durant” les: sbiemnièns jours qui atout as naissance. des lionceäut, la: mère ne les‘quitté pas uh seül-inêtant, et le père: pourvoit à tous sos; besoins: Ce- n’est que lorsque les enfants onf atteint J'Agé de troismois'et passé là crise de dentition, mortelle pour un gtand nombre:
de: jeunes: lionnes, que la mère les sèvre en s'éloignant chaque jour pendant quelqués heures et leur donnant de la chair dé mouton soigneusement dépouillée et déchiquetée par pôtits morceaux.
Le lion, dont le: caractère est très-grave quand il devient adulte, n'aime pas à rester près de sés enfants, qui le fatiguent de leurs jeux. Afin d’être plus tranquille, il se fait une demeure dans le voisinage pour être à même:
de veriir au secours de sa famille en ‘cas de : besoin.
Les Arabes qui ont connaissance d’une espère tée de lions, d’abord parce qu'ils ont vu la lionne prête à mettre:bas, enënite parce que le bétail enlevé prend chaque jour le même chemin, profitent du moment ou la licnne sèvre ses petits pour les lui ravir.
. À cet effet, ils se postent pendant des journées entières sur un mamelon ouun arbre qui
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domine le repaire, et, dès qu’ils voient la lionne s'éloigner, sûrs que le mâle n’est pas auprès des lionceaux, ils arrivent jusqu’à eux en
se glissant à travers bois, les enveloppant du:pan dé leurs burnous pour:étouffer leurs:
cris, ét les portent à des cavaliers qui les at-
tendent sur la lisière de la forêt pour partir
ventre à terre; les: hommes en croupe et les lionceaux devant eux. Cette manœuvre est
dangereuse, et, entre autres Gxemples, je citer
rai le suivant : :
Pendant le mois de mars 1840, une his vint déposer ses petits dans un bois ‘appelé :
El-Guéla, situé dans la montagne de Æe-
zioun, chez les. Zerdezah. Le chef du pays, Zeiden, fit un appel à Sedek-ben-Oumbark, cheick de .la tribu des Beni-Fourral, son
voisin, et, au jour convenu, trente. hommes de chacune de ces tribus se trouvaient réunis sur le col du Mezioun, à la pointe du jour.
Ces soixante Arabes, après avoir entouré le buisson dans tous les sens, poussèrent plusieurs hourras, et, ne voyant pas paraître la lionne;: ils pénétrèrent sous bois et cas deux jeunes lionceaux,
Ils se retiraient br uyamment, croyant n’avoir plus rien à craindre de la mère, lorsque
le cheik Sedek, resté un peu en arrière, l’aper-
çu sortant du bois etse dirigeant droit vers lui. Il se hâta d'appeler son. neveu, Meçaoud et son ami Aki-ben-Braham, qui accoururent à son. SeCOUTS, La lionne, aulieu d’attaquer le cheik, qui était à cheval, fondit sur son neveu, qui était à pied.
Celui-ci l'attendit bravement et ne pressa la détente qu'à bout portant.
L’amorce seule brûla.
Meçaoud jette alors son fusil et présente à la lionne son bras gauche enveloppé de son burnous,
Celle-ci le saisit et Je broie ; pendant ce . temps, ce brave jeune homme, sans faire un pas en arrière, sans pousser une plainte, saisit un pistolet qu'il. portait sous son. burnous et force la lionne à lâcher prise en lui mettant deux balles dans le ventre, .
Au même instant elle s’élance sur Ali-ben- Braham, qui lui envoie, inutilement une balie. dans la gueule ; ilest saisi aux deux épaules et terfhssé ; il a la main droite broyée, plusieurs côtes mises à nu, et ne doit son salut qu'à la mort de la lionne, qui expira sur Jui.
Ali-ben-Braham vit encore, mais il est estropié. Meçaoud est mort vingt-quatre jours dE cette rencontre.
A l’âge de quatre à cinq mois, les lionceaux
suivent léur mère la nuit jusqu'à la lisière du bois, où le lion leur apporte le diner.
A six mois, par une nuit bien noire, toute la famille change de repaire, et depuis cette époque jusqu’au moment où ils doivent sé séparer de leurs parents, les petits voyagent constamment.
De huit mois à un an, les tionceaux commencent à attaquer les troupeaux de moutons ou de chèvres qui, pendant le jour, viennent dans lé voisiiage de leur demeuré. Quelquefois ils s’en prennent aux bœufs; mais ils sont encore si maladroïts, qu'il y a souvent dix blessés pour un mort, ét “4 le père est obligé d'intervenir.
* Cé n’est qu'à deux ans que les jeunes lions savent étrangler un cheval, un bœuf, un chameau, d’un sel coup de gaëule à la gorge, et franchir les haies de deux mètres de haut qui sont réputées protéger les douars.
Cette période d’un an à deux ans est vraiment ruineuse pour les populations. En effet, la famille ne tue pas seulement pour s6 nour- * rir mais encore pour apprendre À tuer. . Il est facile de comprendre ce que doit coûtér un pareil apprentissage à ceux qui en fournissént les éléments.
* Maïs, me dira-t-on, pourquoi les Arabes se
EL
laïssent-ils manger aïnsi par les lions et ne les chasséntils past À cela je répondrai : Lisez, le chapitre suivant, et si jamais vous avez des troupeaux en Algérie, vous les parquerez derrière un mur de cinq mêtres ou vous ferez comme les Arabes. hp se LEE 7H à À la troisième année, les lionceaux quittent Jeurs parents pour s’accoupler, et ceux-ci, afin de ne pas rester seuls, les remplacent par une nouvelle famille. |
Les lions re sont adultes qu'à huit ans. À cet âge, ils ont acquis toute leur force, et le mâle d'un tiers plus grand que la femelle, a toute sa crinière. Qu'on ne juge pas des lions vivant à l'état sauvage par les lions dégénérés que l’on voit dans les ménageries.
Ces derniers ont été pris à la mamelle et élevés comme des lapins de choux, privés du lait de la mère, de a vie au grand air, de la liberté, et enfin d’unenourriture saine et abondante. De 1à ces formes mesquines et grèles, ce regard malheureux, cette maïgreur maladive et cette crinière absente, qui leur donne un faux air de caniches et les ferait renier de leurs pareils vivant à l'état de nature.
Il y a en Algérie trois espèces de lions:"le lion noir, le lion fauve et le lion gris, que les Arabes appellent ef adrea, el asfar, el zarzouri. 1*