‹ La chasse au lion [microforme]Chapitre 4 sur 43 · NT · texte numérisé non relu

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qu’à cette heure l’animal était à moitié endormi et avait l'estomac et le ventre pleins, on a dit que le lion n’attaquait pas l’homme. En effet, le lion ne tue pas pour le plaisir de tuer ; mais il tue pour vivre et se défendre quand on l’attaque.

Dans un pays comme l'Algérie, littéralement couvert de troupeaux, le lion n’est jamais à jeun pendant le jour. Les indigènes qui savent cela, ont soin de rester chez eux à l’heure ou le lion quitte son repaire, et s'ils sont obligés de voyager la nuit, ils ne vont jamais seuls ou à pied.

Comme on le verra au chapitre de la chasse

au lion; lorsqu'un de ces carnassiers rencontre ‘ une troupe d'hommes, il croit toujours avoir:

affaire à des maraudeurs, et les suit pour avoir sa part dans la. prise.

Quant à moi, je déclare que ei j'ai remar:

qué de l'indifférence dans la physionomie de :

quelques lions que j'ai rencontrés le soir, je n’ai vu que des dispositions très-hostiles chez

tous ceux qui se sont trouvés sur r mon cheri Q

Ja nuit.

Je suis Nr dé qu' un: éiish isolé est perdu sans ressource s’il fait une pareille rencontre, que, lorsque ma tente est établie

dans la montagne, dès que la nuit est arrivée, : :

- je ne m'en écarte jamais sans prendre ma carabine. Je connais un grand nombre d'eccniles ré cents d’Arabes qui ont été dévorés par le lion ; mais je ne citerai que le suivant, parce qu'il est connu de tous les indigènes de Constantine, et qu’il s’est accompli dans des circonstances on ne peut plus dramatiques.

C'étaient quelques années avant l'ovcupetion de cette ville; parmi les nombreux détenus dont les prisons régorgeaient, se trouvaient deux condamnés à mort, deux. frères qui devaient être exécutés le lendemain.

Ces hommes étaient des coupe-jarrets de grandes routes, dont on citait des traits de: for-

ce et de courage surprenants. Le bey, craignant une évasion, ordonna qu'ils fussent entravés, c’est-à-dire qu’un yied de - chacun d'eux fût enfermé dans le même anneau en fer rivé sur les chairs. .

. Tout le monde ignore comment les choses se passèrent, mais chacun sait que, lorsque l’exécuteur se présenta, la prison était vide. :

Après avoir fait de vains efforts pour ouvrir ou couper leur maudite entrave, les deux frères qui étaient parvenus à s'évader, gagnèrent à travers les champs afin AL mtlge toute mauvaise rencontre. |

; Quand le jour vint, ils sè ‘cachèrent dans des rochers, et le soir ils continuèrent leur route. .

Vers le milieu dé la wuit, il firent la rehcon-

‘tre d’un kon.

:Les-deux voleurs ebintnendèrent par ut j je- : ter des pierres en criant dé toutes leurs forces pour l'éloigner : mais: l'animal s'était couené --devant eux et ne bougeait pas. 18

Voyant que les! injures :et les trenaces n’a-

‘boutissaient à rien, ils ‘essayèrent deë prières; mais le:lion bondit sur eux, les térrassai et's0 mit, séance tenante, à manger l'ajné à côté

«de’son frère; qui fit le mort. :

‘:Qüuand il arriva À: la jambe: qui ‘était rête- -mue par l’enitrave, le lion, sentant uno ‘résis- - bnreresi to coupa au-dessus da genoas |

: Puis,-soit qu'il fûtrepu;” soit qu'il eût sbif,

F se-dirigea vérs une sourcé situés près'de là.

Pensant que le lion reviendrait quand il aurait

#bu/le pauvre diable qui restait'chérchä autour ‘de‘lui un refuge, et éntraîniant ‘après lui'la

jambe de son frère, il ‘alla’ se fourter dané'un -silo:qu'il-eut le bonheur'de paire sur se

pe:

: Peu dé tenips ons " entendit le tons rapir à colèr; ét plusieurs fois passer’ près du trou dans lequel il s'était réfugié,

Enfin, le jour se fit et lé lion déloigne.

Au moment où le malheureux sortait du silo, il se trouva en présence de plusieurs ca- - Valiers du bey qui étaient sur ses traces. Un d'eux le mit en croupe, et il fut rämené à Constantine, où on l'incarcéra de nouveau:

Le bey, ne voulant pas croire à l'événement raconté par 8es serviteurs, désira voir cet homme ét le fit venir devant lui, toujours trainant la jambe de son frère. Malgré sa réputa- ‘tion de'cruauté, Ahmed-Bey, en'le voyant, ordonna que l'entravé fut brisée # id fit grâce de la vie,

‘Quoique doué de sens j très-shbtilé d’une

force et d’une souplesse à nulle autre pareilles, le lion de l'Algérie ne chasse point. ‘ * Seulement;:s’il aperçoit ‘de loïn un où plusieurs sangliers, il va à pas da loup faire ên sorte de les’ surprentité; mais, dès qu'il est “‘éventé ou entendu, les bôtes noirès ‘détalent, et le lion descend dans la plaine chercher son souper dans ün parc, ce qu el Le ra nc plus commode ét plus sûr,

J’ai vu quelquefois des or de act.

‘liers vider üné enceinte en plein jour quand un des leurs avait: été croqué ; mais’ j'ai vu plus souvent encore lions et'sangliers habiter la même forêt sans s’occuper les uns des autres.

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Cela tient à ce que le lion a toutes facilités de trouver sa nourriture ehez les Arabes, sur lesquels il prélève un impôt dix fois plus fort que celui qu’ils payent à l'Etat.

J'ai étudié longtemps le rugissement du lion, et je terminerai ce chapitre en faisant connaltro les observations que j'ai recueillies à cet égard. |

Quand un lion et une lionne sont ensemble, Ja femelle rugit toujours la première au moment ou elle quitte sont repaire.

Le rugissement est un composé d'une douzaine de sons qui commencent par des soupirs, vont crescendo et finissent comme ils ont commencé, par intervalle de quelques secondes entre chaque son.

Le lion alterne avec la lionne.

Ils vont ainsi rugissant de quart d’heure en quart d’heure jusqu’au moment où ils approchent du douar qu’ils veulent attaquer.

Dès qu’ils sont repus, ils recommencent jusqu’au matin,

Le lion isolé rugit également à son lever, mais il arrive souvent sans se taire jusque dans les douars. |

En été, pendant les fortes chaleurs, le lion rugit moins et quelquefois pointdu tout. Mais, à l’époque des amours, il se dédommage largement du temps perdu.

. Quelqu'un, entre autres sottes questions, me fit uW joue celle-ci : “ Pourquoi le lion rugitil? ” Je lui répondis : “Je crois que le rugissement est au lion ce que le chant est à l’oisexa. Si cette définition ne vous satisfait point, allez passer quelques années en sa compagnie, vous en trouverez peut-être une meilleure (1).”

J'ai pensé que la statistique faite par moi sur les pertes que les lions font éprouver aux Arabes pourrait intéresser le lecteur, et je la consigne à la fin de ce chapitre.

La durée de l’existence du lion est de trente à quarante ans. Il tue ou consomme une valeur annuelle de six mille francs en chevaux, mulets, bœufs, chameaux et moutons. En prenant la moyenne de sa vie, qui est de trentecinq ans, chaque lion coûte aux Arabes deux cent dix mille francs.

Les trente lions qui se trouvent en ce moment dans la province de Constantine, et qui seront remplacés par d’autres venant de la régence de Tunis ou du Maroc, coûtent annuellement cent quatre vingt mille francs. Dans les contrées où je chasse d'habitude, l’Arabe qui paye cinq francs d'impôts à l'Etat paye cinquante francs au lion.

(1). Les Arabes, dont la langue est riche en com-

“paraisons, n’ont qu'un mot pour le rugissement du 10h, ce mot est rad, tonnerre.

Les indigènes ont déboisé plus ( del la moitié de l’Algérie pour éloigner ces animaux nuisi-

bles. L'autorité française, espérant mettre un

terme à ces incendies qui menaceni les forêts et les bois d’une destruction complète, inflige des amendes aux Arabes qui brûlent,.

Qu’ arrive-t-il de cela?. Les Arabes se coti- sent pour. payer ces amendes et incendient comme par le passé. Rs Il en sera ainsi jusqu’à ce que le gouvernement ait pris des mesures pour protéger les populations. d’une manière efficace, comme cela se pratique en France pour les loups, qui sont loin pourtant d’être, aussi. Ratihles que Jeslions

Les traits les, nt lime du Darastäre ds | lion sont la paresse, l'impassibilité. et l’audace. Quant à sa magnanimité, je, dirai comme le proverbe arabe : “ Quand tu pars pour un vo- .fage,.ne 80is, pas seul'et arme-toi comme si tu devais rencontrer le lion. ”

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