‹ La chasseChapitre 3 sur 3 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

JL/A Chasse où vous vous délassez, Pendant les jours que vous passez Dans vostre charmante Province, Est sans doute un plaisir de Prince, Un plaisir qui n'a point de prix.

Sur tout pour ceux qui dans Paris Ont travaillé toute l'année.

Comme le veut leur destinée.

Ei qui pendant les jours entiers Ont eu le nez sur des papiers.

Quel plaisir quand F Aube vermeille Sur son lit de pourpre s'éveille Et chasse les feux de la Nuit y De sortir sans faire de bruit Avec la Fidelle* et Moustache* Qu'on vient de tirer de l'attache ; Pendant qu'à la faveur du frais Et s'endormant sur nouveaux frais, L'Espouse suit son premier somme Et croit tousjours tenir son homme.

On sort, on marche, on tourne à droit;

Enfin dès le premier endroit

Où la bonne étoille vous meine

On voit s'élever de la plaine,

Ainsi qu'en sursaut éveillez.

Douze gros Perdreaux maillez,

* Noms de deux Chiens couchants.

En joue aussi-tost on les couche, Et par une assez rude touche.

Car le coup est des plus heureux.

Dans le chaume il en tombe deux; Le reste va, passant la haye.

Se remettre en une ozeraye.

Là les pauvres effarouchez Pensent s'estre bien retranchez.

Mais la Fidelle en diligence Vous les poursuit, vous les relance.

Et les force à se mettre en Vair; Le fusil plus prompt qu'un éclair Désole encore la bcmde grise ; Ainsi de remise en remise On les suit, léger et dispos.

Sans leur donner aucun repos.

Que ton n'ait dans la Gibecière Fait entrer la douzaine entière.

Ensuite, en prenant sur le haut.

On voit un frippon de Levraut Qui se relève la moustache

Dans un creux sillon qui le cache.

On se glisse, par les guérets Et lorsque on en est assez près.

If un petit bruit on le réveille.

Il tressaut, il dresse l'oreille. Et dans ce moment à souhait Le fusil luy dorme son fait.

Cependant Moustache et Fidelle iPaisant tousjours la sentinelle Un autre Uêvre ont découvert.

Et le talonnent de concert.

La Bête de près poursuivie, Ifobmet rien pour sauver sa vie; Elle leur donne cent détours.

Ils la suivent; l'on croit tousjours La voir dans leur gueule qui jappe.

Cependant tousjours elle échappe.

Et sort de leurs crocs courroucez Pour quelques poils qu'elle a laissez.

Elle a beau courir, et bien viste.

Il faut venir mourir au giste;

Ei bten-tost Pun des Prétendans Vous la rapporte entre ses dents.

De là ton passe à la Garenne Oit Von abbat presque sans peine, Et tant que F on en ait assez, Lapins de genêt engraissez Qi/un valet met en gibecière.

Ou s'en fait une bandoùUlère.

Ensuite pour avoir du frais On descend le long du Marais, Dont les saules et les aunettes.

Séjour étemel des Fauvettes, Sont dun agrément sans pareil Dans la grande ardeur du Soleil.

Là se reposant à F ombrage De leur vert et smnbre feuillage, On voit au travers des roseaux.

Sur le tranquille sein des eaux Nager les timides Cercelles, Les noirs Pluviers et les Jodelles

Parmi de sauvages Canards, Plus deffians que des Renards.

Sans bruit on s'ajuste, on les mire, Et le coup qi/à fleur dleau l'on tire Disperse P escadron peureux, Pendant que cinq ou six (f entre eux Atteints par la poudre mortelle.

Couchez sur F eau battent de F ois le.

Barbet qui sans estre attendu, Là de luy-mesme s'est rendu.

Se jette aussi-tost à la nage.

Et faisant cinq fois le voyage.

Rapporte tout sans rien manger Ny sans rien mesme endommager.

Tant Fart de celuy qui le dresse A sçû luy donner de sagesse.

Cependant le déclin du jour Oblige à songer au retour.

Plus encor la flâme intestine If une faim qui devient canine.

On revient, plus content qu'un Roy

Du Gibier qu'on porte avec soy.

On ne con^t point cette joye; Et je suis seur qt/ Hector de Troye, Chargé des Dards et des Ecus Des Grégeois^ qi/il avoit vaincus.

Dans sa démarche triomphante IS'avoit pas Vâme plus contente.

Mais à quel point n'est pas charmé Le goût dun Chasseur affamé?

Dans le moindre mets qu'on luy donne, Toute sauce luy semble bonne.

Surtout quand il met sous sa dent Le Gibier du jour précédent ; Car pour celuy qi/il vient de prendre Il se fait un plaisir d attendre Qu'il soit assez mortifié Pour le monde qt/ilaprié.

Ce monde est tout son voisinage.

Gentilshommes de haut parage.

Qui n'ont point de jours ouvriers.

Et nourrissent des Lévriers;

Tous ont ce qt/il faut pour la chasse Fusils, Bassets, Furets, Tirasse Et mesme les plus apparens Ont là Meute des Chiens coterons.

Sont-ils ^arrivez dans la salle Où se doit faire le régale.

On sert sur table; et le Gibier Vun air et dun goût singulier, A tout moment reçoit louange De chaqu/e bouchfi qui le mange.

A Vexalter rien ne s'obmet.

Et rien n'égale son fumet.

Cependant quoy qufil leur en semble, Tous ont moins de plaisir ensemble Que le seul Chasseur sur ce point; Quand mesme il n'en mangeroit point.

Par tout alors est en campagne le pétillant vin de Champagne, Le Maistre ne F épargne pas; Enfin dans le fort du repas

On propose um grande chasse Qui toutes les autres efface, Où, pour faire nombre de Chiens, Chacun fasse amener les siens, Où, pour estre bien assortie. Les Dames soient de la partie.

On commence à s'inquiéter

Comment il faudra s'ajuster.

Où prendre just'aucorps et juppe

Et dequoy se faire une huppe.

On passe alors les jours entiers

A broder sur de grands métiers ;

Tel travail n'est pas fort utile A prendre fauve ou volatile ; Mais quand d habits neufs et brillons.

Bien entendus, et bien galans.

Femme se pare en telles f estes, Cest pour chasser à d autres bestes.

Le jour de la chasse arrivé.

Chacun, de bon matin levé.

10 LA CHASSi:.

Se trouve avec son équipage Au rendez-^vùus dans le Bocage; Où se fait par ordre dorme Un magnifique déjeuné.

Dans le vin tout chagrin se noyé Et l'on se dispose à la joye.

Desjà dans vingt lieux écartez Les Relais ont esté postez, Desjà revenus de leur queste Les Limiers ont fleuré la Beste; Et desjà les galants Chasseurs, Non sans débiter des douceurs, Ont fait placer sous des feùillées Les Dames de neuf habillées.

Jurant qu'en ses derniers abbois, Le Cerf viendra sortant du bais A leurs pieds terminer sa peine; Chose pourtant fort incertaine.

Enfin se donne le signal Pour faire partir F Animal,

// se lève un bruit effroyable^

Et qui pourtant est agréable.

De Chiens, de Chasseurs et de Cors,

Qui pénétrant dans tous les forts.

Fait tressaillir les Oréades

Et le chœur des vertes Dryades,

ff abord dans répais du taillis On n'entend qi/un grand chamaillis.

Mais si-'tost que sous la futaye Le Cerf plus au large s* égayé.

On a le plaisir de le voir S'élancer de tout son pouvoir.

Et quand il trouve des branchages Plier son bois sous leurs feuillages.

Après luy mille Chiens cotions.

Gris, noirs, isabelles et blancs.

De leur jambe viste et légère Touchent à peine la fougère.

Ce spectacle vif et charmant Ne dure presque qt£un moment.

Ils rentrent tous dans le bois sombre.

Et se dérobant sous son ombre, // n'en reste qu'un peu de bruit, Qui.bien-tost après eux ^enfuit. Tantost le Cerf va sur des Roches, Pour mieux éviter les approches Des Chiens qv^il a sur ses talons; Tantost il va dans des valons.

Ensuite il enfile la plaine.

Et dans d autres bois il les meine.

Là par ruse et détours adroits En défaut il les met trois fois.

Et trois fois avec mesme adresse La sage Meute se redresse; Le coeur luy manque, il bat des flancs Et pousse les derniers eslans- En vain à courir il s'excite.

Usent que la force le quitte Et qt/une impitoyable mort Va bien-tost terminer son sort.

Enfin pour ressource dernière Il se jette dans la rivière;

// fend Ponde et ses deux costez Tracent deux sillons argentez, Qui derrière luy s'élargissent Jusqvià ce qui au bord ils finissent.

Toute la Meute est en deffaut Sans mesme en excepter brifaut; Mais par les Chiens de l'autre rive Il est reçu quand il arrive.

Et les flots qu'il a traversez Roidissant ses jarrets lassez.

Non loin du rivage et sans peine La Meute testend sur l'arène.

Les Dames qui dans ce moment S'y rencontrent heureusement, Qmy que bien-aises, sont fâchées.

Et voudroient, de pitié touchées, Arrester le moment fatal Uun si noble et bel animal.

Il est vray que dune voix basse Il semble leur demander grâce Et dans ses mortelles dmdewrs les vouloir toucher par ses pleurs;

Mais des Chiens la trouppe inhumaine

S'abandonne au feu de sa haine.

Et les Chasseurs, cruelles gens.

Loin (festre au beau sexe indulgens.

Des Mâtins excitent la rage

Et les animent au carnage.

Dans le mesme temps tous les Cors,

Par certains lugubres accors.

Du Cerf, dont on voit les entrailles.

Sonnent les tristes funérailles.

Et font sçavoir à tous les bois.

Que leur grand Cerf est aux abbois.

A ce bruit se mettent à nage Tous les Chiens de foutre rivage.

Et viennent de colère ardens Donner aussi leurs coups de dents; Les Veneurs qui de près les suivent Sur le bord aussi-tost arrivent.

Et passent fonde sans songer S'il y peut avoir du danger; Ils sont vingt dans une nacelle.

If autres en ontjusqi/à la selle. Et d autres sans tant de façons Passent teau comme des Poissons; Tant les Veneurs ont tous en teste I/estre à la prise de la Beste.

Dès que les Chasseurs ont réglé

Que le Cerf est bien étranglé,

Les Valets à grands coups de gaules

Sur les fesses, sur les épaules.

Font quitter prise à tous les Chiens,

Et chacun demc reprend les siens.

Une Voiture toute preste

Se charge aussi-tost de la Beste,

Et superbe dun tel honneur,

La porte au Chasteau du Seigneur.

Le soir sous une belle ormoye

Le Cerf aux Chiens se donne en proye.

Après pourtant qtjion en a pris

Tous les morceaux les plus exquis.

Là les Dames en capelines

Et tenant en main des houssines,

Frappent les Mâtins sur le nez

Pour les rendre moriginez, .

Lors qu'en mangeant mal ils s'accordent.

Ou qt/en grondant ils s' entremordent.

Enfin tous ces divers ébats Se ferment par un grand repas.

Où dans l'ardeur de l'allégresse Chacun fait valoir son adresse.

Sans moy, dit l'un, je suis certain Qt/on eust chassé jusque à demain.

Par deux fois dans la patte doye fay remis les Chiens sur la voye.

Bon, dit l'amtre, et si dans le bois.

Où le chemin se fourche en trois, Je n'eusse fait tourner à droitte Dans la route la plus estroitte Où le Cerf s'estoit arresté.

Où diable en aurions nous esté?

L'on dispute, l'on fait frérie

LA CHASSE. i7

On boit, plus l'on boit, plus l'on crie.

Et sur le déclin du repus

L'on parle et l'on ne s'entend pas.

Le jour venant on se retire.

Plus content qt/on ne sçauroit dire.

Chacun a bien fait son devoir, Et Ton brûle de se revoir; Cette Chasse n'a point dégale Et depuis Narcisse et Céphale, Héros Chasseurs du temps passé, On n'a jamais si bien chassé.

Voilà de vos belles journées.

Et de vos Chasses fortunées.

Les peintures que je me fais.

Quand mmi esprit est bien en paix,

El que son œil en toutes choses

Ne voit que des lis et des roses.

Mais comme un homme un peu rimeur

N'est pas tousjours en belle humeur.

Je vous confesse que ma bile.

Le prenant sur un autre style.

{g UX CHASSE.

Me fait dam de certains momens Des mesmes divertissemens Une imagé bien différente.

Est-ce une chose fort plaisante,

Dis-je parfais en y pensant.

Et dans mon esprit repassant

Les maux, les fatigues , la peine

Que r amour de la Chasse amène

A qui s'en est laissé saisir ?

Est-ce, dis-je, un fort grand plaisir.

Lorsque F on dort du meilleur somme

Que peut jamais dormir un homrifie,

Ifestre tout à coup réveillé

Et cruellement tiraillé

Par un pauvre ami que harasse

Vinquiet démon de la Chasse?

On ne s'est couché qu'à minuit.

On est las, l'Aube à peine luit.

Mais cet ami peu s'en informe

Et veut, parce qt/un Lièvre en forme

L'attend, dit-il, dans un buisson

Que ton se lève et sans façon.

D'une main foibk et languissante,

De somme encore toute jasante.

On chamse ses bas à F envers.

On se boutonne de travers.

On baille, on se gratte t oreille

Et puis enfin [on se réveille.

Ainsi vestu diligemment

Et sans inutile ornement.

Il faut se mettre sur répauie.

Non pas unk légère gaule,

Mais un Fusil long et pesant

Qui mis de travers, et posant

Sur Pos qui Joint la clavicule,

A moins qiion soit fort comme Hercule,

Se fait cruellement sentir

Et cause un secret repentir.

Mais est-il Chasseur qui refuse

De se charger ^une arquebuse?

On sort, et sans faire d'écarts, [Car c'est un LevratU de trois quarts

A qui ton va casser la testé) On s^achemme vers la teste.

Près du giste on se va coulant, On n'en approche qtien tremblant.

Dans les broussailles ton se plonge, On se racourcit, on s'allonge, Mais au lieu du Lièvre peureux On ne trouve qu'un buisson creux.

Qui veut le voir en sa demeure, Y doit venir de meilleure heure.

En s'éloignant de cet endroit On va par un sentier estroit.

Dans des vignes bien allignées Se brider le nez d araignées.

Et mesme par trop se pressant,

En gober quelqu'une en passant.

On ne rencontre âme qui vive.

Hors quelque Merle, ou quelque Grive.

Il faut aller en d autres lieux Chercher quelque chose de mieux.

Maintenant que toutes les plaines

De mille grains tombez sont pleines.

Chaque sillon, chaque sentier, Y doit regorger de Giàier.

On descend, et ton fait la ronde Ifune grande Campagne blonde.

Sans estre payé de ses soins; Mais, lorsqu'on y pense le moins.

Trois Perdrix en battant des aisles Partent de dessous des javelles.

On les mire, le Chien s'abbat Et chaque fusil prend un rat.

Que faire? aller à la remise Seroit une vaine entreprise.

De leur premier vol toutes trois Elles ont attrappé le bois.

Après avoir repris haleine.

On arpente encore la plaine.

On cuit. C'est un Soleil ardent Qui ses traits à plomb va dardant.

Mais dune force si cruelle Qu'on se sent bouillir la cervelle.

Du moins on croit qu^elle se fond

Et se distille par le front.

De poudre on a la bouche pleine.

On râlle, on crache de la laine.

Encore à peine la peut--on Pousser plus loin que son menton, Une Mare alors découverte Vous présente sa bourbe verte, Mais c'est un nectar ravissant Dans Vaspre soif que ton ressent.

Un sauvage Oyseau de Rivière Construit de bizare manière,

Parmi les joncs et les glayeux Frappe inopinément les yeux.

Il faut F avoir. Sur un vieux saule On se glisse, on passe une épaule.

Le coup est prest destre donné; Mais F arbre que rage a miné.

Sous r homme, du bord se sépare Et tombe avec luy dans la Mare; L* Oyseau s^ envole et le C/iasseur Plein de bourbe et tranci de peur Se tire en gagnant le rivage

De son sale et boueux naufrage.

Ce jour estoit malencontreux , On sera demain plus heureux; Point du tout. Avec grande instance Un Gentilhomme d^importance, Luy mesme est venu convier D^ aller manger de son Gibier, Qui désormais un peu trop tendre Se gaste et ne peut plus attendre, [Pour bien dire la vérité Il estoit desjà tout gasté.) On va dans la Gentilhommière Qui tient un peu de la chaumière.

Sur la porte l'on voit cPtm Loup gris La teste et deux Chauvesouris, Dans la cour, où, dès que (on entre

On a du fumier jusqu'au ventre, Trois Cannes avec un Oison Font les honneurs de la maison, Par leur chant nazard et champestre.

On rencontre bien-tost le Maistre,

Qui joyeux et plein de bonté.

N'a que trop de civilité.

A peine a-f-on servi sur table Que du rost todeur détestable Vient par mille endroits détournez Faire la guerre à tous les nez.

Quatre grands Lapins qui s'estaient A puer de loin se signalent.

Mais plus que tous un vieux coquin Dont r estomac de bleu turquin Exhale une infernale haleine; L'Hoste qui de fine garenne Le croit, et le veut garentir, A ses Voisins le fait sentir.

Et du cul de la beste immonde Frotte le nez à tout le monde.

Le lendemain dans la forest Avec un magnifique apprest Se doit faire une grande Chasse, Il n'est rien que chacun ne fasse.

Pour donner à ce doux plaisir

Tout ce qu invente son désir.

Mais en mesme temps la fortune Moins souvent bonne qu importune S'estudie à Passaisonner De tout ce qui peut chagriner.

Dès le soir une grosse pluye.

De ventSy et de gresle suivie.

Tombe dans tous les lieux voisins, Fait des Iojcs de tous les chemins.

Désole tout, et par tout change La terre grise en noire fange.

La pluye a beau tousjours cingler

Il ne faut pas laisser if aller.

Les Chevaux jusqt/au ventre enfoncent,

Ijes plus vigoureux y renoncent.

Ou trébuchent à tout moment;

Lés Chiens n'ont plus de sentiment.

On ne connoist plus les brisées.

Et les Dames sont défrisées.

Icy l'un tombe, ayant glissé

Sur son fusil, dans un fossé.

Et donnant du front sur la crosse

Se fait une effroyable bosse.

Avec un trou, mais sans chagrin.

Quatre gouttes desprit de vin

Guériront la bosse et la playe ;

Un autre en forçant une haye,

Et des branches peu se gardant.

Souffre un plus fâcheuse accident.

Une épine qui se relève

Luy donne dans l'œil et le crève.

Mais q\ji importe? à quoy bon deux yeux?

Qui n'en a qi/un en vise mieux.

Icy sur un Lièvre qui passe

L'un prend un rat de bonne grâce,

Vautre qui ne tire pas bien

Manque le Lièvre, et tûe un Chien,

De tous costez on est en queste Pour trouver le fort de la beste.

Mais en vain l'on cherche par tout

On rien sçauroit venir à bout.

Les Veneurs à perte <P haleine Traversent le bois et la plaine Et sont dans un cruel soud, les Dames galoppent aussi.

Deux ou trois font la ôulebutte Et sont heureuses dans leur chute.

Selon qu'elles ont de blancheur Ou (Tembonpoint et de fraischeur.

La nuit survient, on se retire.

De honte on n'ose se rien dire.

On peste, et le plus vieux Routier Maudit luy mesme le mestier.

Par une Chasse si bizare

Que pour m' égayer je vous narrée,

N'allez pas vous imaginer

Que je veuille vous détourner

De cette agréable manie

Où se porte vostre génie.

Et dont les peines et les soins

Ne sont pas ce qui plaist le moins.

Dans le monde tout est de mesme; Rien ne déplaist dans ce qi/on aime.

Un Plaideur est en Paradis Quand il fournit des contredits.

Ou nouveaux moyens il expose, Soit qu'il gagne ou perde sa cause.

Combien de Bourgeois, de Marchands, Coëffez de leur Maison des champs, Quoy qu'un Seigneur les contrarie Sur leur eau, leur bois, leur prairie Et leur fasse cent mauvais tours, Y vont et s'y plaisent tousjours.

Un Amant qui dans son martyre Sans cesse gémit et soupire.

De celle qui retient son coeurs Chérit tout jusqu'à sa rigueur.

Ceux qui cheminent vers la gloire Par les sentiers de la Victoire, Vont gayement et sans rechigner Tous les jours se faire échigner, .

Par gens contre qui de leur vie De se battre ils n'eurent envie.

Et qui peut^stre dès demain Viendront leur toucher dans la main.

Un bon faiseur de Commentaires, Qui dans quelques vieux exemplaires.

Après s'estre long-temps tué Trouve un mot mal accentué.

Enchanté de sa découverte, De son temps ne plaint point la perte.

Moy, qui n'aimant Chaise ny Chiens, M'acharne sur les Anciens Puis-je alléguer une folie Plus bizare et plus-accompUe? Que sert et qu'importe en effet Que Virgile ait bien ou mal fait?

Qu'Horojce ait sçû dans sa Satyre Adroittement ou non médire?

Mille gens et fort à propos Sur tout cela sont en repos.

Pourtant, quand au gré de ma rattc

Je puis donner un coup de patte, Ou serrer un peu le bouton Au mielletix et divin Platon, Ou quand mon Abbé* téméraire Fait voir le bec jaune cC Homère, Je ressens des plaisirs bien doux.

Et peut-estre non moins que vous.

Quand mesme dune seule balle Vous troussez un Chevreuil en malle, ^ Ou lors que dans un traquenard Vous prenez quelque vieux Renard.

Poursuivez donc et de la Chasse, Qui jamais ne vous embarrasse, Goustez-bien toutes les douceurs Vous, le plus sage des Chasseurs.

Bonsoir, puisse cette folie Par endroits vous sembler jolie.

A Paris, ce 14 Septembre 1693.

* Un des personnages du Dialogue du Parallèle des xinciens et des "Modernes.

A cheyé d'imprimer

le sa Juillet IBSS PAR BONAVKNTURE ET DUCESSOIS

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