ACX PRISES AVEC LES SOCIÉTAIRES DE RAMBOUILLET
Un rendet-vous donné et accepté. — Un déplacement â Courgenay. — Opinion du marquis de Mac-Mahon sur l'attaque. — Veaumort et Aroe. — Un sanglier qui prend parti d'Àrca à Joigny .
Le 15 mars a eu lieu le dernier laisser-courre de Ram- ; bouiilet. Nos veneurs attablés, tels que les Girondins à leur dernier repas buvant à l'immortelle liberté, trinquaient à • l'immortalité de la vénerie française. * . . ,
Une voix haute domine les toasts :
— Qui nous aime, nous suive! i * •
%t — Où? répondent à la fois dix convives.
— Aux coteaux giboyeux de la Bourgogne.
-Quel jour?
— Le 25, à la brisée d'un sanglier.
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241 LES SANGLIERS DE LA FORÊT B'OTIiE. .
Et le 25, à neuf heures du matin, les quarante lieues de Paris nu petit hameau de Courgenay, entre Sens et Trôyes, étaient franchies par cinq calèches de poste. Douze braves en descendaient :
MM. de Sainte- Aldegonde, de Saluées, de Perthuis, de Cossetlc, de Plaisance, de Chazelles, de Ton mon, de la Guiche, et les quatre invaincus, mais non pas invincibles, MM. de Mac-Mahon et de Montmort.
A midi, une laie vierge était prise dans des prés émaillés et sur les bords fleuris d'un charmant ruisseau ; cette douce et tendre verdure contrastait vivement avec la lutte de cinquante chiens couverts de sang et de boue.
La chasse du lendemain 26 échoua par un incident survenu au moment de l'attaque. Quatre chiens de récria emmenant l'animal à deux lieues de là, le dérobèrent à la meute. Aussi de toute la soirée on ne put, quelque effort qu'on fit, arracher même un demi-sourire au rude maître de l'école romantique, le marquis de Mac-Mahon, dépouillé là du chapeau et des blanches culottes anglaises pour le grave costume de Rallye-Bourgogne. Les seules paroles qui tombèrent de ses lèvres sévères furent -celles-ci :
— Que vous avais-je prédit, messieurs? A tout prendre, il y a meilleure chance à attaquer de meute à mort avec quarante chiens.
Le surlendemain, 28, autre désappointement glorieux. Écoutez, veneurs, et profitez. Quatre bêtes de compagnie avaient été sur-allées par la quête ou avaient fui, rapport fait. La meute donnée d'attaque, la circonstance fut vite reconnue, . les chiens plus vivement encore recouplés, et la voie confiée à quatre vétérans d'élite. Il était onze heures, et le printemps
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n avait pas encore eu de journée plus chaude. Alors commence un dédale de fuites et de retours, un labyrinthe inextricable de voies croisées, d'allées et de venues, aussi difficiles à démêler qu'à décrire. Nos fidèles rapprocheurs, le nez à terre, donnant toujours, traversent bien des lieues, et le temps, qui marche aussi, s'écoule durant cette œuvre laborieuse. Enfin les montres marquaient cinq heures du soir; les courages, les chevaux et le jour lui-même fléchissaient ; un nuage assoml>rissait les fronts désappointés. Un seul veneur foisait l>onne contenance.
— Quelle chance avons-nous si tard? se hasarde-t-on à dire à ce chef d'équipage.
— Celle de la nuit, répond-il joyeusement. Et dix minutes après les sangliers bondissaient sous le nez de Cérébro. -r- Écrivez ce nom en lettres d'or. — Et avant six heures, une laie ragote non chargée, courue à vue par nos quatre héros, tantôt roulée par eux, tantôt leur échappant, tombait enfin dans la meute, qui s'en donna à belles dents.
Vingt-quatre heures après cet exploit, la colonie tout entière émigrait pour Cerisiers, bourg situé à quatre lieues de là, sur la grande route de Tonnerre. La poste voiturait sur de doux ressorts Cérébro blessé et les limiers espoir du lendemain. L'unique chasse qui se fit au nouveau quartier général, en se terminant par la prise d'un ragot, attaqué dans les bois de Veauihort, n'offrit de remarquable que la grande vitesse des débuchers, vitesse fatale au bouillant cheval du bouillant vicomte de Montmort, qui s'y creva. Que la terre lui soit légère! . m -,
r Le dernier laisser-courre du déplacement eut lieu à Arce, à trois lieues plus loin \ mais déjà la désertion avait éclaira
les rangs des veneurs, <lont on pouvait dire : apparent rari liantes.
Un épisode curieux signala cette clôture de la saison, et le fait mérite d'être cité à l'instruction de tous. Depuis une heure, les chiens de meute chassaient vivement un sangJier tiers-an. L'animal, la tète liante, tient les abois. Les chasseurs descendent de cheval, leurs couteaux de eliasse au ping; les trompes sonnent l'hallali debout. Tout à coup notre tiers-an ravisé repart en rechignant. Les veneurs remontent en selle, et chacun se disant, il n'ira pas loin, se promet d'avance l'honneur de servir la bête. Oui-da, vous comptez sans votre bote, mes maîtres. Un fourré d'épines aide aux ruses de Tank mal, un retonr le favorise. Il bondit de nouveau, traverse h grande route de Tonnerre et prend parti. Quel parti, grand saint Hubert! un débucher jusqu'aux portes de Joigny, six lieues de bois ! Hommes et chevaux, peu ménagés d'emblée, suivaient de surprise et de eelère : les chiens fatigués baissaient de voix pour prolonger leurs forces et leur vitesse ; mais telle fut leur tenue dans cette chasse difficile, qu'à la nuit close deux veneurs heureux, MM. de Sainte-Aldegonde et de la Guichc, déroliaient seuls, à la juste fureur de la meute au complet, le tiers-an déjà en lambeaux. Notre coureur extraor- . dinaire fut apporté dans la salle du déplacement, et là, pjqueurs et valets de chiens présents, on le soumit à tous les commentaires d'usage. Voici le procès-verbal : — mince et court de corsage, — maigreur de cheval entraîné,— hauteur de jambes d'un grand sanglier. . * . * s
Ce fut le lendemain de cette chasse, le 2 avril, que se sépara la brillante assemblée; les Parisiens, pour retourner aux rives de la Seine ; les autres, pour regagner leur maison des
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champs. La guerre était forcément terminée, car, parmi les maître» d'équipages, M. de Plaisance n'avait plus guère sous les armes qu'un cheval de disponible, et M. de Mac-Mal ion, de son coté, en laissait quatre sur la litière, dans quatre villages différents. — Au revoir donc, mes gentilshommes, et à Tannée prochaine, si Dieu nous prête vie!