SCÈNE VI
AGÉSILAS, COLIN, etc.
AGÉSILAS
Qu'est-ce donc que j’aprens ?
Vous vous émancipez, ô chétives canailles !
Vrais pecora campi, faquins, francs rien qui vailles De parler de mon astre en termes outrageux,
Et sans moi vous partez? Ah, de par tous les dieux Je sauray vous couper à tous les deux oreilles,
Et faire un peu pâlir vos trognes trop vermeilles ; Et pour vous achever, d’un licou suspendus Je vous ferai, pendarts, dire votre in inanus.
Vous connoitrez alors si je suis un Nicaise.
Mais au fond je suis bon, aisément je m’appaise. Montrez-moi seulement le moindre repentir.
Pour le traître Artaban, mon bras va le punir.
(A Artaban.)
Qui t’a forcé, raaraut, d’ôtre si téméraire ?
artadan fièrement.
Je le ferais encor si j’avois à le faire.
Homme venu de rien! A ton roi ? Malheureux !
ARTABAN
Oh, ne tranchez pas tant du fier et du fameux.
Encor qu’un toit de chaume ait couvert ma naissance t Et qu’un palais de marbre ait logé votre enfance,
Que vous veniez d’un roi, moi d’un simple pasteur, Yotre sang près du mien est-il d’autre couleur ?
Si sur votre caboche ou voit une couronne Ce n’est pas la vertu, c’est le sort qui la donne,
Ne vantez donc plus tant votre rang glorieux,
Qui sert bien son pays n’a pas besoin d’ayeux.
AGÉSILAS
Je suis tout stupéfait d’une telle insolence.
ARTABAN
Se targue qui voudra d’une haute naissance,
Si je me vois le fils d’un chétif malotru C’est la faute du sort et non de ma vertu.
Un guerrier dont le nom se fait par tout connoltre. S’il n’est du sang des dieux il est digne d’en être,
De grandes actions, du cœur, voilà le hic.
AGÉSILAS
Ali ! le maudit serpent ! ah, le petit aspic !
, AGATHE
ARTABAN
Allez filer auprès de votre péronnelle.
Rien ne peut m’ébranler quand la gloire m’appelle, Je suis dans mes projets aussi ferme qu’un mur.
colin (à part).
Il est duriuscul, pour ne pas diredur
AGÉSILAS
Vois-tu ce fer, maraut, prêt à choir sur ta léte Y Viens, coquin, l’éprouver !
artaban, se mettant en défense.
Ne soyez pas si bête.
AGÉSILAS
Il faut que pour loyer de ton manque de foy Je te donne ceut coups.
ARTABAN
Vous ! vous ! vous !
AGÉSILAS
Moi, moi, moi.
ARTABAN
Vous faites bien du bruit avec votre cocarde !
Si par malheur au nez me monte la moutarde,
Vous me ferez jurer et par f. et par b.
Ali ! c’est trop en souffrir, tu vas être flambé !
Rien 11e peut te soustraire au couroux qui m’anime. Reçois le châtiment qu’a mérité ton crime !
ARTABAN
Messieurs, m’a-t-il frappé ?