SCÈNE PREMIÈRE
LA PRINCESSE, AXIAME.
• AXIAME.
Madame, qui vous fait trépigner de la sorte ?
Votre beauteint n’estplusque couleur feuille morte.
Mon prince ne vient point. Moments trop- rigoureux, Que vous paroissez lents à mes rapides vœux !
Je crains que mon amant, pour venger mon outrage, Avec trop de chaleur n’ait suivi son courage.
Je crains surtout, je crains que le fier Artabau,
Ce gros, grand, gris, gras Grec, ce maudit chenapan, N’ait sur Agésilas... On n’ose me le dire!
Ah, sans doute il est mort ou du moins il expire.
La lumière du jour, les ombres de la nuit,
Tout retrace à mes yeux ce funeste délit.
AXIAME.
Eh, repoussez, madame, un si triste présage. Espérez mieux du ciel, il est et juste et sage.
Un songe menaçant sans cesse me poursuit.
J’ai révé-de châtrez pendant tdute la nuit.
De miroirs renversez, d’œufs cassez, d’eau bourbeuse
AGATHE
Un mort m'a présenté sa rencontre hydeuse.
Les cignes que j’ai fait placer dans mon étang M’ont semblé des corbeaux qui nageoieutdansdu sang. Mon palais, dont l’éclat sc fait si bien paroltre,
S’est changé tout à coup en château de Bicétre.
Le canal qui le borde a paru l'Acbéron.
J’ai pris chaque bateau pour la barque à Caron.
Ces arbres grands et verds qui bravent la froidure M’ont paru des cyprez dépouillez de verdure ;
Ces arbres orgueilleux, vénérables vieillards,
Supports silencieux de tant de babillards.
Un spectre s’est montré ! puis au même instant, zeste!
Un autre plus hideux, plus affreux, plus funeste ,
Plus effroyable, armé d’un broche à rôtir (Dont l’aspect a pensé me faire évanouir),
Ayant fait par trois fois un horrible tapage.
Le sang d’Agésilas a satisfait sa rage ;.
Puis, se tournant vers moi : Tiens, bégueule, a-t-il dit, Fais maintenant porter ton mignon dans ton Ut.
A ces mots, de six pieds il allonge sa face Ht fuit en me faisant une affreuse grimace.
Je me suis réveillée en sursaut là-dessus,
Sans poux, sans voix, sans force, ettoutc dans mon jus. Axiame, lire-moi de ce cruel martjre,
Va voir ce qui se passe et reviens me le dire.
AXIAME.
Je vous obéirai, mais qu’est-ce que je voy ?
C’est Colin tout courant; U semble pleind’effroy ! Quelque nouveau malheur sans doute nous l’envoye.