ACTE PREMIER
grandissait. Ça me rassurait tout de même. Un beau soir, j'ai tout découvert d'un coup*. Gaston entretenait une femme et toute notre fortune avait passé moitié chez elle, moitié dans des spéculations de toutes sortes. J'ai découvert tout ça à la fois, brusquement, par un de ces hasards fous qui vous sautent à la .gorge comme un malfaiteur, la nuit. La femme était môme une de mes amies ou à peu près. Je la voyais presque tous les jours; elle était veuve, je la croyais riche. Eh bien! son mari ne lui avait pas laissé un centime et elle vivait entretenue, tantôt par les uns, tantôt par les autres. J'étais dans cette position-là, depuis quatre ans. Je vivais au milieu de cette malpropreté sans me douter de rien...
LA BAUDIÈRE
C'est abominable.
THÉRÈSK
Je vous épargne le reste. Quoique je n'eusse pas en mains la preuve matérielle
suffisante pour divorcer, s'il avait voulu s'y opposer, j'ai dit à mon mari que je ne resterais pas avec lui une heure de plus. D'ailleurs, il a consenti au divorce tout de suite. Il ne m'avait jamais aimée ; moi, j'avais cru l'aimer dans les premières années de notre union, je m'étais vite aperçue qu'il y avait entre nous des obstacles de caractère infranchissables. jSous avions fait un de ces mariages préparés parles familles, oîj, quand tout est bien réglé à votre insu, on vous dit à l'un : « Yôilà votre femme», et à l'autre : « voilà voire mari» avec autant de simplicité qu'on vous dit dans un salon : « Donnez-vous la peine de vous asseoir. » Et on s'assied. Et ça dure ce que ça peut. Ah ! je vous jure, mon oncle, que s'il y a jamais eu un divorce juste et nécessaire, c'est le mien.
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Je vois, en effet, que les torts de votre mari ont été graves, très graves. Cela ne m'étonne pas d'ailleurs. Il y a dans la famille de Mon-