ACTE TROISIEME
GASTON
De vue seulemont.
THÉRÈSE
Ah!
GASTON
Je l'apercevais autrefois à Paris, un peu partout... au théâtre, aux courses...
THÉRÈSE
Est-ce qu'il vous connaît, lui?
GASTON
Du tout. Nous n'avons jamais été présentés. Et je ne tiens pas d'ailleurs à faire sa connaissance. C'est un homme qui m'est souverainement antipathique.
THÉRÈSE
Pourquoi?
GASTON
Je n'ai pas de raison positive. J'ai horreur,
en général, des gens froids, insolents et heureux... comme lui... Yoilà un homme qui a commis toutes les fautes, qui a joué, qui s'est ruiné, et qui aurait dû normalement, s'il y avait de la justice et de la logique sur la terre, tomber à plat, comme tant d'autres, qui n'ont pas fait plus de sottises, qui en ont fait moins, qui sont aussi bien doués que lui ! Eh bien ! le voilà célèbre et prodigieusement riche. Je trouve cela exaspérant.
THÉRÈSE
J'ai entendu dire qu'il avait beaucoup travaillé depuis.
GASTON
Un autre travaillerait autant que ça lui rapporterait deux mille quatre cents francs par an. D'ailleurs, il n'y a pas à discute^ ces choses-là. On n'y peut rien. C'est révoltant, voilà tout. C'est lui qui était ici tout à l'heure?...
THÉRÈSE
Oui.
A(:TE TROISIEME I7r>
GASTON
Ah ! 11 vJenl de temps en temps à Sauveterre?
THÉRÈSE
Il en est le propriétaire, maintenant. Il a certaines dispositions à prendre. C'est tout naturel.
Tout naturel. Il demeure chez son beaufrère ?
THÉRÈSE
Le baron de Morènes.
GASTON
Oui... pas très loin d'ici...
(Un silence.)
THÉRÈSE, le regardant.
Pardon. Quand êtes-vous arrivé à Angers?
GASTON
Ce matin.
THÉRÈSE
Vous avez vu voire oncle?
GASTON
Mais oui.
THÉRÈSE
Et votre tante aussi, probablement? -
GASTON
Et ma tante aussi.
THÉRÈSE
Oh! Je m'explique... Ça m'étonne qu'elle ne vous ait pas accompagné!
GASTON
Que vous expliquez-vous? Mes questions au sujet de Monsieur Jossan, peut-cire?
THÉRÈSE
C'est cela même. Eh bien! j'attends...