‹ La chatte blanche feerie en 3 actes et 22 tableauxChapitre 108 sur 145 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

PIMPONDOR.

Mon ami, nous devons être à pas mal de pieds au-dessous du niveau des baleines. (Ils arrivent en se débarrassant de leurs herbes. )

PETITPATAPON.

O dégringolade! des marches du trône au fin fond de la mer! quel enfoncement !

PIMPONDOR.

O Blanchettel j’étais inondé de joie de t’avoir retrouvée... je croyais toucher au port, et me voici replongé dans une situation... amère, dans un flux et un reflux d’événements élranges et aquatiques! Je vois mon bonheur englouti et s’en aller h vau-l’eau !

PKTITPATAPON.

Le fait est que nous voilà coulés! En ai-je bu de cette eau salee !

PIMPONDOR.

Et moi V Je me sens gonflé comme une outre... je suis outré! Oui! je suis outré de la conduite de cet infâme Migonnèt.

N PKTITPATAPON.

Prince, reposez-vous sur ce banc d’huîtres, sur lequel et duquel vous pouvez déjeuner.

PIMPONDOR.

Et toi, écuyer de mon amie, étends-toi sur ce banc de harengs.

PKTITPATAPON.

Oui, ma foi, ce sont des harengs !

' PIMPONDOUR.

Sort bizarre !... me voici dans l’empire des coquillages et des poissons... Et moi qui trouvais, là-haut, mon cachot humide.

PETITPATAPON.

Brrrrr... savez-vous qu’il ne fait pas chaud du tout ici?

PIMPONDOR.

, C’est peut-être le moment du frai ; que serait-ce, si nous étions en hiver ?

PETITPATAPON.

Il est certain qu’on doit se trouver mieux chez les poissons l’été, qu’avec eux l’hiver.

PIMPONDOR.

Ce doit être ici la demeure des ondines. '

PETITPATAPON.

Qu’avez-vous dit? on dîne... Oh ! tant mieux, je meurs de faim. Dites donc, prince, s’il y a des restaurateurs ici, la carte doit être salée; c’est égal, je payerais cher un potage !

PIMPONDOR.

Peux-tu afoir envie d'un potage, après avoir bu un pareil bouillon !

PETITPATAPON.

Remarquez-vous, mon prince, que malgré notre situationma* ritime, nous faisons des mots?

PIMPONDOR.

Que veux-tu ! ici, ça coule de source... Cependant, il serait temps de mettre un terme à nos maux.

PETITPATAPON.

Pour cela, il faudrait nous remettre à flot et pouvoir remonter à la surface de l’onde.

PIMPONDOR.

Et cet espoir est bien vague ; mais après tout, ce n’est peutêtre pas la mer à boire, et si nous vivons encore, c’est qu’un pouvoir surnaturel nous protège. Explorons ces plaines humides, voyons? de quel côté diriger nos pas; ici l’esprit flotte incertain. Je vais naviguer de ce côté. Toi, Petitpalapon, plonge tes regards dans les environs, et prends garde! Nous sommes ici en pays ennemi ; nous n'avons aucun droit k l’hospitalité, au contraire.

Air des Louis d’or.

Là-haut, chez dous, dans notre monde,

Mon cher, sans pitié, sans regrets,

Nous traitons l'habitant de l’onde,

Nous le pinçons dans nos filets.

En descendant, les rôles changent,

Ce sont les poissons, ici-bas, ■

Qui nous pêchent et qui nous mangent,

Aux. hameçons ne mordons pas.

La fatalité nous ballotte,

Amour, en cette immersion,

Sauve-nous de la matelotte !

Préserve-nous du court-bouillon 1

Il sort.

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