ACTE I
LA FÉE
Oui, j’y vois de l’amour... Oh ! oh ! ma mie, c’est d’un prince
quenous sommes éprise...
BLANCHETTE
Vous voyez cela ?
LA FÉE
J’y vois encore, mon enfant, que ton amour n’est pas ordinaire, et que pour ton bien-aimé, tu serais capable d’entreprendre de grandes choses...
BLANCHETTE
Oh! oui!... Mais hélas, sais-je seulement s’il vit encore I la fée, regardant toujours l'écuelle de lait.
Oui, il vit encore... (Mouvement de joie de Blanchette.) mais il est prisonnier d’un méchant homme, et il est bien gardé. blanchette, vivement.
Vivant!., et dans quel pays?... et comment le revoir?., pouvezvous me le dire? Oh 1 regardez, regardez encore...
la fée.
Une mouche vient de tomber dans le lait... Je ne puis plus rien voir...
blanchette.
Quel malheur !
la fée, se levant.
Rassure-loi, jeune fille.... ton bon cœur, ta constance te rendent intéressante à mes yeux, et je veux te protéger.
blanchette.
Vous! pauvre vieille!
LA FÉE
Moi-même, ma mie, qui ne suis ni aussi pauvre, ni aussi vieille que tu crois. ( Musique . — Elle se transforme et devient jeune et belle.)
blanchette.
Que vois-je 1
LA FÉE
La Fée des Bruyères... Je suis la protectrice des amours sincères... Je protège les amants fidèles; par malheur je n’ai pas autant de besogne que j'en voudrais... Ton attachement pour le prince est profond... Cela me suffit .. Parle... Que désires-tu?
BLANCHETTE
Réparer le mal que j’ai fait... Ohl ce n’est pas le courage qui me manque... mais que peut une pauvre fille...
LA FÉE
Tu as raison... Ta jolie figure et ton sexe t’exposeraient à mille dangers. 11 faut te meltro à l’abri de ces périls, et pour cela... (Elle la frappe de sa baguette , et la paysanne Blanchette devient un élégant chevalier .)
BLANCHETTE
Quel changement!
LA FÉE
Tu n’es plus la timide Blanchette. Tu te nommeras désormais le pi ince Fidèle, et peur que tu puisses mener un train digne de ton rang., regarde. (Elle va loucher le fagot qui se transforme en un coffre de maroquin rouge.) Ce coffre est rempli de riches habits, d’or, de bijoux... Il te suivra partout. Tu n’auras qu'à frapper du pied en disant: Coffre de maroquin, viens à moil Aussitôt il apparaîtra...
BLANCHETTE
Bonne et généreuse fée, que de reconnaissance!... [Elle se prosterne devant la Fée.)