SCENE II
Les Mêmes, LA FÉE VIOLENTE, puis lbs trois Sorcières.
A peine le hibou a-t-il poussé son cri sauvage, qu’on voit paraître la fée
Violente.
VIOLENTE, au hibou.
Messager de la mort... (Aux autres.) Et vous, serviteurs des sorcières soumises à mon pouvoir, l’heure du sabbat a sonné... d’où vient que je suis ici la première?
Trois vieilles sorcières sortent immédiatement de terre et viennent s’incliner devant la Fée.
Urda, Vérandi et Skalda... images du Passé, du Présent et de l’Avenir, vous savez ce qui m’amène.
Les trois sorcières font un signe afiirmatif.
Vous avez promis de m’apprendre ce qu’était devenue ma ü 11c adoptive, et j’ai promis, moi, de vous rendre la jeunesse et la beauté.
Elle s’approche des trois sorcières, les touche de sa baguette. — Elles deviennent jeunes aussitôt, et leur costume de haillons fait place à un costume bizarre et gracieux. Les trois sorcières commencent à se regarder avec joie, puis vont s'incliner devant la fée Violente qui continue :
J’ai tenu ma promesse, à vous de tenir la vôtre... Planchette a-t-ello trouvé la mort dans les flots ?... Voilà ce que je veux savoir... répondez ..
Sur un signe de l’une des trois sorcières, plusieurs démons apportent un trépied avec une chaudière qu’ils placent au milieu du théâtre ; puis ils entourent cette chandière de grosses pierres.
Allons, que le sabbat commence, et que la verveine pétillé sous la chaudière.
Les démons allument la verveine ; les sorcières jettent dans la chaudière une écharpe que leur donne la fée Violente, et que Blanchettea portée, un serpent et une colombe. Mais avant d’engloutir ces objets, elles forment différentes poses et prennent des attitudes diverses. — Celle-ci eu se drapant dans l’écharpe, celle-là en irritant le serpent, qui s’est enlacé à son bras, l’autre en tenant au-dessus de sa tête la pauvre colombe qui bat desailes. — Pendantcette cérémonie, le hibou et la chauve-souris agitent leurs ailes, et le crapaud fait des sauts autour de la chaudière. Les grosses pierres qui entourent la chaudière se changent aussitôt en têtes de mort lumineuses, puis, une sorcière frappant le rocher qui est à droite, avec une branche de houx, quelle est allée cueillir, on y voit écrit en lettres de feu : « Bianchette existe. »
VIOLENTE
Mes pressentiments ne me trompaient donc point... elle existe 1 (Les lettres disparaissent.) lit pouvez-vous me dire où elle est?... ce qu’elle fait?... (Les sorcières répondent que non.) Si votre -science ne va pas jusque- là, c’est que Bianchette est maintenant protégée par une puissance égale à la mienne... Peu m’importe, je le saurai! (Aux sorcières.) Suivez-moi... (Aux démons et aux bêtes.) Et vous, gantez toujours avec vigilance l’entrée de ce souterrain, qui conduit dans un empire ignoré des mortels; ceux d’entre eux qui y pénétreraient pourt aient se rendre maîtres do ces talismans, qui souvent rendent nos volontés impuissantes... Il iaulleur en interdire l’accès... Détnons, faites bonne garde !
Les trois sorcières se groupent autour d’elle et disparaissent sous terre.— Deux démons restent seuls, ils vont s'asseoir auprès du rocher, et ils se mettent à jouer au lansquenet avec des cartes phosphorescentes et lumineuses. Ils se disputent à tousles coups. — Bientôt Fend-l’Air vient tomber en deux bonds au milieu d'eux.