LES OUBLIETTES
PIMPONDOR, endormi sur de la paille. Il se lève lentement, fait quelques pas dans sa prison, arrive sur le devant et chante :
Air s Une fièvre brûlante .
Dans une cave obscure,
Tristement je gémis...
N’ayant que du pain bis Pour toute nourriture 1 A qui sauverait Pimpondor...
AhI je ferais un beau pont d’orl
Avec force.
D’une voix affaiblie,
l)e ce trou sans clarté,
0 Destin, je te crie :
Rends-moi la liberté !
C’est en vain que je murmure cette prière ; rien ne répond à mon filet de voix, et je reste claquemuré dans ce cul de bassefosse, où je m’ennuie k avaler nia langue... O Blanchette! je ne t’en fais pas un reproche, mais ça m’a coûté cher de faire ta connaissance. (Musique. — On voit une grosse araignée traverser le théâtre.) Ah ! mon arraignée ! voici ma seule compagne... Je ne peux pas dire : araignée du soir, espoir... car je ne sais jamais, ici, si c’est le jour ou la nuit... Ma pauvre araignée, je n’ai pas encore mon souper... Tout k l’heure, quaud j’aurai mon pain, je te donnerai ta part. ( L’araignée gagne son trou. Bruit exagéré de verrous qu'on lire au dehors.) On vient... c’est mon geôlier sans doute, le féroce Cœur-d’Acier... Je neveux point le voir... il est trop laid et trop assommant dans la conversation. (Il va se recoucher sur la paille.)