SCENE PREMIERE
THÉRÈSE, POTEL, ISIDORE, en uniforme de pompier, puis HENRIETTE. Ils achèvent de ranger les meubles.
POTEL
Nà, v'ià le déménagement qui avance.
( // laisse tomber une chaise )
THÉRÈSE
Prenez donc garde! mon Dieu! père Potel, que vous êtes bête!
POTEL , ramassant la chaise.
J'suis bête! Vous n'êtes guère polie, vous. ISIDORE , près de la cheminée.
.Thérèse, respectez un homme d'âge.
POTEL, ôtant sa casquette.
J'vous remercie, sapeur pompier, de Tintérêt que vous portez à mes cheveux blancs.
Isidore.
N'y a pas de quoi ; couvrez-vous , vieillard vénérable.
HENRIETTE, entrant par Ic^^auche , un vase à la main. Ahl quel ennui qu'un déménagement, surtout avec des maris qui vous laissent tout l'embarras ! ,
ISIDORE , prenant le vase pour le poser sur la cheminée» Permettez, madame...
HENRIETTE , le regardant.
Quel est ce garçon, Thérèse?
La Cheminée. *l
VELE-DE BRUXELLES - STAD BRUSSEL Arcliives - Arehief
THÉRÈSE
C'est mon cousin Zidorc , niaclnnie, qu*est en semesse, et à qui qu'jai dit de venir nous donner un coup de main pour finir de ranger.
HENRIETTE , il' uîi air de doute.
Ah! c'est bien, [à part. ) Elles ont toutes des cousins ou des pays. ( haut. ) Père Potel , venez m'aider à placer mes cartons.
( Elle sort d droite. )
POTEL, la suivant lentement, V'ià que j'y cours, madame. ( // sort. )
ISIDORE
Ahl çà, marne Isidore...
THÉRÈSE
Chut!
ISIDORE , ref^ardant de côté.
N'y a point d'danger! Je vous préviens que toutes ces cachoteries ne vont point z'à la sincérité du pompier ; j'suis vot' époux d'puis un mois , et vous m'faites jouer z'un rôle de cousin qui finira par me piquer.
Air '■ Vaudeville de l'jànonjme.
Oui, ce myslèr' me déplaît et m'chiffonne ;
Il faut toujours v'nir en catimini,
Sous un aulr' tilr' déguiser ma personne
El ne jamais avoir l'air d'un mari.
A quoi me sert d'être époux légitime?
Si j'devicns père, enfin, il faudra donc
Que mon enfant garde aussi l'anonyme?
Vous conviendrez, ma cher', qu'ça n'a pas d'nonj.
Faudra qu'mon fils garde aussi l'anonyme!.,.
Je vous déclar', madam*, qu'ça n'a pas d*nom.
THÉRÈSE
Voiwsavdz, Zidore , que je n'vous ai t'épousé qu'à cette condition. Not' maître ne veut pas d'cuisinières mariées... Il dit qu'les maris sont toujours là, et qu'ça l'gêne.
ISIDORE
Il n'est pas gêné!
TBBIÈSE.
Qu'ils s'font toujours nourrir z'aux dépens des maîtres...
ISIDORE
Préjugé chimérique! faudrait être bien indélicat... A projws, j'ai l'oublié de le rendre le petit poêlon du dernier vcrniicelU'. X II lui donne une ccuellc d'argent qu'elle cache dans son tablier.)
(1 paraît que tu as des bourgeois un peu susceslibles dessur les alimens.
THÉBÈSE.
Non, c'est une idée, et comme ma place est excellente...
ISIDORE
La place est bonne ?
THÉRÈSE
J'crois bien! monsieur Richepanse, an ancien marchand de comestibles du passage du Saumon, où c'qu'il vendait des turbots , des bécasses, toutes sortes de primeurs avec des confitures de Bar et des harengs salés ! il a conservé le goût des bonpes choses; aussi il vous a une cuisine...
ISIDORE
De député.^
THÉRÈSE
Tu en goûteras, mon Zidore.
ISIDORE
C'est quelque chose. Mais je ne me suis pas marié pour être toujours mari surnuméraire... et sans appointemens. Si tu teconfiais à la bourgeoise ?
THÉRÈSE
J'y ai pensé, {baissant la voiœ. ) Je crois qu'elle aura besoin de moi; j'ai surpris des regards avec un petit voisin...
ISIDORE
Bah!., il l'y aurait des projets hostiles?
THÉRÈSE, secouant la tête.
Hum!., madame est tort bien, monsieur est un gros réjoui qui ne songe à rien, qui rit toujours, et ces maris qui rient toujours, ça me fait des peurs pour eux!
ISIDORE, qui riait ^ reprenant tout à coup son sérieux. Thérèse, ne plaisantezpas une corporation avec laquelle j'ai l'honneurd'être.
THÉRÈSE, bas.
On vient!., du mystère.
ISIDORE, bas et passant d sa droite.
C'est notre fort. 0 femme idolâtrée! tâche de me mettre de côté une aile de volaille... tu verras ma discrétion, avec deux bouteilles de vin.
HENRIETTE , reparaissant et donnant un paquet de clefs à Poiel qui ressort de l'autre côté.
Tenez, Potel, placez toutes les clefs aux armoires. Thérèse, vous pouvez renvoyer votre cousin, je n'ai plus besoin de lui.
ISIDORE
iMadainc est bien honnête. (^«5 àThércse. ) A ce soir, j'ai demandé une permission.
THÉRÈSE
Tu oserais...
ISIDORE, bas.
J'ai trouvé un moyen. Où est ta chambre ?
THÉRÈSE, montrant la porte d côté de la cheminée. Là...
ISIDORE, bas. Suffît. O épouse adorée !n*oubliepasdemegarderquet*chose?
HENRIETTE , revenant.
C'est bien, monsieur le pompier, allez.
ISIDORE
Madame est bien bonne; ma cousine, je vous salue. ( Il sort.)