‹ La cheminée de 1748, vaudeville en un acteChapitre 16 sur 28 · SCENE xm · texte numérisé non relu

SCENE xm

POTEL, puis RIGHEPANSE.

POTEL, gui a vu les deux femmes se parler bas. La maîtresse et la domestique qui chuchotent z'ensemble, il n'y a plus de doute. (Richepanse paraît à droite.)

RIGHEPANSE, ttvec mystère.

Polel!

POTEL, se retournant.

C'est vous, not' maître?

RIGHEPANSE.

Je suis revenu par le petit escalier. Eh bien?...

POTEL

Ça va bien.

RIGHEPANSE, respirant.

Ah! je t'avoue que je m'en doutais; nous avions été trop loin, mon vieux, parce qu'il est impossible que ma femme... une femme qui m'adore.

POTEL

Ce n'est pas ça, monsiejur ; je dis que ça va bien, que j'ai des preuves.

RIGHEPANSE, avec liumeur.

Explique-toi donc!

POTEL , d'un air mystérieux.

D'abord le jeune homme n'a plus reparu à sa fenêtre.

RIGHEPANSE.

C'est bon signe.

Mais en remontant, j'ai entendu ici une voix d'homme... croyez-vous que ça soye bon signe?

RIGHEPANSE.

Une voix d'homme?

POTEL

Qui causait avec madame. «

RIGHEPANSE.

Voilà la sueur froide qui me reprend.

POTEL

Et puis, j'ai entendu comme le bruit d'un baiser..

RICHEPANSE

D'un baiser? En es-tu bien sûr?

POTEL

C'est comme un jour, du temps de ma femme...

RICHEPANSE, impatienté.

Enfin, à cette voix d'homme, à ce baiser, qu'as-tu fait ?

POTEL

J'ai ouvert la porte brusquement.

RICHEPANSE, avec attente.

Eh bien?

Madame était seule.

RICHEPANSE, avec emportement.

Que le diable t'emporte, damné imbécile! quand j'ai le sjstèmii nerveux en ébullition... il vient me faire un tas de contes!... Quand tu me regarderas avec de grands yeux!,.. (// se jette dans un fauteuil.) ïu vois bien qu'il n'y avait rien, que tu es un sot, que ma femme est la vertu même; et moi, je suis.. [Pendant ces derniers mots il a ramassé machinalement le billet qu'Henriette a laisser tomber à la scène X, l'a ouvert et y a jeté les yeux.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce que je suis!., ce billet!... (// lit.) 0 Chère Henriette... » c'est pour ma femme ; <« dès que ton mari sera absent, deux coups dans la main... » Deux coups dans la main !

POTEL

Quand je vous le disais.

RiCHEPAN'^'î, retombant dans le fauteuil. Tais-toi, les jambes me manquent.

POTEL

J'ai assez d'inexpérience... •

uiCHt PANSE, anéanti.

Donne-moi un verre d'eau, Potel.

POTEL

Oui, monsieur.

RICHEPANSE. '

"Non; un doigt de madère plutôt... non, rien du tout; ma fureur me suffira.

POTEL

Ça rafraîchit z'assez, monsieur.

RICHEPANSE, se promenant avec agitation,

La perfide! je ne m'étonne plus si elle était enchantée de l'appartement, [l^imitant.) « Vois-tu, bon ami,» qu'elle me disait, «il y a des dégagemens... deux entrées, c'est 'très com- «s mode. »

Atr : lime faudra quitter l'empire.

Pour ce local moi je me délermine, Personne au moins ne nous dérangera.

Le porteur d'eau va droit à la cuisine, Le boulanger n'entrera point par-là.

El moi, jobard, je gobais tout cela !

Pauvres épouv, craignez toujours des trames Quand vous venez pour louer un logis ; Vous devriez penser que dans Paris, Ce qui parait commode pour les femmes Est à coup sûrgênanl^our les maris.

Je veux la confondre, la surprendre. Allons, j'oublie qu'il faut me rendre en prison.

POTEL

Comment, votre pâtissier vous a condamné?

RICHEPANSE

Sans hésiter. «Voisin ! qu'il m'a dit, vous seriez mon fils que je vous condamnerais tout de même. «

POTEL

C'est donc un Brutus que ce pâtissier-là? RICHEPANSE, s'excltant.

Ces diables de conseils de discipline, ils s'embarrassent bien de l'honneur des particuliers, pourvu que les patrouilles aillent leur petit bonhomme dechemin, et que les buflleteries soient bien tenues; mais je n'obéirai pas ! Mon honneur est en danger, je reste chez moi; on me condamnera à huit jours de plus, ça m'est égal ! je me monte la tête; je deviens un factieux, un révolutionnaire; pour un rien je crierais : vive l'empereur!

POÏEL.

Ah! n^nsieur. ..

RICHEPANSE, hors de lui.

Me défies-tu de crier: vive l'empereur?.. Mais ce rival, où

est-il? par où a-t-il passé?

POTEL , secouant La tête.

Ah! dame...

RICHEPANSE

Il faut qu'on me le trouve; puisqu'il paraît à volonté, c'est qu'il est caché dans l'appartement. Faisons une visite générale.

POTEL

J'vas l'allumer zun rat d'cave.

[Musique; marc lie des Deux Journées. )

RICHEPANSE, d VOIX basse.

Toi, par-là ; moi , par ici.

POTEL, à part.

Pourvu que nous \\vi\ trouvions pas deux, couiuie du temps de ma pauvre femme !

TOITS DEUX, dmi-volx, Atr : Chœur de la marche des deux Journées. Allons, Cherchons Avec prudence ; Mais taisons-nous; Du calme, du silence :

Éloignons-nous.

RiCHEPANSE, prêt d Sortir, ayant pris un flambeau et les mains au cieL Veille , ô mon Cfeu ! sur le plus infortuné et le plus malheureux de tous les époux !

[Ils disparaissent chacun d'an côté, Richepanse à droite , Potel à gauche. La ritournelle continue pendant qu'Isidore descend par la cheminée. )

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