SCENE XV
ISIDORE, à table, RICHEPANSE , revenant par la droite et sans flambeau, dans te fond,
RICHEPANSE , à part.
Personne! Il faut que ce soit le diable. (Il aperçoit Isidore qui dévore.) Oh! le \oilà... (l'observant de loin.) à table, et mangeant mon dîner; c'est sans gêne... ô turpitude! et la Charte de i83o qui n'a pas prévu ces infamies-là.
VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUSSEL Archives - Archief
ISIDORE , d lui-même.
\'là du jambon qui est tendre comme du poulet.
RiCHEPANSE, à part.
C'est un militaire, un pompier! quel genre! encore si c'était un lancier!
ISIDORE , coupant une aile de poulet.
Et du poulet qui est tendre comme du jambon.
RiCHEPANSE, à part.
Il paraît qu'il n'a pas de préférence... Empile, empile, misérable! Ah! voilà qu'il boit à présent... Entonne, entonne, scélérat !
ISIDORE, essuyant sa moustache.
Ça fond dans !a bouche.
RICHEPANSE , faisant un pas.
J'ai envie de fondre sur lui... Dieu ! je suis sans armes ! pas d'imprudence; fermons toutes les issues, et allons chercher mon grand sabre.... de chasseur du troisième bataillon... Malheureux! je frémis du sort qui t'attend. (// ferme la porte à gauche.)
ISIDORE
Air : Vaudei^îlle de La Visite à Bedlam. Quel repas délicieux!
RICHEPANSE , à part.
C'est que vraiment il dévore.
ISIDORE
Mais j'mang' rais bien mieux encore Si nous étions là tous deux.
[coupant encore une tranche de jambon. ) Faut r'tàter de ce jambon-
RICHEPANSE
Quel ton et quelles manières!
Coup' du jambon, mon garçon, J'vais te tailler des croupières.
ENSEMBLE
Pour moi quel spectacle affreux!
C'est que vraiment il dévore; Mais il pourrait bien encore Payer l'écot pour tous deux.
ISIDORE
Quel repas délicieux!
C'est que vraiment je dévore ; Mais j'mang' rais bien mieux encor<^ Si nous étions là tous deux.
( Richepunse s* éloigne à pas de loup , par la droite, )
SCEKR XVI.
ÏSIDORK , puis THÉRÈSE, sortant de sa chnmb}^.
ISIDORE , se retournant.
Hein!... non... n'y a personne... {llmange,) Les combustibles sont assez bonnes et les liquides ne leur z'y est pas inférieurs... {Il avale un verre de vin; Thérèse arrive par la chambre du fond. )
THÉRÈSE
J'avais cru entendre la voix de monsieur, et... {apercevant Isidore.) Ah! mon Dieu !
ISIDORE
Thérèse... I chut ! (// avaU son verre de vin.)
THÉRÈSE
Qu'est-ce que tu fais là?
ISIDORE
Tu le vois bien, je suis comme Anacréon.
THÉRÈSE
Anacréon?
ISIDORE
Oui, un pompier d'avant la révolution.
THÉRÈSE
Tu m'as fait une souleur...
ISIDORE, se levant.
Pauvre petite femme ! elle est toute tremblante ; pour te calmer, baise ton époux, ton Zidore ! ton sapeur-pompier... c'est légitime et moral.
THÉRÈSE, regardant la table.
Comment! mais tu as mangé le dîner des maîtres!
ISIDORE
Qu'est-ce que tu dis? Il est possible que je me fusse oublie..,
THÉRÈSE, regardant les bouteilles vides.
C'est que tu ne t'es pas oublié du tout, au contraire...
ISIDORE
Dame! est-ce que je peux deviner? Je t'avais dit de me garder quête chose, je vois la nape mise, un régiment de bouteilles, €t ma foi...
Air : J'ai d'Vargent.
J 'suis pompier; {bis.) Au feu j'dois marcher l'preroier.
D'un troupier,
D'un pompier C'est l'devoir et le métier.
I Si j'vois un flacon ou deux
Dont l'bouchon m'semble un peu vieux , J'dis : Faut prendre garde à c'ia, Y a du feu dans ce vin-là.
J'suis pompier, etc.
DEUXIÈUB COUPLET.
Pn'ai jamais tant qu'aujourd'hui Élé fier d'élr' ton mari ; Tes yeux brill'nt comm' deux tisons :
Plit' femm*, nous les éteindrons.
J'suis pompier, etc.
(// l'embrasse.)
THÉRÈSE
Finis donc! Ah I mon Dieu! v'Ià quelqu'un.
ISIDORE , d mi-voix.
N'aie pas peur.