J.ARD1NS PUBLICS
lante, et, après l'avoir laissé égouttcr un instant, de s'en frotter le visage, les mains ou le corps. Ce système, qui répond à l'usage que nous faisons de l'éponge, n'est pas mauvais : il esl d'un frëquenl emploi : et quand on parle de malpropreté à propos des Chinois, c'esl sans doute en faisanl abstraction de loul souvenir de l'Europe, de ses régions méridionales surtout.
Presque toutes les villes onl leur jardin. yuen, ou jardin à thé. tma-yuen. Ce jardin, entouré de temples et de boutiques, contenanl un lac ou un étang, ou traversé par une rivière, a des pouls en zigzag cl des punis surélevés, «les [les, des kiosques, des rochers et des grottes, dont les formes et l'entassement dépassent de beaucoup les œuvres de la nature. On y voit de grands établissements où l'on prend le Ilié sur de petites tables vernies: des restaurants, des pâtisseries, (h^ théâtres, des cabarets; d'ignobles maisons où. dans une salle obscure el infecte, des prostituées servenl l'opium à des gens hâves couchés suides nattes malpropres) 1 1. On y trouve aussi des bateleurs de toute espèce, des guérisseurs de tous maux, des poêles mendiants, des coquins racontant de saintes histoires, des aveugles qui voient et des épileptiques artificiels : c'est un petit monde. On y joue de la menue monnaie; on y joue des gâteaux et des bonbons; on y regarde, par de petits trous, des tableaux mobiles représentant des sujets religieux, el plus souvent des sujets de la plus extrême obscénité : les femmes et les enfants surtout forment le public de ces spectacles. J'ai déjà dit que l'Asie n'avait pas de pudeur : en est-elle pour cela plus corrompue:' Je ne le pense vraiment pas. La chaste ville de Londres n'a rien à apprendre de l'impure ville de Pékin : Naples, Rome, Hambourg et Paris, sont à peu près dans le même cas : l'impudeur publique ne prouve pas la corruption générale des mœurs. En loul cas. cette corruption se révélerait par la dégénérescence du peuple. C'est pour éviter celle dégénérescence que la loi prétend régler les mœurs; mais l'expérience m'a l'ait voir que les peuples musulmans, amis de Cara-Gueuz, et les peuples chinois et tartares, amis d'autres polissonneries, n'étaient physiquement ni si dégénérés, ni si affaiblis que le sont les Européens soumis dans leur enfance à l'emprisonnement du collège,
(I) On a assez parlé de L'opium pour qu'il me soit permis de ne pas revenir ici sur des récils mille rois répétés ou recopiés. Je rappellerai seulement qu'après l'avoir lave et réduit à l'étal de pâte, on le livre aux fumeurs qui, armés d'une baguette, eu soulèvent de petites parties qu'ils appliquent contre le fourneau de la pipe place au tiers de la longueur d'un large tuyau, et qu'ils brûlent a la flamme d'une lampe. Cette pratique, portée à l'excès, conduit beaucoup de gens à la misère et quelques-uns à la mort. L'alcool a, en Suède, les mêmes effets. La consommation de l'opium augmente beaucoup en ce moment : il en est entré en 1863, a Cbang-haï, environ 37 000 piculs, valant plus de 120 millions de francs. 11 est aussi impossible d'arrêter la vente de l'opium on son emploi que d'approuver l'abus qu'un en fait. Toute la puissance on toute la sagesse des bommes se brise ici contre l'inévitable accomplissement d'une volonté divine.