‹ La Chine et les ChinoisChapitre 23 sur 49 · INVASION TARTARE · texte numérisé non relu

INVASION TARTARE

à peu près qu'il parut dans le sud avec quelques marchands arabes. Il gagna rapidement du terrain. C'est probablement aujourd'hui encore le seul culte étranger qui ait en Chine une importance politique.

C'est sous le sixième empereur Tan, au Imitième siècle de notre ère, que fut fondée l'Académie des Xan-lin : composée d'abord de quarante savants, elle en compte aujourd'hui deux cents de divers degrés.

Les Thibétains, un instant très-redoutables, les Arabes, les Rhitans, furent contenus et contraints à traiter. La Chine reçut les ambassadeurs du khalife Aroun-er- Rachid; mais peu à peu des dissensions intestines, des trahisons, des soulèvements, ébranlèrent et renversèrent les Tan. L'empire eut alors pour maiti-es cinq familles, qui, en peu d'années, s'arrachèrent l'une à l'autre l'empire en se parant du nom de dynasties illustres et éteintes. C'est sous l'une d'elles (les Tan postérieurs) que l'on place l'invention de l'imprimerie chinoise, c'est-à-dire de la gravure sur bois des caractères. A ces cinq familles succéda la dynastie quelque temps puissante des Sbn.

Les Turcs sortis de l'Altaï étaient devenus menaçants; ils avaient été retenus loin de la Chine par leurs campagnes contre la Perse et l'Inde. Lorsque les Seldjoucides eurent conquis la première de ces contrées et le nord de la seconde, leur chef, Alp- Arslan, songea à s'emparer de la Chine : il eût possédé alors à peu près toute l'Asie. Sa mort arrêta ce grand dessein; mais, en 907, d'autres barbares, les Khitans ou Lyeb", de race tongouse, envahissaient le nord de l'empire, et plaçaient à Lyeb-yan d'abord, à Yen (Pékin) ensuite, la capitale d'un État fort étendu vers l'ouest et vers le nord. Les Skû appelèrent contre eux d'autres Tongouses, les Ju-tinin, qui les chassèrent, mais gardèrent leur conquête et ne tardèrent pas à l'étendre. Un empereur SKU fut leur prisonnier et mourut au fond de leurs déserts. Ils fondèrent un immense empire, composé de l'Asie barbare et de la Chine septentrionale : cet empire, dit de Kin ou d'or, dura de 1115 à 123i, les S>;n continuant à tenir le midi de la Chine. Soudain, sous leur grand khan Genghis, les Mongous, inconnus ou dédaignés jusqu'alors, se révélèrent, et du premier coup s'élevèrent à la domination de l'Asie. Sous leur choc terrible, les Kin d'abord, et bientôt les Sbn, disparurent, laissant la Chine entière aux mains de Khoubilai , fds de Genghis et fondateur de la dynastie de Yuen.

Marco-Polo. — Les Yuen. — Les Miii. — Les Portugais. — Le Japon. — Les Espagnols. — Malteo Ricci. — Guerre japonaise. — Les Hollandais. — Les Tsiiî. — Les Mantclious. — Conquête du Sud. — Les pirates. — Les chrétiens. — Émigrations. — Constitution des Tsin. — Cluni-tciii. — Kafi-chi. — Travaux des jésuites.

— Ruine des missions. — Guerre des Éleuts. — Kyen-loun. — Les Myao-tsù. — Tao-kwaù. — Les Anglais.

— Guerre de 1840. — Chyen-foù. — Les Tai-pifi. — Toufi-ciio.

Les croisades avaient porté l'Europe sur les confins de l'empire mongou. L'Europe savait qu il existait, en Asie, un peuple immense, encore barbare, encore neuf, et dont le christianisme pouvait s'emparer, une puissance capable d'écraser l'islamisme, ou tout au moins de le contenir. Les princes chrétiens cherchèrent donc à se lier avec les chefs mongous. L'ignorance et l'orgueil des uns et des autres, les distances, la victoire musulmane, s'opposèrent au succès, ou firent perdre le fruit de ces négociations. Une petite république, rejeton de la vieille Rome, Venise, faisait alors le commerce de l'Asie et de l'Europe ; les routes de la mer Rouge et du golfe Persique lui étaient bien connues : elle cherchait cependant, en suivant de vieux vestiges, un chemin plus direct vers les régions orientales. En 1255, deux gentilshommes de Venise, marchands à Constantinople, les frères Polo, menèrent à bien cette aventure. Ils furent reçus près des frontières chinoises par le chef des Mongous, qui les renvoya chargés de présents, et leur demanda de lui ramener des prêtres. L Europe, qu'ils avaient tant servie, dédaigna leur service. Les nouveaux mages trouvèrent vacant le siège pontifical qu'ils venaient saluer : le pape enfin choisi leur confia deux moines; mais ces moines, moins ardents pour le triomphe de Dieu que les marchands pour la poursuite de la fortune, vaincus par la fatigue et la crainte, abandonnèrent une des plus grandes entreprises que la milice chrétienne eût jamais tentées. Ce n'est pas à dire que le succès de cette entreprise fût certain. Ce n'est peut-être pas le Dieu unic[ue, mais un dieu de plus que Khoubilai voulait connaître.

On le vit plus tard rendre hommage à trois cultes bien différents, dans le singulier espoir d'être exaucé par celui qui serait le plus puissant ou le seul puissant, de Jésus, de Mohammed ou de Bouddha. Les Mongous étaient même plus disposés au lamaïsme qu à d'autres cultes : les Yuen traitèrent avec une extrême faveur les lamas. Le Grand Lama vint visiter l'un de ces princes et en fut reçu avec les plus grands honneurs.

Mais les Polo menaient en Chine leur neveu Marco, encore presque enfant. En 1275, ils le présentaient à Klioubilai. « Sire, disait son père, il est mon filz et uostre » homme. — Bien soit-il venu, dit le seigneur. » Et bien venu il fut en effet ce noble enfant de Venise, devenu soudain le serviteur, l'ami, le frère de sang d'un peuple asiatique. Les gouvernements absolus, durs aux nations qu'ils régissent, exclusifs à l égard des nations étrangères qui pourraient devenir un exemple, accueillent habituellement bien les étrangers isolés, voyageurs ou suppliants. Les despotes aiment à s'en entourer; ils trouvent un gage de sécurité de plus dans l'impopularité qui peut atteindre ces hôtes, et les contraint à se serrer de plus en plus autour du trône qui les protège. Marco-Polo, admis à la confiance du prince, fut son ambassadeur dans le Nnan-nan, gouverna une de ses provinces (Yan-tmeb-), le suivit et le servit à la guerre. Les Chinois savaient élever de hautes murailles et s'y étaient jusqu'alors trouvés en sûreté, tant l art des sièges leur était inconnu. Des musulmans attachés à la fortune des Mongous avaient fabriqué (quelques machines: Marco- Polo y ajouta et dota la Chine de cette artillerie, antérieure à l invention de la poudre, que les Grecs et le moyen âge avaient perfectionnée.

Peut-être y eut-il dès lors en Chine des canons, au moins de bois, cerclés de cuir et de cordes. Ce cjui en ferait douter, c'est r]ue les Européens venus plus tard ne trouvèrent de véritable artillerie que là où les Arabes s'étaient établis ou avaient passé. Si l invention de la poudre est ancienne en Chine, c'est de la poudre fusante qu'on peut seulement le dire. Les fusées, appelées tlèches de feu en chinois, en sanscrit et dans d'autres idiomes, employées par le Bas-Empire et reprises de nos jours, sont une des plus vieilles armes de l'Asie ; mais je crois que la poudre explosive et le canon appartiennent à l Europe : c'est l'Europe, en tout cas. qui a su en faire le plus terrible et le plus criminel usage.

Marco-Polo regagna sa pairie par la mer des Indes et i»ai' la Perse ; il conduisait à la cour de Perse une princesse de la maison de Klioubilai. 11 avait passé en Chine dix-sept années et revenait patriote. Montant une galère contre les Génois, il fut pris: et c'est à Gênes, prisonnier comme tant de héros, qu'il dicta son livre. 11 le dicta en français, langue \u\u moins élégante en ce temps qu'aujourd'hui, plus répandue même peut-être, car les nobles anglais n cn savaient point d'autre, et le gentilhomme

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vénitien crut devoir la parler au monde des gentilshommes, des soldats et des commerçants de toute l'Europe.

Le monde savant s'est fort occupé de ce livre souvent défiguré, jusqu'ici difficile à entendre. M. Pautliier en a fait une longue et consciencieuse étude ; les fragments qui en ont paru portent une vive lumière sur la grande figure du Vénitien : le vrai Marco-Polo va sortir enfin de la tombe. Peut-être en ai-je parlé trop longuement ici ; , mais, il faut le reconnaître, son nom doit tenir plus de place dans l'histoire de la Chine que n'en pourraient tenir ceux de vingt empereurs. Marco-Polo nous révéla cet autre monde C{ue notre commerce a conquis et que notre civilisation pénètre. C'est à sa voix que Colomb s'est levé : le Vénitien avait nommé le Japon ; le Génois le chercha, et trouva l'Amérique. Tout ce qui est vraiment grand est simple et paraît petit. C'est d'un contact inaperçu que jaillit la plus éclatante lumière. Ceux que le vulgaire admire peuvent saccager des villes et massacrer des hommes, accroître le nombre de leurs esclaves ou faire un désert de leurs États; quelques siècles encore, et leurs noms seront perdus; d'autres auront grandi, noms d'ouvriers, de paysans et d'écrivains, qui auront inventé un outil, planté quelque arbre ou fait vivre une idée.

La dynastie des Yuen dura moins d'un siècle ; mais ce court espace fut marciué par de grandes choses : par d'anciens canaux naturels et le lit de quelques rivières, un canal fut ouvert, qui mettait en rapport la Chine du nord et la capitale de l'empire (qui est le Pékin d'aujourd'hui) avec les riches contrées de la Chine moyenne et les embouchures du Yan-tsô kyan. Ce canal, qui supprimait les risques de la mer, s'est envasé de nos jours; car la nature, comme les hommes, ne veut obéir ciu'à des maîtres puissants.

Le désert était soumis ou allié ; les nations de l'Asie apprenaient les chemins de la Chine, qui se remplissait de musulmans; les lettres étaient florissantes : Bazin, par ses travaux, nous a mis tous à même d'en juger ; et, en parlant de cette époque, on a vraiment le droit de l'appeler, comme lui, le siècle des Yuen : nous disons ainsi le siècle de Louis XIV.

Mais le nom Tartare était odieux au peuple des Sku ; l'empire était miné par d'infimes mais innombrables conspirateurs : il suffit d'un aventurier plus audacieux pour soulever toute la Chine et rejeter dans leurs prairies les Yuen, dont les derniers rejetons allèrent régner et s'éteindre à Kara-Korum.

Timour, le plus simple, le plus doux (1) et le plus terrible des exterminateurs, venait

(1) Il était doux et équitable comme Titus, /es délices du ijenre humain, qui fil périr viin^l mille juifs dans le Colisée, et se repentit en mourant d'avoir eu des rapports criminels avec sa belle-sœur!

de parcourir presque toute l'Asie, marquant son passage par des fleuves de sang et des montagnes de têtes. Comme Alp-Arslan, il rêva la conquête de la Chine; comme Alp-Arslan, il périt au moment de l'accomplir, et une dynastie chinoise s'établit, fondée par l'aventurier vainqueur. Le nouvel empereur prit le nom de Xî>h-AVb-, et donna à sa dynastie celui de Min : il porta ses armes en Corée, dans l'Indo-Chine, et contint les Tartares, que ses successeurs soumirent à peu près. Pendant de longues années, il n y eut plus de ce côté que de petites guerres. La vie des dynasties chinoises se passe à conquérir le désert ; celle des tribus du désert, à préparer la conquête de la Chine. Quand ces tribus s'unissent, la Chine est perdue ; la Chine les divise donc et les surveille. Les premiers Min avaient leur capitale à Nankin ; X^îh-wb- avait divisé l'empire en principautés : la guerre en sortit. Son successeur vaincu se fit bonze, comme nos premiers rois se faisaient moines; il eut, comme eux, la tête rasée, et la phipart de ses officiers et des gouverneurs se tuèrent : trait fréquent en Chine, et qui prouve peut-être la crainte d'une mort plus dure, plus encore que le dévouement. Le vainqueur refit de Pékin la capitale : c'était déjà la sienne ; mais qu'il l'ait ou non compris, c'est là que la capitale devait être, pour que. par sa majesté et par ses forces, l'empire pût dominer les Tartares.

La Cochinchine fut l'objet fréquent des entreprises militaires des Mifi : ces entreprises furent ruineuses et impopulaires. La Cochinchine est un tout distinct . qui ne peut être réuni à la Chine que par les liens d une civilisation commune et le tribut d'une sujétion respectueuse et presque entièrement volontaire.

Le bétail tartare était, aux marchés des frontières, frappé de droits variables comme le caprice, et que la cupidité grossissait toujours :1a guerre sortit d'un bureau de douane; un empereur vaincu fut prisonnier d'un chef mongou, et celui qui prit sa place ne se pressa point de payer sa rançon.

L'empire des Min s'étendait cependant toujours; des iles lointaines s'y rattachaient. Les Arabes avaient depuis longtemps paru sur les côtes de la Chine ; Kanfou (probablement Kan-pb), puis Canton et d'autres points, s'étaient ouverts à leur commerce. Ils avaient paru dans les iles, et bientôt, en présence des Chinois moins nombreux, ils y avaient acquis cette suprématie que leur supériorité militaire et l'audace de leur fanatisme devaient leur donner. A l'appel de Marco-Polo, l'Europe chrétienne allait enfin paraître. Guidées par Colomb, Cama, Albuquerque, .Magellan, Cortez et Pizarre. deux petites nations perdues au bout de l'Europe allaient envahir le vaste monde: par l'orient et ])ar l'occident, atteindre à la fois la (^hine. re(iuérii' d'un |)ontil'e héi ilier de l'orgueil romain le partage de toutes les terres et de tous les esclaves qu'elles verraient ii;iilre.

.l;uii;iis l:i gr.iiidcin' de notre race ne se révéla dans de plus fortes luttes et n'obtint

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