CHAPITRE SEPTIÈME
Après les événements des temps mythologiques racontés par les historiographes chinois, viennent les faite semi-historiques : ceux-ci commencent par Tempereur Fou-hi, qui vécut Tan 3468 avant J.-C, et se prolongent pendant 770 ans.
Le premier souverain historique est Hoang-tî, vivant l'an 2698 avant notre ère.
1576 ans plus tard, l'empereur légitime fut renversé par un chef qui prit le titre de Won-wang. Dans le but de récompenser les grands qui l'avaient aidé k s'emparer du trône, il divisa l'empire en 22 États feudataires. H jeta ainsi les fondements des grands troubles qui devaient plus tard déchirer le pays, car ces petites souveu. 1
rainetés vassales devinrent indépendantes et se firent des guerres sanglantes.
Sept siècles avant notre ère, la division géographique établie par Wou-wang avait souffert d'importants changements, quelques-uns des petits États ayant conquis et absorbé les autres. A certaines époques, le nombre d'États indépendants fut porté à 43, à 123 et même à 156.
Il n!y eut alors aucun genre de crime qui ne fût commis. C'étaient des généraux et des ministres qui conspiraient contre leurs rois, qui les détrônaient ou leur donnaient la mort; des frères qui s'empoisonnaient mutuellement, des fils parricides, des pères qui, pour satisfaire leur partialité, ou l'amour jaloux de leurs femmes, sacrifiaient des enfants, sans parler des neveux et parents qui étaient souvent massacrés par douzaines. On vit enfin sur une vaste échelle toutes ces révoltantes horreurs * enfantées par l'ambition, qui dans de pareilles, circonstances ont souillé d'autres nations dans les temps féodaux. «
Cette épouvantable corruption des mœurs fit naître (cinq siècles avant J» C.) deux grands hommes vertueux : les philosophes Lao-tseu et Kong-fou-tseu (Confucius). Ils entreprirent la réforme de la société par leurs principes et leurs écrits.
Lao-tseu fonda une religion sous le nom de Tao (la raison). Kong-fou-tseu n'eut pas cette prétention, et se borna a prêcher la concorde et la vertu. Le vœu de son cœur était la réunion de tout l'empire sous la main forte d'un bon souverain tel que Yao ou Chun qui avaient gouverné vingt-trois siècles avant J. C.
Nous reviendrons plus explicitement sur ce célèbre philosophe, qui fut contemporain de Thaïes et de Pythagore, et vécut par conséquent un peu avant Socrate et Platon.
Deux siècles et demi environ avant notre ère, le prince d'un État, nommé Tsin, s'empara de l'empire entier et
conquit encore d'autres pays hors de la Chine. Il fit bâtir la grande muraille destinée à arrêter les invasions des Tartares-Mandchoux. Ce fut un grand réformateur, et comme tel il eut à subir l'opposition du corps des lettrés, qui dans ce pays dirige l'esprit public et professe un respect religieux et exclusif pour tout ce qui est antique. Fortement irrité par cette opposition à ses mesures de progrès, il ordonna de brûler tous les livres , excepté ceux d'agriculture et de médecine, et il fit jeter dans les flammes 400 lettrés qui avaient eu la hardiesse de braver sa colère. Nous parlerons ailleurs de ce prince extraordinaire qui, en se faisant empereur, prit le nom de Thsinchi-Hoang-ti.
La religion de Bouddha ou Fo fut introduite en Chine l'an 73 de J.-C. Il paraît que l'empereur régnant, Ming-ti, eut un songe dafis lequel il vit une grande personne ou statue en or. Ayant consulté des sages, on lui dit qu'il y avait dans l'Inde le dieu Fo qui était en or. Il envoya dans cette^îontrée des ambassadeurs qui lui amenèrent l'image de Fo et des bonzes de cette religion.
Elle se propagea immensément dans la suite, quoique à dire vrai ses adeptes ont compté plutôt parmi le peuple et les femmes que parmi les Mandarins et les lettrés. 11 tfy a pas de ville de Chine où on ne trouve des temples bouddhiques, connus généralement sous le nom de pagodes.
Vers Tan 226 de notre ère, l'Empire fut divisé en trois royaumes : celui de fFez, de Haii-ou-chou^ et de Ou. Le roi Wou-ti réunit de nouveau tout l'Empire soixante et un ans plus tard.
Vers la fin du iv' siècle, l'Empire fut divisé en deux : il y eut le royaume du Sud et le royaume du Nord. Chacun a une histoire sanglante; ils se firent des guerres jusqu'à ce que le prince appelé Wen-ti s'emparât de tout, l'an 589 ; et sous son sceptre la Chine redevint encore une monarchie puissante.
i LA CHINE £T LES PUlSàÂNCEà tlËRËTlËNNËS.
Cet Empire a toujours eu k se défendre contre les Tartares orientaux et occidentaux. Vers la fin du xiv* siècle, se trouvant harcelé par ces derniers, le gouvernement appela les premiers a son secours. Ils vinrent, en effet, mais ils s'emparèrent du pays. Après sa défaite l'empereur, sa mère et son ministre se jetèrent dans la mer et se noyèrent. Un grand nombre de personnages de la cour se suicidèrent Ce fut Kubilai-khan, petit-fils du célèbre Tching-gis (Gengis-khan), qjii devint le nouvel empereur, et fonda la dynastie dite des Youans ou Mongols* La Chine se trouva ainsi dominée par des étrangers.
Rubilai (en chinois Hu-pi-lie) fut un souverain remarquable. Il fit creuser le grand canal qui, en traversant les deux premiers fleuves de l'Empire (le Yang-se-kiang et le Hoang-ho), va de Hancheou à Tien-tsin, près de Pékin. C'est le plus grand canal que les hommes aient jamais exécuté.
Pendant le règne de Kubilai, le Lamaïsme du Thibet fut introduit en Chine, et y jouit de beaucoup de faveur tant que dura la dynastie mongole.
L'islamisme y fut aussi propagé, et depuis lors les musulmans ont plusieurs temples et des sectateurs dans cette contrée.
Les rois mongoles successeurs de Kubilai furent bien loin d'être aussi capables et habiles que lui ; ils ne respectèrent pas le système national de conférer les grades littéraires et les fonctions publiques au moyen d'examens. Ils n'employaient que des Mongols, a l'exclusion des indigènes; ceux-ci se considéraient comme des esclaves et brûlaient du désir de recouvrer leur liberté. Des révoltes survinrent : un jeune homme, fils d'un pauvre laboureur, qui se trouvait dans un couvent de bonzes, se joignit aux révoltés; bientôt il devint leur chef et parvint à chasser les Tartares. Proclamé empereur, il fonda la dynastie des Mings l'an 1368. Kubilai avait conquis le pays l'an 1SI79 : la domination étrangère avait donc duré 89 ans.
Les Mings furent à leur tour renversés par les Tartares- Mandchoux au commencement du xvii' siècle. Voici comment ce fait eut lieu :
De grands troubles avaient éclaté dans tout Fempire. Deux chefs de brigands devinrent si puissants, qu'ils organisèrent des armées formidables, et se rendirent maîtres de plusieurs villes et provinces. L'un d'eux alla jusqu'à attaquer Pékin, qu'il prit. Quand l'empereur vit tout espoir de défense perdu, il amena dans son jardin une fille nubile qu'il avait , la tua d'un coup de sabre et se pendit lui-même à un arbre avec sa ceinture. Avant de se suicider, il se fit une blessure et écrivit de son sang sur le pan de sa robe : « Salut au nouvel empereur. Ne fais pas de mal à mon peuple. » Quelques historiens ont dit qu'il ne réussit pas à tuer sa fille ; qu'elle eut seulement un bras coupé, et qu'elle fut sauvée par ses servantes. Un grand nombre de dames du palais et de hauts dignitaires se donnèrent aussi la mort.
Après cette catastrophe, qui eut lieu dans les derniers jours de 4641, le chef des brigands fut proclamé et reconnu empereur par tout le monde, excepté par le général Ou-san-kouei qui se trouvait avec quelques troupes dans la province de Lia-tong, sur la frontière des Tartares-Mandchoux .
L'usurpateur marcha avec son armée contre Ou-sankuei qui se renferma dans une forteresse. On amena son vieux père sous les murs et on lui déclara que ce malheureux vieillard serait tué sur-le-champ si la forteresse ne se rendait pas. Ou-san-kouei se mit à genoux sur le mur et pria son père de l'excuser s'il sacrifiait ses devoirs de fils à ses devoirs de loyal citoyen et sujet. Le père excita son fils a persister dans cette noble et courageuse résolution, et subit la mort plein de calme, satisfait d'avoir un tel fils.
Ou-san-kouei demanda a la hâte des secours à Tsoungte, roi des Tartares-Mandchoux ; il accourut avec 60,000
hommes, dégagea Ou-san-kouei et entra à Pékin en libérateur. Il y fut proclamé empereur. C'est ainsi que la Chine tomba sous la domination des Tartares-Mandchoux, contre lesquels on avait élevé la fameuse grande muraille,
A peine Tsoung-te avait-il été proclamé, qu'il mourut, laissant un fils de six ans. Il nomma régent de l'empire son frère A-ma-vang, homme honnête et très-bon administrateur. Le fils de Tsoung-te, sous^le nom de Shounchi, monta au trône en 1644. Après lui vinrent Kang-hi, 1662; Young-ching, 1723; Kien-loung, 1736; Kia-king, 1796; Tao-kouang, 1821; et Hien-fung, 1850.
Ce dernier vient de voir sa capitale prise par les Anglais et les Français.
Peu avant la chute des Mings, vers l'an 1625, on vit un événement qui mérite d'être cité.
Les Tartares-Mandchoux , qui devaient peu de temps après conquérir l'empire, harassaient et déroutaient les troupes chinoises. Il se trouvait alors des missionnaires européens à Pékin : on conseilla aux ministres de faire venir des canonniers portugais de Macao; on les demanda en efiTet : un corps de 200 hommes fut organisé dans cette ville, et ils arrivèrent en bon état et avec de beaux uniformes à Pékin, ayant chacun un domestique indigène. On les fêta beaucoup dans le trajet et dans la capitale, où ils furent l'objet d'une grande curiosité. C'était cependant au moment où l'empereur venait de remporter une victoire ; et des intrigues étant ourdies contre eux, on les renvoya à Macao» sans éprouver l'utilité de leur secours.
Dans ce précis fait au galop, je n'ai pas mentionné les guerres que l'empire dut soutenir, à plusieurs reprises, contre le Japon, la Corée, les Tartaries, le Tom-kin, Anam ou Cochinchine, Thibet, etc.
Ces pays ont été quelquefois soumis : les armées chinoises ont exécuté de lointaines expéditions, et il y a eu un moment où les rois même de la Perse relevaient du souverain de la Chine.
L'histoire de ce pays ne parle pas du déluge. H est vrai qu'elle fait mention d'une affreuse «et longue inondation au temps de Yao. L'époque a laquelle les écri^ vains indigènes placent cette grande calamité, et l'époque du déluge, offriraient une divergence de dates d'une cinquantaine d'années seulement.
Nous avons vu que l'empire a été divisé parfois en 2, en 3, en 20, et même en un plus grand nombre d'États indépendants, qui naturellement ont eu leur existence. Les historiens indigènes ont tenu pourtant a reconnaître toujours un seul empereur, de manière a ne pas interrompre la série des dynasties. Ils n'ont donc fait qu'une trèslégère mention des rois ou empereurs qu'ils n*)admettaient pas comme légitimes.
Cette série non interrompue de dynasties est pour eux
une nécessité chronologique. Nous marquons les dates
en partant de la base de la naissance de J.-C. : ainsi
nous disons l'an 1860 depuis J.-C. ou l'an 250 avant J.-C.
Ils disent, au contraire , par exemple : -Confucius naquit
le 3* jour de la il* lune de la 21* année de Lin^-wang
(c'est-à-dire du règne de l'empereur Ling-wang). Il faut
indiquer encore qu'ils supputent aussi le temps par
cycles de 60 ans, à commencer de trois siècles avant
notre ère ; mais ils font peu d'usage de ce système.
Ce point bien compris, je dirai qu'ils comptent 26 différentes dynasties depuis Hoang-ti jusqu'à nos jours; et 243 souverains.