‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 14 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

â8 La chine ëT les puissances CHBÉtiËNNKd.

Elliot partit pour Macao, ordonnant a tous ses compa-* triotes de quitter Canton.

Si nous devons croire le Chinese Reposiiory, le triomphant Lin adressa à la reine d'Angleterre une lettre (*), dont j'extrairai les passages suivants :

« Notre Cour Céleste a pour famille tout ce qui est entre les quatre mers ; la divine bienveillance du grand empereur est si étendue qu'il n'est personne qu'elle ne couvre de son ombre.

« A Kouangtoung, depuis le rappel des interdits mis sur les communications maritimes, il y a eu un courant permanent de relations commerciales. Le peuple de cepays et ceux qui viennent des autres contrées par navires étrangers ont joui ensemble, dans la paix, de ces avantages pendant des dizaines d'années jusqu'à ce jour. Et quant a la rhubarbe, les thés, la soie écrue, et de tels autres riches produits de la Chine, si les nations étrangères eç^taient privées,. elles manqueraient des moyeni

(*) Ayant cherché à savoir du ministre des affaires étrangdrea d'Angleterre si cette lettre était vraie ou apocryphe, je reçus la ré^ pense snivante : «Dans les archives de ce ministère il nese troav< point de lettre telle qae celle contenue dans le Chinese ^eposiiorjf toi. VI1I> page 9.» 11 a pu arriver que la lettre, bien qu'elle ait éti écrite par Lin, n'ait pas été envoyée à Elliot, ou que^ quoique ayan été reçue par lui, elle n'ait pas été envoyée àLondres^ ou bien encore que, y ayant été envoyée^ elle n'y ait pas été prise an aé rieux , et que par conséquent elle n'ait point été conservée dan les archives du gouvernement. Toutefois, l'exigence exprimée di terses fois par les mandarins relativement à la défense à faire pa là reine d'Angleterre à ses sujets de produire de l'opium et d l'exporter en Chine> et ce fait, de la part de sir H. Pottinger d'avoir adressé un mémorial à l'empereur céleste relativement la législation du commerce de l'opittm^ font présamer qu'il y a ei quelque chose de vrai au sujet de la lettre de Lin.

de continuera vivre. De sorte que la Cour Céleste, en accordant, dans la spontanéité de sa bienveillance universelle, la permission de vendre et d'exporter ces produits, — et cela sans exception ni réserve, — a, en vérité, répandu ses faveurs dans le cercle le plus étendu (des nations).

« Avec la vigoureuse autorité que la Cour Céleste exerce sur les civilisés aussi bien que sur les barbares, quelle diffieulté pourrait-elle trouver a appliquer immédiatement môme la peine de mort? Mais comme nous donnons un être substantiel à la plénitude et à retendue de la Sacrée Intelligence, il nous convient d'adopter d'abord la voie de l'admonition. Et n'ayant jusqu'à présent envoyé aucune communication à Votre Honorable Souveraineté, si les mesures d'interdiction les plus sévères étaient prises tout d'un coup, il pourrait être dit pour excuse qu'on n'avait pas eu connaissance préalable des faits;

« Nous voudrions' donc, maintenant, nous concerter avec Votre Honorable Souveraineté sur les moyens d'en finir à jamais avec cet opium si préjudiciable^ l'humanitéf nous, en en défendant l'usage dans ce pays, et yous, en en empêchant la fabrication.

« Les moyens puissants par lesquels la Cour Céleste tient dans sa sujétion toutes les nations sont vraiment divins et inspirent le respect au delà de toute supputa- Uoii« Qu*il ne soit pas dit qu'un avis hâtif n'ait pas été donné de ceci.

c Lorsque Votre Majesté recevra ce document, qu'une prompte dépêche nous soit adressée en réponse, par la^ quelle il nous soit donné avis des mesures que vous adopterez dans le but d'empêcher l'entrée de l'opium dans un port quelconque.

« N'allez pas, en aucune manière, par des paroles fleuries, éluder ou retarder une solution; Réfléchissez-y sérieusement; observez attentivement ces choses. « Tao-kouang, 19* année 24* mois, — jour, —

iO LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Communication envoyée à la souveraine de la nation anglaise. »

(Chinese Repontory, vol. VIll, p. 9) (*).

« Le cours des événements pendant la fin de Tannée 1839 présente un singulier mélange de trafic et d'hostilités. Les marchands anglais, désirant disposer des cargaisons qui étaient arrivées, dans l'ignorance de tous ces actes, s'efforcèrent de faire quelques arrangements pour les envoyer de Chuenpi à Canton ; mais ce projet ne réussit pas, et l'on eut alors recours aux vaisseaux naviguant sous d'autres pavillons, par lesquels, en effet, le commerce, pour la plus grande part, fut fait pendant celte année-là. La vexation qu'éprouva le commissaire par la distance où se tenait la marine anglaise en dehors des ports chinois fut grande, et il fit placarder desafi&ches où il exhortait les capitaines à entrer dans le port. Cette mesure amena une réponse du capitaine Elliot, exposant les raisons pour lesquelles il défendait aux navires anglais de se placer sous l'autorité du gouvernement. Dans cette pièce, le capitaine Elliot se plaignait de son injuste emprisonnement, le présentant comme un traitement qu'il ne convenait pas de faire supporter à un officier d'une nation amie, reconnu par l'empereur, et qui avait toujours rempli son devoir d'une manière paisible et irréprochable....

« Une collision entre des gens ivres et quelques matelots anglais eut lieu a Hong-kong, dans laquelle un indigène perdit la vie. Le vice-roi ordonna qu'un examen du corps fut fait et demanda qu on lui livrât le meur^ trier, conformément à la législation chinoise.

(') A la page 497 du même tome se trouve une seconde lettre, qu)^ au lieu d'être originale» semble plutôt être une amplification des idées renfermées dans celle-ci, étendue probablement par quelque lettré accoutumé dans les examens à faire les gloses des thèmes de Confucius et de Mencius.

RAPPORTS DES EUROPÉENS AVEC LES CHINOIS il

« Un cadavre flottant ayant été vu dans le port de Hongkong, il profita de cette circonstance pour indiquer qu'il croyait que c'était le corps du coupable ; mais voyant que ce moyen .ne lui réussissait pas pour obtenir une satisfaction, il prit d'activés mesures contre les Anglais k Macao, dans l'intention non-seulement de leur nuire, mais aussi en vue de faire éprouver des dommages sérieux à la population portugaise. Il défendit qu'on leur fournît des provisions et ordonna que leurs domestiques s'éloignassent d'eux. Des troupes furent stationnées dans le voisinage, et, afin que personne ne pût s'excuser en prenant prétexte de son ignorance,- des crieurs furent envoyés dans les marchés pour y proclamer les ordres de prohibition tels que les portaient les affiches suspendues à leur dos. Grande fut l'irritation de la population étrangère, en apprenant ces procédés : elle augmenta quand on sut que des soldats chinois avaient attaqué le petit schooner The Black Joke^ qui allait à Hong-kong, afTaire dans laquelle cinq hommes de l'équipage furent tués ou blessés, et un passager laissé pour mort, avec ses oreilles coupées et fourrées dans sa bouche. Les sujets anglais, presque sans exception, quittèrent Macao le 20 août, et se retirèrent a bord à Hong-kong, surtout par considération pour les Portugais, que le commissaire menaça de sa colère parce qu'ils les abritaient dans leur port. Ce déplacement eut pour efTet de mettre les Anglais hors de l'atteinte du vice-roi, mais ne rendit pas plus efficaces ses efforts pour éloigner les vaisseaux a opium de la côte et engager les négociants non contrebandiers à entrer dans le port Les ventes d'opium avaient recommencé même avant la destruction de la drogue au Bogue ^Qi elles s'accrurent lorsqu'on eut appris que cette immense quantité avait réellement été brûlée. Lin commença alors à voir que son plan pourrait bien ne pas avoir autant de succès qu'il l'avait supposé, car il était forcé de rester a Canton jusqu'à ce qu'il pût annoncer la complète sup-

pression de la contrebande et la possibilité de continuer sans dangerle commerce légal. Lui et le gouyerneur Fang visitèrent Macao, accompagnés d*un corps nombreux de soldats chinois et escortés par un détachementde troupes portugaises.

«Trouvant que la flotte anglaise k Hong-kong était trop' bien défendue pour qu'il pût Fen expulser, il interdit aux habitants de fournir des provisions aux navires. Il ea résulta une collision. Le capitaine Elliot envoya une lettre aux officiers locaux à Raulung, par Tentremisede M. Gutzlaff, qui expliqua aux officiers ayant le commandement de quelques jonques l'état des affaires et les requit de faire parvenir la lettre. Ils s'y refusèrent, mais ils dirent qu'ils exposeraient verbalement l'affaire, quoique en même temps les soldats, voyant deux petits schooners qui s'approchaient, commencèrent k manœuvrer les canons dans une batterie voisine. Le capitaine Elliot envoya à la côte, pour acheter des provisions, une chaloupe que la police arrêta précisément comme elle allait partir ; elle fit feu sur les trois jonques qui lui répondirent immédiatement, ainsi que le fort. Cette escarmouche continua jusqu'à la nuit, et les jonques se retirèrent alors sans avoir éprouvé beaucoup de perte. Le capitaine Elliot ayant donné l'ordre (il septembre), à tous les vaisseaux anglais engagés dans le commerce de l'opium de quitter le port et la côte, la plupart se dirigèrent vers Namoa. Un vaisseau espagnol, Ze Bilbaino^ fut brûlé le jour suivant, étant è, l'ancre à Taypa^ par les Chinois, dans la présomption qu'il était Anglais ; et le gouvernement britannique, en conséquence, arma un petit vaisseau pour croiser autour de l'établissement. Tout l'opium qui se trouvait dans la ville avait été rembarqué, mais les habitants en faisaient encore le commerce.

« Les deux parties furent dès ce moment engagées dans des hostilités; cependant des négociations à l'effet de continuer le commerce près du Bo^ttie furent entamées, en

RAPPCmTS 0ES EUROPÉENS AVEC LES CHINOIS. iS

octobre, entre les marchands anglais et le capitaine Elliot, d'un côté, et les marchands hongs, le sous-préfet et autres officiers, de Fautre. Les détails des arrangements étaient presque complétés, le capitaine Elliot avait donné des garanties pour qu'ils fussent menés facilement k exécution, et le commissaire lui-même avait signé la convention, lorsque l'entrée sans autorisation du vaisseau anglais le ThoTnas Coutts eut pour conséquence la rupture de toutes les négociations. Des mesures coercitives furent prises de nouveau contre les familles anglaises k Macao , et le capitaine Elliot ordonna que tous les vaisseaux anglais se rassemblassent k Fung-ku sous la protection des vaisseaux de guerre le Volage et le Hyacinthe. Il se rendit aussi au Bogue pour exiger que les menaces contre les Anglais fussent retirées et qu'il leur fût possible de résider a Macao, sans crainte d'y être molestés, jusqu'à ce que le gouvernement pût arranger les difficultés, lorsqu'un engagement survint entre l'amiral Rwan, ayant a ses ordres une flotte de seize jonques et les deux vaisseaux de guerre. Trois jonques furent coulées, une sauta, et le reste fut dispersé. Des mesures actives furent prises par les Chinois contre la flotte anglaise a Hong-kong, et les vaisseaux qui y étaient allèrent a Fungku. Le vice-roi, de son côté, déclara que le commerce avec la Grande-Bretagne serait discontinué après le 6 du mois de décembre, et défendit que des marchandises de cette nation fussent importées par d'autres vaisseaux. Vers la fin du mois, le capitaine Smith lança une autre notification de blocus qui devait commencer le 15 de janvier; mais ni l'une ni l'autre menace n'eurent d'effet. Les grandes pertes provenant de la détention des chargements à bord poussèrent les Anglais k demander que leurs marchandises pussent être emmagasinées a Macao, mais les Portugais se crurent obligés de le refuser.

« Le Clipper Jriel, dépêché par le capitaine Elliot lors de son arrivée de Canton, y retourna en 1840, annonçant

la résolution du gouvernement anglais d*en appe armes dans le cas que l'empereur refuserait d'apla difficultés existantes. Les Chinois apparemment pr la collision qui devait avoir lieu et commencèrent ë des troupes et a réparer leurs forts ; et Lin (vice Rouangtung] acheta le grand vaisseau le Chesap établit un intendant de circuit près de Macao pour les côtes. Les résidents anglais, pour la plupart, nèrent à Macao au mois de janvier, et continué faire leur commerce sous des pavillons . neutres, les inquiéta plus ; et depuis Tarrêt mis à leur com en décembre, Lin n'éprouvait pas le désir d'accro difficultés par des tentatives inutiles faites dans le les harasser. » •

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