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I5i l..\ CIllNi: ET LtS PUISSANCES CfIHETlEi\\NES.
une conséquence logique, un système d'union et de coopération entre toutes les puissances chrétiennes, puisque toutes, dans cet empire, ont cxaclenuMil le même but, celui de donner la plus grande extension possible aux relations d'un commerce pacifique.
Les mandarins sont insolents avec chaque résident étranger pris séparément, parce qu'ils savent parfaitement combien chaque nation trouve de difllcultés et éprouve de répugnance a entreprendre seule la guerre contre la Chine; mais, très-certainement, ils seraient forcés de baisser le ton sils voyaient tous les chrétiens unis entre eux et formant, dans ce pays, une véritable confédération. Si l'on adoptait ce système, sans qu'il fût besoin de faire aucun envoi de forces d'Europe, et seulement avec les ressources qui se trouvent d'ordinaire dans ces parages, on ferait constamment la loi au gouvernement chinois, c'est-a-dire qu'on l'obligerait à entrer dans nos vues cl à être juste, raisonnable et poli.
Les Anglais ont toujours environ deux mille hommes de troupes à Ilong-kong, et de dix a douze vaisseaux de j guerre.
Les Portugais possèdent la presqu'île fortifiée de Macao, position excellente pour servir de base d'opérations et de quartier général. Ils y entretiennent une garnison d'environ trois cents artilleurs, et en outre un bataillon de , garde nationale-, enfin ils ont fort souvent dans ces eaux un vaisseau de guerre et au moins quatre-vingts petits bâtiments de commerce de 40 a 100 tonneaux. Ces bâti* ments, armés de canons et tirant peu d'eau, ce qui leur permet d'entrer dans les rivières, sont excellents, comme j l'expérience Ta démontré, pour lutter contre les Chinois. I La France a toujours sur les côtes de Chine deux ou I trois vaisseaux de guerre ; il en est de même des Etats- Unis.
Les Espagnols ont continuellement a Manille de dix '& douze mille hommes de garnison, trente ou quarante va-
AVANTAGE DE LA l'OLITIULE D INION CIlIlKTIENNE. l.V,
icurs de guerre, quelques navircis de coinniercc aussi à apeur, deux ou trois vaisseaux de guerre à voiles, et de oixanlo-dix à quatre-vingts chaloupes canonnières habiuelleinent employées a donner la chasse aux pirates, el ui, pendant la saison favorable, pourraient être envoyées ur les côtes de Chine. Les naturels des Philippines aborrent les Chinois; je suis convaincu que des soldats de lanille, débarqués sur le territoire de l'enjpirc, ne tareraient pas à sy rendre redoutables. Un petit corps de îs troupes, conduit en 1848 par le général Claveria, Dntre les pirates de l'île fortifiée de Balanguingui, déloya une intrépidité telle, ([uil est difficile de rien faire a delà. A la prise d'assaut de la principale forteresse, sur lille hommes engagés, il y eut six cents morts ou blessés, rois cents pirates se firent tuer sur les remparts en lutnt corps a corps, et ceux qui survécurent, se voyant ?rdus, coururent égorger leurs propres femmes et leurs liants. Les officiers espagnols parvinrent a arrêter ce assacre et sauvèrent quelques centaines de victimes, î général Claveria, qui avait pris part aux luttes les plus îharnées de la guerre de l'indépendance et de celle des rlistes, me disait qu'il n'avait jamais vu ni imaginé en de pareil à ce tableau. Grâce à la terreur que ce coup ! vigueur répandit dans ces mers, le général Urbistondo it, en 1831, s'emparer, sans presque trouver de résisnce, de toutes les fortifications de l'île de Jolo (Soolo), paire de pirates qui passait pour inexpugnable (*).
*) Je vais citer à l'appui de mes idées l'opiaion du général Pavia, irquis de Novaliches, qui, en 1865, était gouverneur et capitaine léral des lies Philippines. Pour donner une idée du mérite du létal Pavia, il suflit de rappeler qu'il fut lieutenant général à
;t-six ans, et que bientôt après il devint ministre de la guerre.
bien, ce général me dit^ àroccasion des hostilités qui eurent lieu i suite de l'affaire de la lorcha Arrow : « Ne vous semble-t-il pas 5 noua pourrions envoyer trois ou quatre régiments de nos la-
iôt\ LA ClIl.NL ET LES PUISSANCES CimETIENNES.
Les llullandais enliclit-tinciil dans leur riche rolonie de Java environ Ironie vaisseaux de j^'ucrre et vinjjit mille hommes de hunnes troupes. Les soldats malais, commandés par des officiers européens, sont bien préférables a ceux de nos climats pour faire la ^niorrc en Chine.
Je lu réprtc donc : dans l'étal actuel des choses, l'union sincère des gouvernements qui peuvent, sur-le-champ et sans aucun cfiort extraordinaire, disposer de forces de cette importance, serait d'un si grand poids auprès de» gouvernements chinois et japonais, qu'infailliblement ils souscriraient sans résistance à tout ce qu'on exigerait d'eux.
Cette politique d'union chrétienne a été adoptée depul» longtemps dans le Levant et y a produit d'excellents résultats. La aussi, l'expérien^'e avait démontré fcomme elle le démontre aujourd'hui en Chine et au fepon) que les autorités locales ne respectaient que la force, et que partout où elles voyaient faiblesse ou modération , elles étaient sans aucun égard. Quand un pacha ou un bey veut maltraiter un Européen et violer les immunités dont il jouit il ce titre, s'il s'agit, par exemple, d'un sujet delà Grèce ou du Portugal, ou de tout autre petit État incapable d envoyer une expédition pour tirer vengeance de Tin* suite qui lui est faite, aussitôt les consuls des grandes puissances prennent en main la cause de l'Européen attaqué et exigent que justice lui soit faite.
En Chine et au Japon où, pour bien des motifs, une semblable politique serait plus nécessaire que dans le Levant, on ne l'a pas encore adoptée. Au contraire, tous
diens des Philippines pour appuyer les Anglais? En agissant ainsi nousrépondrions dignement aux obligations que nous devons à ['.Angleterre pour ce qui concerne les Antilles, et nous resserrerions nos i rapports avec cette puissance ; ce qui pourrait amener de grandi avantages pour la sécurité de l'ile de Cuba. C'est une aiïiire dont, à l'occasion, je parlerais volontiers aux ministres. »
AYANTAGK 1)K LA l'OLITi^l K DlMd.N (.III'.I.TIK.N.M:. '.ries iTsidonts ont rcrn plus un moins l;i rcconiiMandalion Je s'abstenir de tonle intervention dans lt>s dillicultcs (]iii •leurraient snri^ir entre les autres étrangers et le f,fonvcr- [itMnent de Péivin. On a espéré obtenir ainsi les bonnes grâces des mandarins aux dépens des Anglais, et l'on a posé ce prineijic, a mon avis des pins funestes pour tous sn ijénéralet pour cliaeun en ))arlienlier : c/iarM/;;)o;/r.vc»/. Les Français seulement ont, depuis ls:i8. prêté (|ucIi|Me ippui aux Anglais.
Les Américains du Nord se sont particulièrement signalés dans cette polili(iuo d'égoïsme. Quoiqu'ils aient eu Chine un commerce presque aussi considérable que celui des Anglais, et qu'ils y fassent avec activité la contrebande de l'opium, ils se sont constamment refusés il prêter aux Anglais le moindre concours; mais ils ont toujours été fort empressés à protitcr des avantages obtenus par ceux-ci au prix de leurs propres sacrifices. Aussitôt après que le traité de Nankin eut été conclu, le gouvernement des Etals-Unis vint en réclamer un semblable. L'empereur ayant manqué à quelques-unes des stipulations du traité, notamment à la clause relative à l'entrée a Canton, le gouvernement britannique se disposa, en 1849, à exiger l'exécution de ce qui avait été convenu, et invita les Etats-Unis à joindre aux vaisseaux anglais leurs vaisseaux de guerre qui stationnaient dans la rivière de Canton. La réponse fut un refus. Maintenant les forces anglo-françaises ont ouvert l'entrée du Yangse-kianget de Pékin, et il est bien certain que messieurs les Américains viendront vite réclamer pour eux le même droit. Les factoreries américaines furent brûlées en 1840, et pendant trois jours les Américains furent cernés dans leurs maisons, sans domestiques et sans vivres, tout aussi bien que les Anglais; mais ces derniers seuls durent réclamer et obtenir l'indemnité. En 1856, les propriétés des Américains du Nord a Canton furent de nouveau réduites en cendres; mais les propriétaires, pour recevoir Tin-
■r.R LA niiNn i:t lf.s puissances chretiennrs.
cU'iiiiiilr (iiii li'iir olait due, oi)l été iihligi'S ci'allemlre que les Aiifîlo-Kianrais aient pris Canton et Pékin (*).
Pendant la yuerre de 1840, le gouverneur de Macao, pour se rendre agréable aux mandarins, alla jusqu'il intimer a tous les sujets anglais l'ordre de sortir de la colonie portugaise, et cet ordre l'ut exécuté, bien que, circonstance fort grave, rétablissement de Ilong-kong n'existât point encore.
Enfin et pour abréger, moi-même, comme ministre plénipotentiaire d'Espagne, j'avais reçu l'ordre de ne point manifester mon opinion sur les questions relatives à des étrangers, et dans mes instructions originales il m'était recommandé (jue, relativement aux représentants des puissances étrangères, je lisse paraître adhésion ou êloignement, suivant les circonstances. En vertu de ces instructions, lorsque l'infortuné gouverneur de Macao fut làcbement assassiné en 1839, et que, par suite de ce crime, des hostilités éclatèrent entre les troupes chinoises et les autorités portugaises, j'aurais dii montrer pour celles-ci de Vùloignement. Néanmoins, dans cette circonstance, j'assumai sur moi la responsabilité d'une conduite peu conforme à mes instructions, mais qui m'était dictée par des considérations d'humanité, et par ce que je croyais, et que je crois encore, de l'honneur démon pays. Le conseil de gouvernement portugais, plongé dans
(") Quand je dis les Américains du Nord, j'entends parler surtout du gouvernement des États-Unis. Quant aux sujets de ce gouvernement qui résident en Chine, il y en a beaucoup qui pensent tout différemment, et je ne crois pas commettre une indiscrétion en citant, entre autres, l'ex- ministre plénipotentiaire, P. Parker, homme bienveillant et charitable, qui a fait partie d'une société de missionnaires, et qui, comme médecin-chirurgien, a rendu beaucoup de services aux Chinois. M. Parker plaidait, lorsque je partis de Chine (et je suppose que ses idées n'ont point changé), pour une politique de coopération. Smim cuique.
AVANTAGE DE l\ POLITIQl !• l) IMUN CIIUÉTIENNE. lô»
ladésolalion, m'ayant invilé ii assislcr uses séances, je au m'y refusai point, et mon opinion m'ayant été demandée sur ce qu'il conv{Miail de t'airo, je l'exprimai franchement; puis, cédant aux iusliiuces de ce même conseil, j'adre^^sai au commissaire impérial des dépck-hes dans lesquelles je donnais au {gouvernement porlnr,'ais de Macao tout l'appui moral qu'il m'était possible de lui donner.
Sans aller chercher d'autres exemples, de (luelle utilité a été au gouvernement espagnol son système d'isolement? Quelle marque de reconnaissance ou de considération sa conduite lui a-t-ellc valu de la part des mandarins chinois? Ont-ils jamais donné une satisfaction quelconque pour l'outrage fait au pavillon de Castille, lors de la des^ truclion du brick Bilbaino? Le consul général qui alla remplacer la légation a-t-il jamais été reçu en audience ni ])ar le commissaire impérial ni par aucun autre fonctionnaire?
Supposons que six a huit voyageurs, marchant sur une même route et se dirigeant vers un même terme, rencontrent un tronc d'arbre qui leur barre le chemin. Si l'un d'eux se mettait aussitôt à l'œuvre pour écarter cet obstacle, serait-il juste, serait-il sage que tous les autres, s'asseyant tranquillement, attendissent, dans une égo'iste inaction, que leur compagnon, plus fort, plus courageux, plus actif, eût accompli son œuvre, au prix de sa sueur, pour passer ensuite sans qu'il leur en ait coûté aucun effort? Ne serait-il pas plus raisonnable, plus facile et plus profitable pour tous de s'unir d'abord et de se mettre ensemble a déblaver la route?