INTRODUCTION
Plus les diverses spécialités de la médecine se perfectionnent, pinson sent le désir d'appuyer les spécialités l'une sur l'autre. Les organes du corps ne sont pas des parties du corps absolument indépendantes les unes des autres. Une altération qui se développe dans un organe peut entraîner des conséquences très sérieuses dans l'autre ; je passe sous silence les affections spéciales qui sont en quelque sorte la conséquence des altérations générales du corps.
C'est surtout dans ces dernières années qu'on a reconnu la grande influence qu'ont les maladies du nez et des cavités voisines dans la manifestation des symptômes réflexes d'autres organes. J'ai eu la bonne fortune, pour ma part, de contribuer à la connaissance des relations existant entre les maladies du nez et l'organe de la vision. Dans les maladies du nez, deux cavités pneumatiques jouent surtout un grand rôle sur l'organe de la vision, ce sont : les cellules éthmoïdales et le sinus sphénoidal. Les premières cellules sont situées entre les fosses nasales et l'orbite, et le sinus sphénoidal est intercalé entre la cavité nasale et le canal du nerf optique ; de sorte que l'on conçoit facilement que ces deux cavités pneumatiques sont souvent l'intermédiaire
dans la propagation des maladies du nez vers l'organe de la vision ainsi que je l'ai démontré dans une monographie (1) que j'ai publiée avec l'aide d'un de mes élèves M. le Dr Tyrman, à l'heure actuelle médecin-colonel de l'armée autrichienne dans le Sandschakat de Novibazar.
Cette monographie ayant été l'objet de jugements très favorables, certains auteurs, encouragés par ce jugement, commencèrent à avoir égard aux altérations de ces cavités pneumatiques.
Je me contenterai seulement de mentionner la critique de M. le Dr Bresgen (2) : Il serait trop long à reproduire tout ou même quelques détails. Il faut d'abord onstater que ces détails ont été exécutés avec une grande précaution et avec la connaissance complète de la matière. Ce livre est une pierre nouvelle et valable apportée à l'édifice destiné à montrer la grande importance de chaque maladie du nez.
Quoiqu'il soit très flatteur de voir que le chemin entamé par moi est continué par d'autres auteurs, je trouve d'un autre côté très regrettable qu'un certain nombre de ces auteurs soient tombés dans des égarements.
La publication présente est destinée à rectifier ces égarements et à faire connaître de nouvelles recherches sur le thème indiqué.
1. Berger und Tyrman, DieKrankheiten der Keilbeinhôhle und des Siebbeinlabyrinthes und ihre Beziehungen zu Erkrankungen des Sehorganes. Wiesbaden, 1886.
2. Bresgen, Deutsche medizinische Wochenschrift , 1887, n<> XVII.
La cause des erreurs dans lesquelles étaient tombés quelques auteurs s'explique par le manque des connaissances spéciales de l'anatomie topographique de cette région. Voilà pourquoi on a tenté des moyens bizarres et absurdes pour ouvrir le sinus sphénoïdal.
Pour se rendre compte des égarements auxquels on peut être amené en ne possédant pas des connaissances anatomiques spéciales, il suffit de lire une publication d'un auteur très distingué, M. Nieden (1) de Bochum, sur les relations des maladies des yeux avec celles du nez.
M. Nieden publie le cas suivant : « Myxosarcome de la membrane muqueuse de la partie supérieure des fosses nasales, usure de la lame criblée de Fethmoïde, prolifération dans la cavité crânienne, d'où propagation à la base du crâne dans les deux orbites. Névro-rétinite. Ophtalmoplégie externe. Exorbitis de deux côtes. Amaurose. Mort par coma. »
Mais en réalité la tumeur ne s'était pas propagée d'une façon aussi étrange. Il s'agit, dans ce cas, comme il est prouvé par l'histoire de la maladie, d'une tumeur du sinus sphénoïdal, qui s'était propagée en même temps dans les fosses nasales, dans les deux orbites et ensuite dans la cavité crânienne.
En outre, pour comprendre comment des explications tirées de si loin sont appliquées aux faits d'une
1. Nieden. Uber den Zusammenhang der Augen und Nasenaffectionen. Archiv fiir Augenheilkunde XVI, p. 381.
cause si rapprochée, il suffit de lire une publication d'un savant très distingué, M. Schmidt-Rimpler (1) professeur à Marbourg.
Un médecin avait fait le grattage des néoplasies polypoïdes clans les fosses nasales droites chez une malade âgée de 23 ans, chez laquelle déjà plusieurs fois des polypes avaient été extirpés du nez. L'hémorrhagie qui avait suivi l'opération avait été très faible. Une demi-heure après l'opération la malade s'était aperçue que sa vue était troublée et le lendemain matin elle était aveugle des deux yeux.
L'examen ophthalmoscopique démontra que le pourtour de la papille du nerf optique droit était légèrement opaque, ses limites, sa couleur et ses vaisseaux étaient normaux. La papille gauche était un peu gonflée, ses limites indistinctes, les veines serpentées ; la tension intraoculaire était augmentée (T-f-1), la pupille élargie sans réaction. L'examen des muscles de l'œil indiqua que leurs fonctions physiologiques s'exécutaient normalement.
Il y eut ensuite du côté droit atrophie du nerf optique et, du côté gauche, une névrite optique très manifeste et la protrusion de l'œil. Les yeux restaient aveugles. Pour expliquer ces graves altérations dans les yeux, M. Schmidt-Rimpler suppose des altérations ischémiques au centre cérébral de la vision.
1. Schmidt-Rimpler. Doppelseitige Amaurose nach Blutverlust in Folge einer Nasenoperation Zehender's Klinische Monatsblâtter fur Augenheilkunde XXV.
Ce cas fort intéressant est, en effet, très singulier, mais l'interprétation donnée par M. Schmidt-Rimpler est inadmissible.
D'après les expériences faites par M. Spronck (1), professeur à Utrecht, il faul plusieurs jours avant que l'anémie artificielle de la moelle épinière entraîne les premiers phénomènes de la prolifération de la névroglie. Mais M. Schmidt-Rimpler n'a pas expliqué comment une seule irritation pouvait entraîner une ischémie réflectoire d'une longue durée dans le centre cérébral de la vision et pourquoi cette ischémie produisait l'atrophie du nerf optique, l'exorbitis et la névro-rétinite précédente.
J'ai admis dans une analyse bibliographique, que j'ai publiée dans les Annales des maladies de l'oreille, du larynx, du pharynx et du nez (de M. Gouguenheim) que ce qu'y était le plus vraisemblable, c'est que l'application de la curette avait entraîné une blessure de la paroi du nerf optique. La blessure entraînait la périneurite optique à l'intérieur du trou optique et cette dernière l'atrophie du nerf optique. L'exophthalmie gauche est peut être la conséquence d'un refoulementde lalymphe dans lagaîne du nerf optique et dans son pourtour produit par le gonflement inflammatoire des tissus situés dans le canal optique.
Il n'est pas nécessaire qu'un traumatisme affecte immédiatement le canal du nerf optique pour le déchirer. Dans un cas publié par M. Vossius (2), un gymnaste est