L'AN MIL IIIP XIX
Tantost après Pasques, retournèrent les ambaxeurs du roy d'Engleterre devers le roy de France en la ville de Troies, et là fu traictié que à certain jour après ensievant les deux roix de France et d'Engleterre conviendroient ensamble au pont à Meulen et illec seroit fait et ordonné ung certain parc enclos de palis de bois audehors du vilage dudit pont de Meulen. Et illec aviseroient se aucun bon traictié de paix se porroit trouver entre eulx. Et désiroit moult le roy d'Engleterre à avoir à mariage dame Catherine, fille dudit roy de France.
Au moix de may arrivèrent à Ponthoise le Roy et la Royne de France, Catherine leur fille, le duc de Bourgongne, le conte de Saint-Pol et tout leur conseil, à grant puissance de gens d'armes. Et à Maude arriva le roy d'Engleterre, accompaignié des ducqs de Clarence et de Bethefort, ses frères, et de pluiseurs princes d'Engleterre, à grant puissance de gens d'armes et d'archiers.
Adonc estoient ordonnez et esleus les villages esquelz se logèrent François, et autres où se logeroient Englois. Et furent si bien devises que il n'y eubt oncques division ne remours au logier ne aussi à séjourner en iceulx durant le traictié des deux roix. Et s'estoient logiés en pluiseurs lieux, les ungs bien près des aultres sans nulle closure. Mais oncques n'y eubt riens mesfait ne entrepris, des ungs aux autres.
Or estoit fais et ordonnez lez parcqs dessusdis emprès les village de Meulen pour assambler en conseil les deux parties devant dictes. Lequel parc estoit enclos de bailles et de pallis assis et estequiés les ungs contre les aultres, devers Meulen et devers Mante. Et y avoit trenquis et petit fossés tout le long desdictes bailles et pallis par dedens ledit parc, et joingnans à icelles bailles et pallis et du costé devers Meulen, couroit lyawe tout du long dudit fossé venant d'un vivier estant au dessus dudit parc et allant queir à la rivière de Saine estans au desoubz d'iceluy, droit à l'oposite dudit vivier, lesquelx rivière et vivier enclooient ledit parc de deux
costés et lesdis palis des deux aultres. Et y avoit à chascun desdis palis chincq entrées, et à chascune entrée povoit passer chincq hommes d'armes de front. Et se fremoient ces entrées chascune de troix bailles. Et se prenoient icelles barrières droit au bort de ladicte rivière, et aloient jusques audit vivier du costé devers Meulen. Mais la barrière du costé de devers Mante se prenoit à l'opposite de l'entrée dudit vivier, pour ce que le vivier ne povoit aller jusques à la montaigne des vignobles qui est au dessus dudit vivier. Et pour ce n'y avoit-il point d'iawe au fossé près d'icelle barrière. Et au milieu dudit parc estoient tendus une tente et ung pavillon tenans ensamble;et povoit-on aller de l'un ou l'autre. Et en iceulx se dévoient tenir les consaulx d'iceulx roix. Et au dehors dudit parc estoient tendus pluiseurs trefz , tentes et pavillons d'un costé et d'aultre, pour les princes et seigneurs ralfreschir et demourer jusques à l'eure que on entroit en conseil. Et ne devoit nulx entrer audit parc sans licence des gardes à ce commises. Et estoient les barrières du costé devers Meulen plus haultes et plus fortes que celles de devers Mante. Car elles estoient faictes de bons aix et espès, joignans ensamble de plus grant haulteur que le plus hault homme de la compaingnie. Et celles du costé des Engloix n'estoient que simples lices, à manière de baillies. Et la cause de la force de celles du costé des Françoix esloit pour ce que la plus grant partie d'iceulx Engloix estoient archiers et eussent peu par leur trait, destruire toute la compaignie de France illec présente, se n'eussent esté lesdictes closures, lesquelles furent faites par telles manières que tout le trait de tous les archiers d'Engleterre n'y povoit grever.
Quant les roix et princes furent arrivez es lieux dessusdis, ilz prirent une journée pour assambler ensamble en conseil audit parc de Meulen. Et à cedit jour partirent de Ponthoise, la royne de France, dame Catherine sa fille, le duc de Bourgongne, le conte de Saint-Pol, avoec eulx tout leur conseil et très grand puissance de gens d'armes, et arrivèrent et deschendirent en leurs tentes pour ce ordonnées, entre le village du pont de Meulen et le parc dessus devisé. Et le roy d'Engleterre party à cedit jour de la ville de Mante acompagnié de ses deux frères et princes dessusdis, à très grand puissance de gens d'armes et de trait, et arriva et deschendy en sa grant tente tendue au dehors dudit parc. Et là furent d'accord d'entrer en conseil. Et lors se party ledit roy d'En-
gleterre de sadicte tente, et entra audit parc, avoec luy ses deux frères et ceulx de son conseil, par la moienne entrée desdictes lices. Et la Royne, adestrée du conte de Saint-Pol,se partirent de leur tente et entrèrent audit parc, et après elles aucunes de leurs dames et damoiselles et tout le grant conseij de France , chancelier de France et autres ; et entrèrent en ladicte tente. Et là se tint le conseil moult longement. Et icelui durant se tenoient lesdictes damoiselles ung peu arrière dudit conseil, et les héraulx illec estans, tant d'un costé comme d'autre, se tenoient bien arrière desdictes tente et pavillon dedens ledit parc. Et les gens d'armes se tenoient tout du long lesdictes lices et palis, et làdemourèrent jusques en la fin du conseil. Et quant icelui fu fine, chascune partie s'en retourna en la manière que ilz y estoient allés, les ungs à Ponthoise et les autres à Mante.
Celle ordonnance de aller, séjourner et retourner fu tousjours tenue à toutes les journées que le conseil fu illec tenus. Et se partoient communément de bonnes villes dessusdictes après avoir oy messe, et aucunes foix desjunnoient et disnoyent avant leur département et aucunes foix alloient disner en leurs tentes eraprès ledit parc, et avenoit aucunes foix que la royne de France et sa compaignie arrivoient audit lieu de Meulen une heure ou demy heure ainchois que le roy d'Engleterre. Et aueuneffoix iceluy roy d'Engleterre y arrivoit premiers, autant d'espace que dit est, et y estoient aucunes foix les Françoix les plus fors, et une aultre foix les Engloix y estoient aussi en plus grant nombre, et communément y estoient assés ingaulx de puissance. Et alloient aucunes foix trois foix en la sepmaine, une autre foix deux, et à l'autre une ; et aucune foix actendoient X ou XII jours. Mais ce pendant ilz envoièrent leurs ambaxeurs les ungs aux autres ausdis lieux de Pontoise et de Mante. Et ne fu le roy de France à nulles des journées tenues audit pont de Meulen, car il estoit malade tout le tamps, mais son chancellier y fu toujours pour luy.
En ce temps avoit esté ïaneguy Du Chastel pluiseurs foix devers le duc de Bourgongne secrètement et envoyé devers iceluy par le Daulfin de Viennoix et son conseil, affin de trouver traictié de paix et concorde entre iceulx. Et tant y alla, que en la ville de Pontoise fu par eulx prinse une journée que de assambler ensamble ledit Daulfin et le duc de Bourgongne en plains champs emprès le poncel de Meulen sur Saine, et puis s'en party ledit ïaneguy bien
secrètement, ainsi qu'il avoit accoustumé. Et le fist ledit duc convoyer par les archiers de son corps hors des logis de ses gens d'armes, ainsi que autreffoix l'avoit fait. Car ledit Taneguy estoit si hays de toutes gens à Paris et ailleurs où on tenoit le party de Bourgongne, que se il eust esté appercheuz ne seuz, on le fust allez dépéchier et occire, comme on avoit fait les aultres.
Au jour devisé et acordé de assambler les deux princes dessusnommés au poncel de Melun, arrivèrent iceulx princes audit Heu, grandement accompaigniés de gens d'armes. Et quant ce vint à l'approchier chascune partie se mist en bataille en très belle ordonnance, et les deux princes dessusnommez se partirent hors de leurs gens, chascun accompaignié de X personnes telles que bon leur sambla,et se mirent iceulx au milieu de leurs deux batailles. Et là parlementèrent longhement ensamble et, en fin de leur conseil, fu par eulx une autre journée assignée à retourner en ce propre lieu au meisme estât et en la manière que ilz y estoient venus, sur espérance de trouver par iceulx bon traictié de paix. Et ainsi de partirent ly ungs de l'autre les deux princes devant nommez, et retourna le duc de Bourgongne à Ponthoise. Et fu celle première assamblee faicte à l'entrée du moix de juillet.
En ce moix de juillet assés tost après le retour du duc de Bourgongne audit lieu de Pontoise, faillirent les trièves et traictié du pont de Meulen. Et ne se pot trouver la paix entre les deux roix, pour ce principalment que le duc de Bourgongne avoit espérance d'avoir bonne paix avoec le Daulfin et les siens. Lequel Dauphin estoit seul filz du roy de France, et par tant icelui duc de Bourgongne ne volt plus avant procéder avoec le roy d'Engleterre sans le sceu et consentement d' icelui Daulfin de Viennoix, héritier de France. Et pour ce se partirent les deux roix dessusdis de Ponthoise et de Mante. Et premiers party le roy d'Engleterre dudit Mante et s'en alla en Normendie, et furent les tentes destendues le tamps desdictes trièves durans et ledit parc deffait. Et le roy de France ne party dudit Pontoise jusques après la journée passée qui estoit assignée et ordonnée entre son filz et le duc de Bourgongne, comme dit est.
A la journée dessusdicte arrivèrent le Daulfin et le duc de Bourgongne emprès le poncel de Melun, et parlementèrent ensamble, tenans l'ordonnance de la première journée dessusdicte, et illec fu la paix faicte et jurée solempnellement par les deux princes dessus
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nommez et leur conseil, et général ment par tous leurs capitaines et gouverneurs desdis seigneurs illec présens. Et promirent iceulx princes de estrebons et loiaulx l'un envers l'autre, et de aidier ly ungs l'aultre contre tous et envers tous. Et se il advenoit que aucuns pourchassât l'anuy, le deshonneur ou le contraire de l'un d'iceulx princes, et il venoient connoissance de l'autre, ilz promirent et jurèrent solempnelement de le nonchier et faire savoir l'un à l'autre incontinent après ce que il seroit venu à la cognoissance. Et pluiseurs autres choses jurèrent lesdis princes sur le fait de ladicte paix, comme les lettres qui sur ce en furent faictes scellées des grans seaux d'iceulx princes, font plus à plain mencion. Desquelles lettres la teneur s'ensieult.
S'ensieult la coppie des lettres de la paix faicte entre le Daulpbin de Viennoix et le duc Jehan de Bourgongne, en l'an mil 1111e XIX.
Charles, filz du roy de France, Daulphin de Viennoix, duc de Berry et de Touraine et conte de Poitau, et Jehan duc de Bourgongne, conte de Flandres, d'Artoix et de Bourgongne Paletin, seigneur de Salins et de Malines, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme à l'occasion des grans divisions qui depuis certain tamps encha ont rengné en ce roiaume, aucunes suspicions se soient engenrées es cuers de nous et de pluiseurs noz officiers, serviteurs et vassaulx, les ungs envers les aultres, pour quoy et pour pluiseurs ymaginacions que à icelle cause avons concheu, avons esté empeschiés à concordamment vacquier et entendre ces i fais et besongnes touchans nostredit seigneur le Roy et sondit roiaume, et de ensamble résister à la dampnable emprise de ses anchiens anemis et les nostres,les Engloix, qui soubz umbreet par les moiens des devant dictes divisions se sont enhardis d'eulx ainsi avant bouter en cedit royaume, et usurpent une bien grant partie de la seignourie, et porront encores plus faire, les choses estant en telle et samblable disposicion. Savoir faisons, que nous considérans et attendans les tant grans, innumérables mauix et inconvéniens qui par le fait desdictes divisions, se appaisiés n'estoient, se porroient encores plus ensievir, à plus grant folie, par ce ou par aventure, perdicion totalle de ceste dicte seignourie, qui nous redonderoit et à chascun de nous, à qui le chose puelt plus touchier après mondit seigneur que à nul aultre, à très grant charge et deshon-
neur, désirans de toute affection ainsi que tant tenu y sommes, y remédier et pourvoir. Et pour ce, à ceste fin, après pluiseurs traictemens sur ce euz et pourparlés entre aucuns des nostres d'une part et d'aultre, nous soions puis nagaires et aujourdhuy de rechief, assamblés et convenus ensamble, avons d'un commun accord et assentement, pour honneur et révérence de Dieu principallement, aussi pour le bien et paix auquel ung chascun bon catholique doit estre enclin, et pour relever le povre peuple des grandes et si dures oppressions que à la cause avant dicte a eu à souffrir, promis, juré et enconvenienciet, es mains de révérend père en Dieu Alain, évesque de Lyon, légat envoiet devers nous par nostre saint pèrelepappe pour le fait de ladicte union et paix de cedit royaume, sur la vraie croix et serement de noz corps pour ce prestez l'un à l'autre sur nostre part de Paradis, en parolle de prince et autrement le plus avant que faire se puelt, les choses qui cy-apres s'ensièvent.
Et premièrement, nous Jehan, duc de Bourgongne, que tant que nous viverons en ce monde, nous, après la personne de mondit seigneur le Roy, honnourrons, secourrons et de tout nostre cuer et pensée plus avant et devant que tout aultre,chierirons et amerons le personne de mondit seigneur le Daulfin et, comme à son estât appertient, luy obéirons, et ne ferons ne soufferons estre fait à nostre povoir nulle chose qui soit à son préjudice, et de tout nostre povoir lui aiderons à garder et maintenir son estât et prérogatives en toutes manières, et luy serons à tousjours vray et loial parent, son bien et honneur procurerons, mal et dommage eschiverons par toutes voyes à nous possibles, et d'icelui les advertirons. Et se il advenoit que aucuns de quelque estât qu'ilz fussent luy volsusent faire ou porter guerre ou aultre dommaige, nous en ce cas le secourrons, aiderons et servirons de toute nostre puissance envers tous et contre tous, et en ce nous emploierons comme en nostre propre fait.
Et pareillement, nous Charles dessus nommé, Daulphin de Viennoix, tant qu'il plaira à Dieu nous donner vie en corps, à quelque estât seignourie ou puissance que puissons parvenir le tamps advenir, nous, toutes les choses passées mises enoubly, amerons et de bonne et loial affection chierirons nostre très chier et très amé cousin le duc de Bourgongne dessus nommé, et en tous ses fais et besongnes le traiterons comme nostre prochain et loial parent, son
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bien, son honneur et avanchement voirons et pourçacherons, son mal eschiverons, en son estât et prérogatives le garderons et maintenions en toutes ses affaires. S'aucun de quelque estât qu'il soit le volloit et aulcune manière grever, le soustenrons, porterons, et sitost qu'il nous en requerra, le aiderons et deffenderons à toute puissance envers tous ceulx qui pevent vivre et morir. Et meismement, se aucun de nostre sang et linage ou aultres quelconques voloient, pour raison des choses advenues le tamps passé en ce royaume et autrement, demander et quereler aucune chose à nostredit cousin de Bourgongne ou à ses parens et subgès, nous, de toute nostre puissance luy aiderons, et deffenderons contre tous les dessusdis et aultres quelconques qui grever on dommagier le volr oient.
Item, que nous Charles, Daulfin, et Jehan, duc de Bourgongne, entendrons et vacquerons desoremais par bonne unité et alliance, chascun selon son estât, à tous les grans fais de cedit royaume, sans voloir riens entreprendre ne avoir aucune envie l'un sur l'autre. Et se aucun rapport nous estoit fait par aulcuns noz officiers ou aultres quelz qu'ilz fussent, à la charge de l'un ou de l'autre pour engrever ou engenrer aucune nouvelle suspicion et division, nous en advertirons de bonne foy l'un l'autre ne n'y adjousterons aucune foy, et comme bons loiaulx parens et prochains de mondit seigneur le Roy et de la couronne de France, nous emploierons principallement d'une meisme volenté et sans fiction aucune, à la répulsion desdis anemis et nostres, à la réparacion de ceste dicte seignourie et aux relievemens des subgés d'icelle, ne ne prenderons avoec lesdis anemis aucun traictiet ou alliances, se n'est par le bon plaisir et consentement de chascun de nous et pour l'évident bien de ce royaume. Et aussi ne prenderons aucun traictiet ou alliances avoec quelques roix, princes ou communailles ou aultres personnes quelconques, soitde notre sang ou linage ou aultres quelx qu'ilz soient ou puissent estre, préjudiciables l'un à l'autre. Et qui plus est, en toutes alliances que ferons doresenavant y comprenderons l'un l'autre de bonne foy. Et se aucuns traictiés ou alliances avoient esté fais paravant ces présentes, avoec lesdis anchiens anemis ou avoec aultres préjudiciables à l'un ou à l'autre de nous, dès maintenant y renonchons et les volons estre dictes nulles et de nul effect. Et toutes ces choses avons promises et promettons comme dessus tenir fermes et entières sans jamais aller ou venir en au-
cune manière au contraire. Et se aucun de nous, de sa volenté ou aultrement, rompoit ou enffraingnoit, que Dieux ne voelle, ledit traictié et ceste présente alliance, volons et nous plaist et à chascun de nous, que les gens,vassaulx et serviteurs, présens et advenir, que celui qui enffraindera ladicte paix ne soient tenus après ladicte infraction de le servir, mais serviront l'autre partie et en ce cas seront absolz et quittes de tous seremens de féautez et autres, de toutes promesses et obligacions de services, et lesquelles, oudit cas, desmaintenant pour lors nous en tenons absolz et délivrés sans ce que pour le tamps advenir il leur puist estre imputé à charge ne reproche, ne que aucune chose leur en puist estre demandé. Et pour greigneur seureté et confirmacion, et ad ce que ne doyons avoir aucune ymaginacion sur les officiers et serviteurs l'un de l'autre, avons volu et ordonné que noz plus principaulx officiers et serviteurs jurent, et de fait en nostre mains et présence et es mains dudit évesquede Lyon si ont juré, de tenir de leur part et tant que à eulx porra touchier les choses devant dictes, et espécialement de tout leur pouvoir ilz nous entretenront en très bonne et vraie amour l'un envers l'autre, et ne ne feront ne procurront chose qui le doie empeschier. Mais se aucun empeschement y appercevoient nous en advertiront, et de ce et de toutes les choses devant dictes, feront leur loial debvoir et en bailleront leur séellé. Et meismes, ment ont ce juré et promis sur les saintes Evangilles de Dieu, sur le part de nous Daulphin. noz amez et féaulx, messire Jacques de Bourbon, seigneur deThury,maistre Robert le Machon, nostre chancellier, le visconte de Nerbonne, le seigneur de Barbasen, le seigneur de Arpasein, le seigneur de Bosquage, le seigneur de Beauval, le seigneur de Montenay, le seigneur de Gamaches, messire Taneguy du Chastel, messire Jehan Louvet, président de Prou vence, Guillaume d'Auvergne, Hughet de Noyers, Jehan du Mesnil, Pierre Frotier, Guichart de Boforon et Collart de La Vigne. Et par la partie de nous duc de Bourgongne, noz amez et féaulx, le conte de Saint-Pol, messire Jehan de Luxembourcq, messire Archembault de Foix, seigneur de Nouaille, le seigneur d'Anthoing, messire Thiebault, seigneur de Neufcastel, messire Jehan seigneur de Neufchastel, le seigneur de Montagu, messire Jehan de la Trimouille, messire Guillaume, de Vienne, messire Pierre de Boffremontgrant prieur de France, messire Gauchier de Ruppes, messire Charles de Lens, messire Jehan, seigneur de Cottebrunne, mareschal
de Bourgongne, messire Jehan, seigneur de Thoulongon, messire Guillaume de Champdivers, Philippe Jossequin et maistre Nicollas Rollin. En oultre pour plus grant seureté des choses dessus dictes, volons et consentons que les seigneurs du sang et linage de mondit seigneur jurent et promettent pareillement de tenir et garder ceste présente amistié, bien vueillance, union et concorde, ainsi par entre nous faicte. Et samblablement les gens d'église, nobles et gens de bonnes villes de nos pais et seignouries et de mondit seigneur le Roy. Et avoec, nous submettons et chascun de nous, pour l'observacion et acomplissement des choses dessusdictes, à la cohercion et contrainte de nostre mère sainte Eglise, de nostre saint père le pappe, ses commis et députez, par lesquelx nous volons et consentons estre constrains et chascun de nous en droit soy, pour mieulx observer et acomplir les choses dessusdictes et chascune d'icelles, par voie d'escommeniement, anathématisacion, aggravacion, réaggravacion, interdict, en noz pais et terres et autrement par lassensure de l'Église, le plus avant que faire se porra. Eu tesmoing desquelles choses, nous et chascun de nous, avons escrit nos noms à ces présentes de nos propres mains, et à icelles fait mettre et apposer noz seaulx. Donné au lieu de no convancion et assemblée, sur le ponceau qui est à une lieuwe de Melun ou droit chemin de Paris, assés près Polli le Fort, le mardi xie jour de juillet l'an mil iiiic xix.
Celle paix faicte et jurée comme dit est, se assamblèrent les deux batailles des deux princes dessusdis ensamble, en criant Noël! et faisant très grant joie les ungs aux autres. Et là furent longtemps en ce point, moustrans de avoir grant léesse de ladicte paix. Et quant vint au congié prendre, et que le Daulphin deubt monter à cheval, le duc de Bourgongne en humilité luy tint l'estrier tant que il fu monté sur son cheval, combien que icelui Daulfin luy pria par pluiseurs foix que il s'en volsist déporter, mais il ne le volt. Et ce fait, le duc de Bourgogne monta à cheval, et là prinrent ly ungs l'autre par la main et prirent congié moult aimablement, et puis se partirent ly ungs de l'aultre,et s'en retourna chascun à son ost et s'en allèrent chascun en son logis.
De cette paix fu moult joieux tout le peuple de France, et aussi furent ceulx des marches d'environ, lesquelx cuidoient par icelle paix avoir plainnière joie et fin de griefz paines et dolours qu'ilz a voient par long tamps soustenus. Mais il ne fu mie ainsi. Car
toute malle meschanté et destruction leur en avint, ainsi que vous trouverez cy-après. Dont ce fu grant pitié. Car la plus grant partie du commun peuple dudit royaume et par espécial d'enlour Paris, en fu destruit et perdu, et fu tout le plat pais despeuplé et désolé, que rien n'y demoura. Et moururent pluiseurs par les champs, par pure famine et povreté.
Après ladicts paix faicte partirent de Ponthoise, le Roy, la Royne et Catherine de France, et avoec eulx le duc de Bourgongne, et prirent leur chemin pour aller à Meaulx, laquelle ville estoit tenue des gens dudit Daulphin. Lesquelx ne volrent oncques faire ouverture au Roy de ladicte ville de Meaux. Et partant il n'y entra point, mais fu menés à Prouvins et delà à Troies, où il séjourna toute la saison de l'iver ensuivant. Et le conte de Saint-Pol, le chancellier de France et les aultres conseillers du roy faisans résidence à Paris, s'en retournèrent audit lieu de Paris et y firent leur résidence tout le tamps de l'iver dessusdit.
Assés tost après le département du roy de France de la ville de Ponthoise, de laquelle fu commis cappitaine le mareschal de l'Isle-Adam, arrivèrent Englès par nuit en grant nombre jusques à bien près des murs de Ponthoise. Et entrèrent dans la ville par esquielles et ne trouvèrent qui l'entrée leur deffendist, et gaingnièrent la ville. En laquelle ilz firent beaucop de maulx comme en ville conquise. Et touteffois se saulva le seigneur de l'Isle- Adam, qui lors estoit dedens ladicte ville, à tout bien pau de ses gens. Et avoec luy se sauvèrent pluiseurs des bourgois de ladicte ville, et s'en allèrent à Paris et ailleurs. Et perdirent tout ce qiï'ilz avoient dedens icelle ville laissié.
Par celle ville de Ponthoise fu clos le passage qui estoit de Paris en Picardie. Par quoy ceulx de Paris souffrirent cel an mainte disette et eubrent très grant chierté de bled et d'autres vivres. Et adonc se despeuplèrent fort les villages du pais de Beauvesis. Car ilz ne osoient labourer, et ne savoient de quoy vivre.
Au moix de septembre ensievant fu une journée prise et accordée du daulphin de Vienne et du duc de Bourgogne pour convenir ensamble en la ville de Moustreau-ou-fault- Yonne pour avoir advis et conseil de deçachier et débouter les Engloix hors du royaume de France. Et fu la manière devisée des logis et des places esquelles se dévoient tenir et assambler lesdis princes en
conseil et autrement. Et pour estre à iceulx lieu et jour devises, se party le duc de Bourgongne de Troies à grant compaignie de gens d'armes. Et s'en alla à Bray sur Saine, à chincq liewes près dudit lieu de Moustreau. Et envoia aucuns de ses gens appointer son logis, qui devoit estre au chasteau dudit lieu. Lequel chastel ilz trouvèrent desgarny de toutes choses et en avoit tout porté dehors, et maisment les huys et les fenestres de pluiseurs lieux en en estoient portées hors, par grant malice et traison. Dont pluiseurs des gens dudit duc de Bourgongne ne furent point bien contens. Car avoec ce ilz veoient en la compaingnie dudit Daulphin tous les plus grans anemis dudit duc de Bourgongne et les plus fors Armignas de France, tous en armes et en très grant puissance. Et encore ne veoient iiz point tout. Car toutes les maisons en estoient plaines. Et ces choses furent mandées à icelui duc par ses dictes gens estans audit Moustreau. Sur quoy le duc escripsi à iceluy Daulphin unes lettres closes en le advertissant que il estoit accompaigniés de tous ses anciens anemis en grant puissance et que il doubtoit que ilz ne fussent maistres de la compaignie sans nulle obéissance, et avoit paour de trayson. Sur lesquelles lettres ledit Daulphin luy rescripsi que il n'eust de nulle rien doubtance ne souspechon, et que seurement il alast devers luy, car il se faisoit fort de toutes ses gens.
Sur la seureté des lettres du Daulphin et sur la loiaulté que tenoit le duc de Bourgongne estre en icelui comme en filz de Roy, iceluy duc se party dudit lieu de Bray-sur-Saine apprès ce que il eubt ses messes, oyes et chevaulça jusques à bien près de ladicte ville de Moustreau. Et en son chemin luy fu dit que il se gardast bien comment il aloit audit lieu et que on se doubtoit fort de trayson, attendu le samblant et la manière à la contenance desdis Armagnas. Lequel duc respondy que il ne povoit croire que le filz du Roy, à qui il estoit si prochain de linage et auquel il n'avoit onques riens mesfait, le volsist trayr ne souffrir estre tray, attendu la bonne paix qu'ilz avoient faicte ensamble, et que sur sa loiaulté, au plaisir de Dieu, il entretenroit la journée par luy accordée. Et chevauça après celle parolle jusques à la barrière de ladicte ville. A laquelle barrière on le fist longuement jocquier anchois que on luy feistouvreture en ladicte ville. Et là, de rechief, lui dist ung de ses gens que se il alloit plus avant il seroit trais, et que en ladicte ville il ne veoit aultre apparicion que de trayson. Auquel iceluy duc respondy,
que pour morir il ne fausseroit ce qu'il avoit promis. Et puis dist ces parolles ou en substance : le corps pourront ilz bien avoir, mais l'âme non. Et ce dist— il, pour ce que à ce jour il s'estoit confessé et ordonné ainsi que pour recevoir la mort. Et en ce point entra en ladicte ville et s'en alla logier audit chastel, auquel il disna, et après le disner il envoia devers le Daulfin le seigneur de Saint-Georges et autres, pour savoir à quelle heure il luy plairoit que iceluy duc alast devers luy. Sur quoy il leur fist respondre que il voloit que ce fust à troix heures dudit jour. Et ainsi fut entretenu.
Le xc jour du moix de septembre, à troix heures après disner, party le duc de Bourgongne du chastel de Moustreau, et s'en alla devers le Daulfin de Viennoix en une place pour ce ordonnée assés près dudit chastel, sur ung pont qui y est. Et est la place enclose de deux barrières, et chascun costé avoit ung huys freinant par dedens. Et quant ledit duc de Bourgongne vint à l'entrée de ladicte barrière on luy demanda quelx gens il voloit avoir avoec luy dedens ladicte place. Et il respondy que il y voloit avoir Charles, filz au duc de Bourbon, le seigneur de Nuailles, Jehan de Fierbourg, les seigneurs de Saint-Georges, de Montagu, d'Autre et de Giach, messire Anthoine de Vergy, Charle de Sens, Guy de Pontailler et maistre Jehan Seguinat, secrétaire. Et quant le duc de Bourgongne et les dessus nommés furent dedens entrés, les Armignas crièrent : c'est assés. Et lors fremèrent et clorrent l'uys. Et ledit duc alla faire la révérense au Daulphin et s'enclina moult humblement devant luy tout jus à ung genoul. Et en ce faisant, le visconte de Nerbonne et Taneguy du Chastel le prirent par les bras en le relevant. Et ce fait ledit Taneguy, d'une hache qu'il avoit en sa main, frappa icelui duc entre la teste et les espaulles, si esforchieuement qu'il l'abaty à terre. Et incontinent après ce cop il fti de tous ces Armignas telement assaillis et férus que oncques plus de la place ne party. Et quant le duc fu ainsi abatus, le seigneur de Nuailles devant dit se coucha dessus luy pour le cuidier saulver, mais on frappa sur luy et l'auta si durement que oncques puis ne porta armes. Et fu ledit duc illec présentement occis et murdris, et ledit de Nuailles mis en tel point que il ne vesqtiy gaires après luy. Et en ce faisant issirent hors des maisons de ladicte ville gens sans nombre, armés tout au cler, tous introduis de leur fait, et commenchèrent à crier : tuez tout! tuez tout! Et
estoit une grant orreur et cruaulté d'estre en icelle ville. Là furent prins tous les chevaliers dessus nommez entrez avec ledit duc de Bourgongne, excepté le seigneur de Montagu, lequel se saulva par saillir pardessus la barrière sur le cauchié de ladicte ville. Et ceulx qui estoient demeurez audit chastel *de par icelui duc se saulvèrent pour celle heure et levèrent le pont amont. Mais ilz navoient de quoy eulx vivre et deffendre. Et par tant ilz rendirent la fortresse es mains d'iceluy Daulphin, et s'en partirent saulvement. Et fu le seigneur de Jonvelle le chief d'iceulx. Et beaucop d'autres qui estoient dedens ladicte ville se saulvèrent et mirent aux champs, et s'en allèrent à Bray, et laissèrent leur seigneur derrière tout mort. Et encore depuis qu'il fut mors, Olivier Lyet luy bouta ung espoy tout parmy le corps, du fondement jusquesau haterel, et puis fu desrobez et desvestus de ses aniaulx et armeures et aultres que rien ne lui demoura sur son corps , fors seulement son juppon et ses housiaulx. Et quant il eubt esté'assés longement gisans en la place, à la requeste d'aucuns il fut enterrés tout en ce point qu'il estoit en terre sainte, et ledit seigneur de Nuailles emprès luy. Et fu commune renommée que la dame de Giach,illec présente, son filz et Philippe Jossequin, con disoit qu'il estoit bien de ladicte dame de nuit et de jour, furent cause de ladicte traison et consentans d'icelle. Et toutes fois ledit Philippe Jossequin, qui avoit esté filz de armoyeur du duc Philippe de Bourgongne, père audit duc Jehan, estoit Tomme au monde que icelui duc Jehan avoit le mieulx amé et le plus avanchié en sa court d'homme qui rien ne luy fust, et tant que il en avoit courouchié pluiseurs seigneurs en tamps passé et son propre filz meismes. Car il luy moustroit toute l'amour que on pouvoit moustrer à homme et luy faisoit porter son séel de secret et signer lettres de son propre nom comme il eust peu faire de sa main, et ne savoit on reconnoistre l'un pour l'aultre, telement estoit leur lettre pareille. Et la cause pour quoy ceulx furent souspechonnez de ladicte trayson, furent que incontinent ilz se mirent à servir ledit Daulphin. Et y furent receuz et y demourèrent paisiblement et ne volt oncques nul d'eulx retourner du party de Bourgongne. Et si estoit ledit Philippe natif de Digon et y avoit ung moult noble hostel et sa femme demourant en ladicte ville. Ainsi perdy le duc de Bourgongne les biens et honneurs qu'il avoit fais de sa france volenté et libéralité aux dessusnommez dame et seigneur de Giach, Phi-
lippe Jossequin et Taneguy du Chastel . Auquel Taneguy il avoit tant fait et moustré tant d'amour au tamps qu'il estoit venus et allez en faisant et pourchassant ledit traictié de paix, et tout affin de parvenir à ladicte trayson. Auquel tamps il s'estoit accointié et apprivisié des dessus nommées, de Giach et Jossequin, avec lesquelx il se tenoit communément quant il estoit devers ledit duc et par le commandement d'iceluy pour ce que il en avoit en eu!x parfaicte confidence. Et ilz tournèrent toute leur affection à le faire murdrir, ainsi que ce dit est. Dieux par sa grâce luy face mercy, car il moru vray et loial campion de la couronne de France, qui oncques ne volt faire ne consentir quelques traictiés ou alliances qu'il volsist faire au roy d'Engleterre ne autres que les personnes du roy de France et de tous ses enffans ne fussent tousjours reservez et qu'ilz ne demourassent ses souverains seigneurs, pour iceulx aidier et servir contre tous, fussent ses alliiés ou non, quelques traicliés ou alliances qu'il feist à eulx. Combien que ses anemis maintenoient le contraire en tous tamps.
A la journée que le duc de Bourgongne fu occis, ainsi que dit est, estoient en la compaignie dudit Daulphin Jehan de Harcourt, conte d'Aumale, le visconte de Nerbonne, Taneguy du Chastel, les seigneurs de Barbazan, de Tigry, le seigneur de Gitry, François de Grignaulx, chevalier, Olivier Lyetet autres pluiseurs.
En cel an furent mis à raenchon les barons, chevaliers et secrétaire pnns en la compaignie dudit duc de Bourgongne, exceptes lesdis Charles de Bourbon et le seigneur de Giach. Ceulx demourèrent avoec le Daulphin, et ledit Charles de Sens, amiral de France, lequel ilz firent tenir par grant espace de tamps et depuis (sic).
Après la mort du duc de Bourgongne furent les gens d'icelui duc moult désolez , troublés et desconfortés pour la mort de leur seigneur. Et toutes fois eubrent-ilz conseil ensamble de tousjours maintenir sa querelle et son party et de tenir et garder les villes et fortresses que ilz avoient en garde et en obéissance. Et demourèrent les barons de Bourgongne emprès le Roy et la Royne de France^ en la ville de Troies. Et les chevaliers et cappitaines de Picardie et de Flandres se tindrent avoec Philippe de Bourgongne seul filz audit deffunct duc de Bourgonge. Lequel par le trespas de sondit père, comme son héritier, fu duc de Bourgongne, conte de Flandres, d'Artoix et de Bourgongne Palatin, seigneur de
Salins et de Malines , deux foix per de Fiance et doien d'iceulx pers, et si estoit par avant conte de Charoloix, seigneur de Chasteaubelin, et joissant des seignouries et prouffis des villes et chastellenyes de Péronne, de Roie et de Mondidier jusques à ce qu'il seroit plainement contentez de certaine somme d'argent et ossi de certains joiaulx, lesquelx furent promis et deubz à lui et à dame Michiele de France, s'espeuse, à leur mariage, dont ilz n'avoient riens eu. Desquelles seignouries et pais il povoit bien traire et avoir gens et finances pour vengier la mort de sondit père et sa juste querelle maintenir.
Au moix d'octobre, fist le nouvel duc de Bourgongne faire le service de son père en l'église de Saint-Vaast d'Arras moult solempnellement. Auquel service faire furent les évesques d'Amiens, de Cambray, de Thérouane, de Tournay et d'Arras. Et si furent pluiseurs abbés et prélats des pais de Flandres et de Picardie, jusques au nombre de XXIIII croches. Et à ce jour menèrent le dueil avoec ledit duc Philippe , messire Jacques de Harcourt et Jehan de Luxembourc. Et ledit service fait, s'en alla lejosne duc prendre les hommages, seremens et possessions de pluiseurs villes et seignouries de ses pais de Flandres et d'Arloix.
Au tamps que le duc de Bourgongne estoit allés prendre les services de ses bonnes villes de Flandres , les Armignas par soutiveté prirent et gaingnièrent la ville de Roie par ce que ilz n'y trouvèrent nulle deffense, et en icelle mirent grosse garnison de gens d'armes. Dont le josne duc fu moult dolant, et fist pour ce ung grand mandement de gens d'armes et de trait en Piccardie et en Flandres, et alla asségier ladicte ville de Roye. Lequel siège dura environ chincq sepmaines, et après luy fu la ville rendue par traictié, et s'en allèrent saulvement ceulx de dedens. Mais en leur chemin ilz furent rencontrés d'aucuns Engloix et Picars mis ensamble, et par iceulx assalis telement que il en yeubt beaucop de mors et de navrez.
Après la prinse et reddicion de Roye, retourna le duc de Bourgongne à Arras, auquel lieu furent devers luy envoiiez en ambaxade de par le royd'Engleterre, le conte de Waerwicq et autres conseilliers dudit roy chargiés de traictier avoec le duc de Bourgongne d'aucunes choses touchans le bien de paix des deux roix et royaume de France et d'Engleterre. Et là fu conclud que iceulx ambaxeurs et aultres telz que il plairoit au roy d'Engleterre, se-
roient envoyez devers le roy de France, à Troyes en Champaigne, pour avoir advis avoec le conseil dudit roy de France, et prendre aucune conclusion sur les poins et articles mis en termes audit lieu d'Arras touchant ladicte paix. Et à tant se partirent les diz ambaxeurs de ladicte ville d'Arras et s'en retournèrent en Normendie devers ledit roy d'Engleterre.
En ce tamps, prirent les Armignas la ville de Crespy en Lannoy, pareillement que ilz avoient prinse la ville de Roye, et pour celle cause se hâta le duc de Bourgongne de mectre sus son armée pour aller devers le roy de France, son seigneur, et en son chemin alla mectre siège audit lieu de Crespy, lequel siège dura environ ung moix et puis luy fu la ville rendue par traictié, et s'en partirent salvement ceulx de dedens. Et ce traictié acorda ledit duc de Bourgongne, pour la haste que il avoit de aller devers le Roy. Et si estoient les Engloix, ambaxeurs dudit roy d'Engleterre, arrivés en sa compaignie pour eulx en aller avoec luy, comme dit est, et le hastoient moult, pour ce que le printemps approchoit.
Après la reddicion de la ville de Crespy furent les portes et les murs d'icelle abbatus et ruées jus et les fossés remplis,, à la requeste de ceulx de Laon, qui estoient les plus prochains de ladicte ville, affin que les Armignas ne se pouissent plus enclorre. Et ce fait, s'en parly le duc de Bourgongne et toutes ses gens avoec luy, exceptés les arbalestriers et paviseurs de bonnes villes d'Artois, lesquelz furent renvoiiez chascuns en son lieu. Et prinst icelui duc son chemin à Troies en Champaigne.
En la compaignie du josne duc Philippe, au voiage de Troies, estoient messire Jehan de Luxembourcq et les chevaliers et gentilz hommes de Picardie cy-devant nommez, en très belle compaignie de gens d'armes et d'archiers. Et si estoient les ambaxeurs du roy d'Engleterre, dont le conte de Waerwich estoit le chief.
Quant le josne duc de Bourgongne approcha la ville de Troyes, les barons et gentilz hommes de Bourgongne estans emprès le roy de France luy allèrent au devant en belle compaingnie, et ossi firent les bourgois de ladicte ville, et le rechurent moult grandement. Et entra en icelle ville en moult belle ordonnance et s'en alla faire la révérensense au Roy, à la Roy ne, et à Caterine leur fille. Lesquelz le rechurent moult joieusement et furent de sa venure liez et joieulx.
Après ce que le duc de Bourgongne fut arrivés à Troies, furent
pluiseurs journées du conseil tenues en ladicte ville sur le traictié de paix pourparlé entre le roy de France et le roy d'Engleterre. Et en fin fu la paix faicte et accordée par le Roy de France et la Royne, s'espeuse, et le duc de Bourgongne et tout son grant conseil , et ossi de pluiseurs bonnes ville (sic) de son royaume. Et fu le mariage accordé dudit roy d'Engleterre et de ladicte Caterine de France et sur ce journée prinse, en laquelle, en dedens icelle, ledit roy d'Engleterre de voit aller audit lieu de Troies pour acorder et jurer ladicte paix et espouser ladicte Catherine ainsi et par la manière que ledit traictié le portoit. Et sur ce point s'en retournèrent les ambaxeurs dudit roy d'Engleterre en Normendie devers iceluy roy, et firent leur relacion de tout ce que en son nom ilz avoient traictié et accordé. De quoy il fu très bien contens.
En ce tamps alla messire Jehan de Luxembourc et aucuns aultres chevaliers et gentilz hommes de Piccardie, mettre siège devant le chastel de Aillebaudières en Champaigne. Lequel chastel estoit moult fort, et faisoient ceulx de dedans moult de maulx audit pais, et avoient tousjours esté Armignas le tamps de la guerre et encores estoient. Et à ce siège mectre,yeubt grosse escarmuche, car les Armignas des garnisons d'entour se assamblèrent et une vesprée allèrent assaillir ceulx qui se tenoient devant l'entrée dudit chastel. Lesquelx se dépendirent moult bien et hardiement, de pau de gens que ilz esloient contre ladicte puissance desdis Armignas. Mais ilz eussent esté desconfis se ilz n'eussent bien tost esté secourus de ceulx qui estoient logiés es villages d'entour. Lesquelx y arrivèrent bien prestement et tant firent que lesdis Armignas s'en partirent et fuirent que plus n'y osèrent demourer. Et depuis ne demoura gaires la fortresse, et fu gaingniée par force d'assault. Auquel assault ledit Jehan de Luxembourcq perdy la veue de l'un de ses yeulx par le cop du fer d'une lance dont il fu férus, et n'en vit oncques depuis goûte. A cel assault acquirent Piccars moult grant honneur, car il fu moult merveilleux et ardamment fais et poursievis. Et fu environ Pasques. Après laquelle prinse retournèrent les Piccars en Picardie, et le duc de Bourgongne demoura audit lieu de Troyes et les Bourguignons avoec luy.