EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Ait. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la publication.
Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable t chargé d'en surveiller l'exécution.
Le nom de l'hditeur sera placé à la tète de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil , et s'il n'est accompagné d'une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d'être publié.
Le Commissaire responsable soussigné déclare que r Edition de la Chronique d'Engiterran de Monstrelet, préparée par M. Docët-d'Arcq, lui a paru digne d'être publiée par la Société db l'Histoire de France.
Fait à ParU, le 20 octobre 1857.
Signé L. BELLAGUET.
Certifié,
Le Secrétaire de la Société do l'Histoire de France ,
JL DESNOYERS.
PRÉFACE
Dans cette suite de nos anciennes chroniques françaises , qui s'ouvre à Villehardouin et s'arrête à Philippe de Commines , Monstrelet tiendra toujours une place importante. Si inférieur pour la composition à Froissart, dont il a voulu être et dout il est par le fait le continuateur, il rachète à quelques égards cette infériorité par des mérites qui lui sont propres. 11 est exact et consciencieux. De plus, il a eu soin de recueillir et nous a conservé dans sa chronique une foule de pièces très-instructives, en sorte que, somme toute, son récit, malgré l'ennui que nous cause sa forme, est encore pour le fond le guide le plus sûr pour pénétrer dans le détail si complexe des faits qui ont signalé la première moitié du xv* siècle.
L'académicien Dacier, qui avait fait une étude particulière de nos anciennes chroniques, nous a laissé comme fruit de ses travaux en ce genre deux mémoires, l'un sur Froissart et l'autre sur Monstrelet. Dans son mémoire sur Monstrelet il a réuni tout ce qu'il avait pu recueillir sur ce chroniqueur. Malheureusement cela se réduit à bien peu de chose. En effet, il se borne à nous dire que Monstrelet fut pourvu de l'office de lieu-
ii PRÉFACE.
tenant du gavenier 1 de Cambrai en 1436; que, le 20 juin de la même année, il prêta serment en qualité de bailli du chapitre de l'église de Cambrai, charge qu'il exerça jusqu'en 1 440 ; que le 9 novembre 1 444 il prêta serment comme prévôt de la ville de Cambrai, et que le 12 mars suivant il fut nommé bailli de Walincourt. 11 ajoute qu'il conserva ces deux dernières charges jusqu'à sa mort, arrivée vers la mi-juillet 1 453. Sur quoi nous relèverons ici en passant une petite erreur. Jean le Carpentier, dans son Histoire du Cambrésis, nous donne une liste des prévôts de Cambrai, que tout doit nous faire supposer exacte, et dans laquelle Monstrelet figure sous l'année 1 444, entre Jacques le Fuzelier, prévôt en 1441, et Pierre de Wingles, qui le fut dès l'an 1446. Donc Monstrelet ne conserva pas la charge de prévôt de Cambrai jusqu'à sa mort, comme nous le ditDacier. 11 est encore à remarquer que Carpentier, qui donne une liste assez longue des gaveniers et de leurs lieutenants, ne dit pas un mot de Monstrelet.
Monstrelet, aujourd'hui Montrelet, est un village de Picardie situé à peu près à quatre lieues de Doullens. D'après Carpentier, la terre de Montrelet aurait eu pour seigneur, dès l'an 1 1 25, un Enguerrand de Monstrelet, d'où serait, selon lui, descendu notre chroniqueur. Comme le livre de Carpentier n'est pas dans toutes les mains, et que d'ailleurs le passage où il parle de Mon-
4. On appelait gavenier celui qui percevait la gave, sorte de redevance que les églises de Flandre payaient au comte pour sa protection.
PRÉFACE, m
strelet est important, nous croyons utile de le reproduire ici. « Monstrelet portoit <tor au sautoir de voir. La terre de Monstrelet est située au comté de Ponthieu ; qui eut pour seigneur dès Tan 1 1 25, un Enguerrand de Monstrelet, qui, selon Franchomme, espousa la fille du sieur de Hardicourt, gentilhomme aussi de Ponthieu, qui portoit de gueules à trois paus de voir. De cet Enguerrand est vraysemblablement descendu nostre Enguerrand de Monstrelet, ce fameux historien , créé grand prévost de Cambray et bailli deWallincourt, Pan 1444. Il choisit sa sépulture aux Cordeliers de Cambray, où il fut inhumé Fan 1453, ayant laissé de sa femme, Jeanne de Valbuon ou Valhuon, une fille nommée Bonne de Monstrelet, alliée avec Martin de Beaulaincourt, surnommé le Hardy, escuyer, fils de Martin et de Marie de Wancquelin, tous inhumés à Cambray, selon les épitapfaes qu'en rapporta Rosel, etc. *. »
L'auteur de l'article Monstrelet, dans la Biographie universelle y rapporte un passage des mémoriaux de Jean le Robert, abbé de Saint-Aubert de Cambrai et contemporain de ce dernier, dans lequel on lit : « Le xx* jour de juillet, l'an xnn. c. lui, honorable bons et noble, Engherans de Monstrelet, escuyers, prévost de Cambray et bailli de Walincourt, trépassa et élisit sa sépulture aux cordeliers de Cambray... Il fu né de bas, et fu uns biens honnestes homs et paisibles, et cro-
i . Hist. gén. de la noblesse des Pays-Bas, ou Hist. de Cambray et du Cambrésis , par Jean le Carpentier. Leyde, 1668, 2 vol. in-4, t. II, p. 804.
IT PRÉFACE
niqua de son temps des gherres de France, d'Artois, de Picardie et de Engleterre, et de Fland. de ceuls de Gand contre Mons. le ducs Phelippe, et trespassa xv ou xvi jours avant que la paix fust faicte, qui se fist en le fin de jullet l'an xhii. c. lui. Loes en soit Dieux et bénis, m L'auteur de l'article biographique entre ensuite dans une discussion sur les mots né de bas, si contraires à ceux dont se sert Monstrelet quand il dit, de lui-même : c Je Enguerran de Monstrelet, issu de noble génération, etc., » et il donne une conjecture qui semble très-acceptable. « M. Farez, dit-il, secrétaire perpétuel de la Société d'émulation de Cambrai, dans un rapport fait à cette société en 1808, insinua qu'au lieu de né de bas lieu, il devait y avoir né de Ponthieu , contrée où se trouve la terre de Monstrelet. »
Voyons maintenant s'il ne serait pas possible d'ajouter au peu que l'on sait de la vie de Monstrelet, par un seul fait, il est vrai, mais qui aurait son importance.
M. Ravenel a publié, il y a quelques années, dans le Bulletin de la Société de F Histoire de France, une pièce curieuse f . C'est une lettre de grâce accordée, en 1424, par Henri IV, roi d'Angleterre, alors maître delà France, à un Enguerran de Monstrelet, coupable de l'un de ces faits de détroussement sur les grandes routes, si fréquents à cette époque. Comme cette pièce se trouve dans les registres originaux du Trésor des chartes, elle a une authenticité inattaquable. Aussi toute la diffi-