‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 128 sur 135 · Où il passa ses troupes eu revue · texte numérisé non relu

Où il passa ses troupes eu revue

acompaignèrent très honnourablement jusques à son hostel d'Artois en Paris Si crièrent plusieurs Parisiens à sa venue, par plusieurs quarrefours, à haulte voix Noël. Toutesfoiz en aucuns lieux il leur fut défendu qu'ilz ne criassent plus ainsi, pour cause de l'envie des seigneurs du sang royal. Et furent aucuns serviteurs du Roy qui dirent à aucuns d'iceulx crians Noël, vous lui povez démonstrer et faire bonne chère et lie, mais pour lui , ne à sa venue , vous ne devez point ainsi crier. Mais ce non obstant , de tous notables hommes et gens d'auctorité lui fut faicte aussi grant honneur et réception comme ilz eussent fait au Roy leur souverain seigneur. Et aucuns briefz jours ensuivans, Je duc Guillaume , conte de Haynnau , qui estoit venu audit lieu de Paris bien acompaigné, sans demeure, à la requeste et instance dudit duc de Bourgongne, ala audit lieu de Tours, bien acompaigné des seigneurs de Saint-George , de Croy, de La Vielzville et de Dolhain, avec aucuns du conseil dudit duc de Bourgongne, sur intencion de traicter sa paix envers le Roy et les seigneurs là estans. Lequel conte de Haynnau , venu audit lieu de Tours , ftit par le Roy, la Royne et autres grans seigneurs, très honnorablement reçeu et fesué. Car déjà le mariage estoit fait de Jehan, duc de Touraine , second filz du Roy, et de la fille dudit duc , et aussi il estoit prouchain parent à ladicte Royne. Tautost après laquelle récepcion, icellui conte de Haynnau, et avecques lui ceulx qu'il avoit amenez, ouvrirent la matière en plein conseil pour laquelle ilz estoient venus , c'estassavoir pour faire la paix du duc

1 Ri?<* Maiiconseil.

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de Bourgongne , comme dit est dessus. Et après que plusieurs offres et traictiez eurent esté mis avant devers le grant conseil du Roy, finablement fut ordonné que le Roy envoieroit certains ambaxadeurs à Paris , instruis de sa voulenté , pour parler à icellui duc de Bourgongne et lui dire la fin par laquelle il povoit retourner en la grâce du Roy. Et furent à ce commis, le duc Loys en Bavière , frère de la Royne , Montagu , grant maistre d'ostel dudit Roy et aucuns autres expers conseillers. Lesquelz, avec le duc Guillaume, conte de Haynnau, et les autres qui estoient venus avecques lui , retournèrent en la cité de Paris , et furent iceulx traictiez monstrez et déclairez au duc de Bourgongne. Et pour ce que du tout ne lui furent point agréables, et qu'il avoit en suspicion ledit Montagu , ne fu point content de les passer, ne accorder, par la manière qu'ilz lui avoient esté envoiez. Et lui mesmement, de sa personne dist plusieurs injures et reprouches à la personne dudit Montagu , lequel les receut assez paciemment, en soy excusant. Et depuis fut icellui traictié aucunement corrigé, et reporté audit lieu de Tours devers le Roy, et en la fin fut accordé en la manière que cy-après sera déclairé. Car, devant le temps que lesdiz traictiez se pourparloient et qu'ilz feusseut paraccordez, la duchesse d'Orléans doagère, femme du duc Loys d'Orléans défunct, et fille Galéas, duc de Milan , trespassa eu la ville de Blois comme on disoit, de courroux et de déplaisance de ce qu'elle ne povoit avoir droit ne justice de la mort de son feu mary, envers le Roy et son conseil, contre le duc

i. Le 4 décembre 1408.

Jehan de Bourgongne. Pour laquelle mort, icellui duc

fut assez joyeulx , pour ce que icelle duchesse continuoit moult asprement et diligemment à rencontre de lui. Et fut son cuer enterré à Paris avec ledit duc d'Orléans son mari , et son corps à Blois. Après la mort de laquelle , Charles , son- premier filz, demoura franchement duc d'Orléans et de Valois , conte de Blois et de Beaumont, seigneur de Coucy et d'Ast, avec plusieurs autres seigneuries , et Phelippe , le second filz , fut conte de Vertus, et Jehan, qui estoit mainsné , fut appellé conte d'Angoulesme. Lesquelz trois frères dessusdiz , avec une seur qu'ilz avoient , demourèrent moult jeunes , orphelins de père et de mère x . Toulesfoiz ilz avoient esté jusques à ce temps moult notablement conduis et endoctrinez , mais à la vérité dire , tant pour la mort du dessusdit duc d'Orléans leur père, et de la duchesse leur mère, ilz assemblèrent gens de conseil et d'aide , et par espécial y furent plusieurs seigneurs, tant du sang royal comme du grant conseil du Roy, lesquelz ne furent point si obstinez ne enclins à poursuir contre le duc de Bourgongne qu'ilz estaient paravant. Et ce apparut clèrement ès jours ensuivans , tant par les traictiez qui se firent entre iceulx enfans d'Orléans et ledit duc, comme autrement. Car, non obstant que iceulx traictiez ne feussent point du tout à la plaisance dudit duc de Bourgongne, comme dit est devant , toutesfoiz furent-ilz corrigez par telle manière que icelles parties vindrent à con-

1. Charles, duc d'Orléans, était né en 4391, Philippe, comte de Vertus, en 139G, Jean, comte d'Angouléme, en 1404, et Marguerite d'Orléans, en 1406. Elle épousa Richard de Bretagne, comte d'Étampes.

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ciusion , selon la teneur et les poins cy-après déclairez.

Premièrement, fut ordonné de par le Roi et son grand conseil que ledit duc de Bourgongne se partiroit de Paris, à tous ses gens d'armes, et retourneroit en son pays jusques à certain jour , c'estassavoir le premier merquedi de février *, qu'il retournerait devers le Boy en la ville de Chartres, accompaigné tant seulement de cent gentils hommes armez, et les en fans d'Orléans en auroient cinquante. Auquel jour fut ordonné que le duc Guillaume, conte de Haynnau, auroit quatre cens hommes d'armes de par le Roi pour la seureté du lieu. En oultre fut ordonné que icellui duc de Bourgogne, quant il viendra devant le Roi , aura un homme de son conseil qui dira les paroles que devroit dire ledit duc, et pour icelles conformer ledit duc respondra : « Nous le voulons et accordons ainsi. » En après, selon la teneur dudit traietié, le Roy dira audit duc de Bourgogne : « Nous voulons que le conte de Vertus, notre nepveu, ait l'une de vos filles en mariage. » Et par ce traictié ledit duc de Bourgogne lui doit assigner trois mille livres parisis de rente , et pour une fois, doit payer cent et cinquante mille francs d'or.

Après icellui traicté accordé , le duc Guillaume se parti de Paris et ala en Haynau , et bien peu après ledit duc de Bourgongne donna congié à tous gens d'armes, et se parti de Paris pour aler en la ville de Lisle , auquel lieu il manda le duc de Brabant , son frère, le duc Guillaume, et Tévesque de Liège, ses

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