Le 9 mars 1409 (N. S
en fan s d'Orléaus. Et à l'entrée de l'église estaient ordonnez de par le Roy plusieurs hommes d'armes esta n s comme en une bataille. Et fut fait ledit solier afin que le peuple là venant , ne traveillast point lesdiz seigneurs, et afin que on peust veoir apertement ce qu'on devoit là besongner. Tantost après, ledit duc de Bourgougne venant devers le Roy, prestement tous se levèrent à rencontre de lui les seigneurs devant diz, réservé le Roy, la Royne et le Daulphin. Et incontinent ledit duc et le seigneur de Lobaing l , son advocat, approucbans le Roy, s'agenouillèrent. Et là par ledit de Lobaing furent dictes au Roy les paroles qui s'ensuivent : « Sire veez cy le duc de Bourgougne, vostre serviteur et cousin, venu pardevers vous pour ce qu'on lui a dit que vous êtes indigné sur lui pour le fait qu'il a commis et fait faire en la personne de monseigneur d'Orléans, vostre frère, pour le bien de vostre personne et de vostre royaume , comme il est prest de vous dire et de vous faire véritablement scavoir quant il vous plaira. Et pour tant, vous prie, mondit seigneur, tant et si humblement comme il peut, qu'il vous plaise à oster vostre yre et indignacion de vostre cuer, et le tenir en vostre bonne grâce. »
Après ces paroles dictes par ledit seigneur de Lobaing, icellui duc de Bourgongnc dist de sa bouche au Roi : « Sire ! de ce je vous prie. » Et prestement après ces paroles, le duc de Berry dist au duc de Bour-
1 . Dans l'état de la maison de Jean, duc de Bourgogne, donné par La Barre, on ne trouve de nom se rapprochant de Lohaing, que celui-ci : « Mesure Jean de Loyn, chevalier, conseiller, chambellan. » (M cm. pour servir à l'hist. de France et rie Bourgogne, t. II, p. 4 09.)
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gongne, avant que le Roy respondist onques, qu'il se tirast ung peu arrière. Et ainsi le fist. De rechef, le duc de Berry s'agenouilla devant la Royne et lui dit en brief aucunes paroles en bas , et tantost après son filz, le Daulphin, les deux roys de Cécile et de Navarre et le duc de Berry s'agenoillèrent devant le Roy, en disant : « Sire ! nous vous prions qu'il vous plaise à passer la prière et requeste de vostre cousin de Bourgongne ». Ausquelz le Roy respondit : « Nous le voulons et accordons pour l'amour de vous. » Adonc le duc de Bourgongne approucha le Roy, lequel lui dist : « Beau cousin , nous vous accordons vostre requeste et vous pardonnons tout. » Après ce, ledit duc de Bourgongne et ledit de Lobaing vindrent devers les deux en fans d'Orléans dessusnommez , estans derrière le Roy, moult fort pleurans , ausquelz dist le seigneur de Lobaing : « Messeigneurs, vecy le duc de Bourgongne qui vous prie qu'il vous plaise à oster de vostre cuer se vous avez aucune vengence ou bayne pour le fait qui fut perpétré en la personne de monseigneur d'Orléans vostre père , et que dores en avant vous demou*rez et soiez bons amis ensemble ». Après lesquelles parolles dictes ledit de Bourgongne parla de sa bouche disant : « Et de ce je vous en prie. » Et lesdiz enfans riens ne respondirent. Dont leur commanda le Roy qu'ilz accordassent la requeste de leur beau cousin de Bourgongne. Et ilz respondirent : « Sire ! puisqu'il vous plaist ce nous commander, nous lui accorderons sa requeste et lui 'pardonnons toute la malévolence que nous avons encontre lui. Car en riens ne voulons désobéir à chose qui soit à vostre plaisir. » Et là tantost , par le commandement du Roy, le cardinal de
Bar apporta ung messel ouvert sur lequel jurèrent les deux parties. C'estassavoir, les deux enfans d'Orléans d'une part , et le duc de Bourgongne d'autre part, sur les sainctes évangiles , en les atouchant , promirent tenir perdurablement et garder ferme paix et entière l'un avecques l'autre, sans en riens aler au contraire, en appert ne en couvert. Et là fut dit par la bouche du Roy ausdictes parties : « Nous voulons que dores mais en avant vous demourez et soiez bons amis ensemble , et vous défendons estroictement par nostre auctorité royale que vous ne faciez , ne pourchaciez grief, ne dommage l'un à l'autre, ne à quelconque autre personne qui à vous deux ont esté favorables , porté ou donné conseil ou aide, et n'aiez à euh , ne monstrez quelconque hayne, sur quanque vous pourriez mesprendre et forfaire envers nous , excepté les facteurs de Tomicide devant dis, qui à tous jours sont et seront bannis de nostre royaume. » Après Jes paroles du Roy dictes en la forme que vous oez, iceulx princes promirent et jurèrent féablement et véritablement entretenir ledit traictié. Et lors le duc de Bourgongne ala baiser sa fille, femme du duc d'Acquitaine, Daulphin Et environ une heure après que les besongnes orent esté traictées ainsi que dit est , icellui duc de Bourgongne print congié au Roy et à la Royne, et à tous les seigneurs là estans , très joieux d'icelle paix ainsi faicte, et se partit de la ville de Chartres, et s'en ala disner à Galardon. Et les aucuns desdiz seigneurs furent d'icelle paix moult* desplaisans et fort
1 . Marguerite de Bourgogne , accordée le 5 mai 1 403 et mariée 31 août 1404, à Louis de France, duc de Guienne, dauphin de \ iennois.
murmurans en secret, disans que doresenavant on auroit bon marché de murdrir les seigneurs puisqu'on en estoit quicte sans faire autre réparacion.
En oultre les deux enfans d'Orléans dessusdiz et toutes leurs gens , après qu'ilz eurent prins congié au Roy, à la Royne, au Daulphin et aux autres seigneurs, s'en retournèrent à Blois , dont ilz estoient venus, et n'estoient bien contens, ne ceulx de leur conseil aussi, de celle paix. Le marquis du Pont, filz au duc de Bar, cousin audit duc de Bourgongne , qui paravant ce jour n'estoit point aymé pour la cause du duc d'Orléans avant trespassé , vint après lui audit lieu de Galardon , et là disnèrent ensemble en grande concorde et union comme on peut veoir. Et environ deux heures après midi , le duc Guillaume , le conte de Saint-Pol et plusieurs autres grans seigneurs, vindrent devers ledit duc de Bourgongne à son logis de Galardon , et puis tous ensemble retournèrent à Paris. Et après , le Roy, la Royne et leur filz le Daulphin, les roys, princes et cardinal dessusnommez vindrent audit lieu de Paris, au jour de la my-quaresme. A l'encontre desquelz vindrent hors de ladicte ville les ducs de Bourgongne et de Zélande , le cardinal de Bordeaulx , qui pour ce temps estoit à Paris pour aler au concile à Pise. Et pareillement ceulx de Paris, jusques au nombre de deux cent mille , tant hommes comme femmes , vindrent à l'encontre de leur Roy, crians à l'entrée de la porte à haulte voix : Noël ! et menans très grant joie pour le retour du Roy à Paris , et avecques ce , pour paix faicte , comme dit est devant, de la mort du duc d'Orléans , et leur sembloit que Dieu y avoit estendu grandement sa grâce et sa miséricorde d'avoir consenti i ï6
que une si grande besongne et apparence de guerre estoit si tost estaiute et appaisée. Mais ilz n'avoient point regard ne considéracion à ce que depuis il en advint. Toutefoiz la plus grant partie des Parisiens estoient obstinez et du tout affectez avec ledit duc de Bourgongne. Car ilz espéraient que par ses moiens toutes tailles et subsides seraient mises jus. Mais ilz ne veoient pas clèrement tous les meschefz et adversitez qui depuis en advinrent ou royaume et à eulx mesme, pour les besongnes dessusdictes. Car bien tost après la guerre se resmut entre lesdictes parues, très cruelle, comme cy-après sera remonstré.