‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 27 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Comment l'Université de Paris eut grant discort entre messire Charles de Savoisy, et pareillement contre le prévost de Paris qui lors estoit.

En ce temps 1 , l'Université de Paris faisant processions générales en alant à Saincte-Katherine du Val des Escoliers, se mut une dissencion entre aucuns de ladicte Université et les gens de messire Charles de Savoisi, chambellan du roy de France, qui menoient leurs chevaux boire à la rivière de Seine. Et fut la cause de Jadicte mutaeion* pour ce que les dessusdiz chevauchèrent roidement parmy ladicte procession et tant qu'ilz blecèrent aucuns desdiz escoliers là estans, lesquelz, de ce uon contens, ruèrent pierres après eulx et boutèrent aucuns assez roidement jus de leurs chevaulx. Après laquelle envaye se partirent de là, retournans en l'hostel dudit Savoisi, ouquel lieu ilz se armèrent et prindrent arcs et flèches. El avecques eulx amenèrent aucuns de leurs autres gens qu'ilz avoient assemblez oudit hostel, et s'en alèrent de rechef envayr lesdiz escoliers, et de fait tirèrent sur eulx, et des flèches et d'autres bastons en blecèrent aucuns,

1 . C'est-à-dire, suivant Monstrelet, en 1403. «Mais il se trompe. Le démêlé de Charles de Savoisy avec l'Université , démêlé qui , grâce aux circonstances du schisme et de la rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne , prit des proportions si grandes , date de l'année 1404. La procession solennelle de l'Université eut lieu le 14 juillet 1404, comme le dit très-exactement le Religieux de Saint-Denis. (T. m, p. 186.)

2. Mutation, pris pour : mouvement, émeute. Au reste il faut s'attendre à trouver notre chroniqueur bronchant ainsi presque à chaque pas sur le sens propre des mots.

mesmement dans ladicte église 1 . Si se commença un très grant hutin, mais finablement, par la grant multitude d'iceulx escoliers qui estoient en grant nombre, furent les dessusdiz reboutez après que les plusieurs eurent esté batus et vilainement navrez. Et qui plus est , après la procession retraicte grant partie de ceulx de l'Université alèreut devers le Roy faire plainte de l'offense. qui leur avoit esté faicte, requérans instamment au Roy par la bouche du Recteur que amende leur en feust faicte selon le cas. Disans oultre pour vray, que se ainsi ne se faisoit, ilz se partiroient tous de la cité de Paris et yroient demourer ailleurs où ilz seraient tenus paisibles. A laquelle requeste fust respondu de la bouche du Roy que si bonne provision leur seroit baillée qu'ilz devroient estre contens. Finablement, après ce que par plusieurs journées ilz eurent très diligemment poursui ceste besongne , tant envers le Roy et les seigneurs de son sang, comme son grant Conseil , fut en la fin ordonné de par le Roy pour les appaiser que le dessusdit messire Charles de Savoisy, pour l'amende de ladicte offense faicte par ses gens comme dit est , seroit banni et bouté hors de l'ostel du Roy , et aussi de tous ceulx de son sang , et avec ce qu'il seroit privé de tous offices royaulx. Et si fut sa maison démolie et abat ne de fons en comble et avecques ce fut condemné à fonder deux chapelles de cent livres de rente, lesquelles fureut en la dominacion de ladicte Université. Après laquelle sentence ainsi faicte et acomplie , icellui messire Charles s'en ala de-

i . Le Religieux de Saint-Denis dit qu'un diacre et on sous- Hiacre eurent leurs vêtements perces à coups de flèches. (Ibiti.)

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mourer hore du royaume de France, en estrange pays désolé et en grande desplaisance. Mais depuis se gouverna si doulcementet si honnorablement, que certain espace de temps après , par le moien principalement de la royne de France et autres grans seigneurs, il eut sa paix et retourna en l'ostel du Roy, et en la grâce de ceulx de ladicte Université.

En après, en autre temps 1 , messire Guillaume de Tignonville, prévost de Paris, fist exécuter deux clercs de ladicte Université ; c'estassavoir un nommé Roger de Montillel, qui estoit Norman t , et l'autre nommé Olivier Bourgois, qui estoit Breton, lesquelz estoient chargez d'avoir commis plusieurs larrecins et en divers cas ; et pour ceste cause , non obstant qu'ilz feussent clercs et eulx menant a la justice , criassent hault et cler : Clergie! à fin d'estre rescoux, néantmoins, comme dit est, furent exécutez et mis au gibet. Et depuis, par le pou relias de l'Université, fut privé de tout office royal et avec tout ce , fut-il condempné à faire une croix de pierre de taille grande et eslevée assez près dudit gibet, sur le chemin de Paris, où estoient les ymages d'iceulx deux clercs entaillez ; et si les fist despendre et mectre sur une charrète couverte de noir drap ; et ainsi, acompaigné de ses sergens et autres gens portans torches de cire allumée , furent menez à Saint-Maturin*, et là par le prévost rendus au

1. En 1407. Le Religieux de Saint-Denis, bien mieux au fait que Monstrelet de tout ce qui regarde l'Université, ne s'y est pas trompé , et son récit est bien à sa place , c'est-à-dire en i<i07.(T. m, p. 722.)

2. On se rappelle que ce couvent élait le lieu consacré des assemblées solennelles de l'Université.

recteur de l'Université qui les fist enterrer honnorablement au cloistre de ladicte église. Et là, de rechef, fut fait ung épitaphe à leur semblance pour perpétuelle mémoire 1 .

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