‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 53 sur 135 · Ne autre gouvernement, lis. : ne avoir gouvernement · texte numérisé non relu

Ne autre gouvernement, lis. : ne avoir gouvernement

2. Les hommes nommez sitspces en reste matière. Il y a là un contre-sens. Il faudrait : les hommes renommez pour être experts ♦'n cette matière.

dire vérité et qu'ilz vous donnent bon conseil et en brief ce soit mis à exécucion et à effect. Et à ce faire nous offrons richesses , corps et amis , et à tous ceulx qui véritablement se vouldront acquiter *. Car vraiement nous ne pourrions veoir ne souffrir telz inconvéniens estre faiz contre vous et vostre majesté royale. Et n'est point nostre intencion de cesser, ne taire ceste péticion, jusques à ce que remède y sera mis. »

Ainsi fina la supplicacion du duc Jehan de Bourgongne et de ses deux frères.

13 ng autre jour que le Roy estoit en assez bonne prospérité de santé , les devantditz frères supplians , avec le duc de Berry, leur oncle, et autres princes, le chancelier de France et le premier président en parlement et grant nombre d'officiers royaulx , s'en alèrent à l'hostel de Saint-Pol. Ouquel lieu ilz trouvèrent le Roy, qui de sa chambre estoit descendu en ung jardin , et après que très humblement le eurent salué , les trois frères dessusdiz lui fireut hommage des seigneuries qu'ilz tenoient de lui , c'estassavoir, le duc Jehan, de sa duché de Bourgongne et de ses contez de Flandres et d'Artois , Anthoine , duc de Lembourg, de sa conté de Rethel , et Phelippe , le mainsné , de sa conté de Nevers. Sy y avoit pour ce jour très grant nombre de nobles hommes, chevaliers et escuiers, qui là pareillement firent hommage au Roy de plusieurs seigneuries qu'ilz tenoient en divers pays de son royaume. Et après que iceulx trois frères eurent requis au Roy lectres et icclles obtenues, prindrent congié à

1. Cette phrase , qui est fort claire ici, est inintelligible dans l'édition de Vérard.

lui et se retrahirent en leurs hostelz. Et adonc, à ces mesmes jours , vint à Paris et ès villages à Tenviron , au mandement dudit duc de Bourgongne et de ses deux frères , bien six mille combatans. Entre lesquelz est oient pour iceulx conduire, Jehan Sans-Pitié , éves» que de Liège et le conte de Clèves. Et fut faicte celle assemblée pour résister au duc Loys d'Orléans , se aucunement vouloit faire entreprinse à rencontre d'eulx. Car desjà estoient bien informez qu'il n'estoit point bien content de ce que on avoit ainsi fait retourner le duc d'Aquitaine, son nepveu, comme dessus est dit,' et aussi de la proposicion qu'on avoit fait faire devant le Roy par les trois frères dessusdiz et le grant conseil , et que de ce estoient grandement en son indignacion, et par espécial ledit duc de Bourgongne. Et si, sentoit la proposicion dessusdicte estre faicte plus à sa charge principalement que de tous les autres princes du royaume. Et pour ce que ledit duc d'Orléans ne sçavoit à quelle fin icelles besongnes pourroient venir, ni comment on se vouloit gouverner envers lui , manda gens d'armes de toutes pars pour se fortifier. Entre lesquelz y vint Harpedane, à tous ses gens , qui estoient sur les frontières de Boulenois. Et d'autre part y vint le duc de Lorraine et le conte d'Alençon à tous très grant nombre de gens, qui se logèrent autour de Meleun et ou pays à l'environ bien quatorze cens bacinetz avec grant multitude d'autres gens. Et par ainsi furent les pays d entour Paris et de la marche de l'isle de France et de Brie, mouit tra- \ eillez et oppressez par les gens d'armes de ces deux parties. Et portoient les gens du duc d'Orléans en leurs pennonceaulx en escript au bout de leurs lances :

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Je l'envie. Lequel duc manda tantost venir devers lui et devers la Roy ne audit lieu de Meleun le roy Loys de Naples 1 , lequel à puissance de gens d'armes se disposent pour aler en son royaume de Naples. Si délaissa tantost son entreprinse, et s'en ala à Meleun, devers la Royne et le duc d'Orléans, avec lesquelz il eut aucun parlement , et puis se tira à Paris en intencion de traicter entre les deux parties dessusdictes , et se loga en son hostel d'Anjou'. Et puis assembla par plusieurs journées avec les ducs de Berry et de Bourbon et avec l'autre conseil du Roy s , pour traicter entre icelles deux parties d'Orléans et de Bourgongne. Durant lequel temps ledit duc d'Orléans escripvy à plusieurs bonnes villes de France ses lectres en remonstrant comment on avoit proposé et semé paroles diffamatoires à Paris à l'encontre lui et de son honneur, lesquelles on ne devoit point croire , ne tenir icelles pour véritables sans le premier avoir oy. Et pareillement en escripvy à l' Université de Paris , et y envoya ses ambaxadeurs requérans que la matière et question qui estoit entre lui et le duc de Bourgongne feust par eulx bien ad visée et disputée avant qu'ilz donnassent le tort ou faveur à l'une des parties. Après la récepeion desquelles lectres ladicte Université renvoya devers le duc à

1. Louis II, duc d'Anjou et roi de Sicile. Vérard met simplement : le roy Ixniys.

2. L'hôtel d'Anjou était situé rue de la Tisseranderie et occupait tout l'espace compris entre la rue du G»q et la rue des Coquilles. Le ras. Suppl. fr. 93 l'appelle l'hôtel d'Angers , ce qui revient au même. Cette mention du lieu où descendit le duc d'Anjou à Paris ne se trouve pas dans les imprimés.

3. Le ms. Suppl. fr. 93 et les imprimés mettent le grant conseil.

Meleun leurs messages très notables, qui lui touchèrent sur trois poins la cause pourquoy ilz estoient venus pardevers lui. Et premièrement , le remercièrent de l'honneur qu'il leur avoit fait de leur envoyer ses ambaxadeurs. Secondement , que très bien leur plairoit que la réformacion du royaume feust faicte. Tiercement, seroient très désirans et joieux qu'ils feussent pacifiez, lui et le duc de Bourgongne. Lesquelles choses o) es par le duc d'Orléans desdiz ambaxadeurs , fist response par lui-mesmes , « qu'ilz n'avoient point fait sagement de compaigner et assister ledit duc de Bourgongne ès besongnes dessusdictes , lesquelles avoient esté proférées en la plus grant partie contre lui , actendu qu'ilz ne povoient ignorer qu'il ne feust filz et frère de Roy auquel avoit esté baillé le régime du royaume comme à cellui qui de droit le devoit avoir, considéré Testât où le Roy estoit et la jeunesse de son nepveu , daulphin , duc de Guienne. Secondement , disoit que ceulx de l'Université qui estoient estrangers et de diverses régions ne se dévoient point entremetre du régime ne de la réformacion du royaume , mais s'en dévoient actendre i\ lui et à ceulx du sang royal et du grant conseil. Tiercement , qu'il ne faloit point, ne estoit de neccessité qu'ilz le pacifiassent avec le duc de Bourgongne , pour ce que nulle guerre ne nul différent estoit entre eulx. » Après lesquelles responses oyes par lesdiz ambaxadeurs de Triiiversité , s'en retournèrent tous confus à Paris. Et le samedi ensuivant , le duc de Bourgongne estant en son hostel d'Artois, lui fut dit, et c'estoit vérité, que la Royne et le duc d'Orléans avec toutes leurs gens d'armes s estoient partis de Meleun et s'en ve-

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noient à Paris. Après lesquelles nouvelles, ledit duc de Bourgongne monta à cheval et s'en ala à l'hostel d'Anjou , où il trouva le roy de Cécile , les ducs de Berry et de Bourbon et plusieurs autres princes et autres du conseil du Roy. Lesquelz, sachans la venue dudit duc d'Orléans , en furent tous esmerveillez. Car c'estoit contre leur entencion et ce qu'ilz traictoient entre icelles parties. Lors avoit , ledit duc de Bourgongne, très grant nombre de gens d'armes , tant dedens Paris comme dehors , lesquelz portoient en leurs peu non ceaulx de leurs lances en flameng Hich ond\ c'est à dire Je le tieng. Et c'estoit à l'encontre des Orliennois qui, comme dessus est dit, portoient : Je V envie. Dont la plus grant partie des dessusdictes gens d'armes dudit duc de Bourgongne se alèrent mectre en bataille contre la venue du duc d'Orléans audessus de Montfaulcon. Et ce pendant la communaulté de Paris se mist en armes en très grant multitude pour résister à la venue dudit duc d'Orléans , à ce qu'il ne voulsist habandonner la ville à piller et eulx occire. Et avec ce firent abatre plusieurs apentis d'aucunes maisons afin que par les rues on peust plus facilement traire , lancier et gecter pierres sans empeschement. Et aussi se armèrent , oultre les pons , plusieurs escoliers. Et pour vray tous les Parisiens estoient plus favorables aux Bourguignons qu'à la partie des Orliennois, et se disposèrent de toute leur puissance à aider et défendre le duc de Bourgongne se besoing eust esté. Lequel duc de Bourgongne estoit tout reconforté de résister et combatre à icellui duc d'Orléans s'il feust venu jus-

\. Le ras. Suppl. fr. 93, et Vérard donnent : Hic houd.

ques au dit lieu de Paris. Durant lequel temps, le chancelier, les présidens de parlement et autres sages en grant nombre, voians icelîe -esmeute, pour concorder iceulx princes et éviter le grant péril qui s'en povoit ensuivir, tantost s'en alèrent à l'hostel d'Anjou devers les princes dessusdiz , et conséquemment après envoièrent devers ledit duc d'Orléans certain message pour lui signifier la commocion qui estoit dedens Paris, en lui requérant qu'il lui pleust délaier de venir à présent audit lieu de Paris. I/equel duc, avecques la Royne , sachans ces nouvelles , prindrent briève conclusion avec aucuns de leurs plus féables conseillers , et se départirent l'un de l'autre. Si ala ladicte Royne au bois de Vincennes, et le duc d'Orléans avecques ses gens d'armes retourna à Corbueil , et lendemain vint à Beauté , et toutes ses gens se logèrent au pont de Charenton et ou pays d'environ. Durant lequel temps , les princes dessusnommez, avec eulx plusieurs notables seigneurs et grant nombre de gens de conseil se mirent ensemble et traictèrent par plusieurs journées sur la matière dessusdicte. Et tant, que par longue continuacion , après qu'ilz eurent fait savoir aux deux parties leurs entendons , tinablement firent tant que iceulx deux princes, d'Orléans et de Bourgongne, se submirent de toute leur question sur les deux roys de Cécile et de Navarre et les ducs de Berry et de Bourbon. Et pour ce entretenir cbascun donna congié à ses gens d'armes. Et la Royne retourna à Paris devers le Roy, et ledit duc d'Orléans s'en vint loger en son hostel en la rue Saint-Antboine auprès de la Bastille. Et en briefz jours après eusuivans, les princes dessusnommez traictèrent tellement qu'ilz communiquèrent

l'un avecques l'autre et se monstroient par semblant à la veue du monde estre très bous amis. Mais cellui qui congnoist les pensées des cuers scet du surplus ce qui en estoit. En après le duc de Lorraine et le-conte d'Alençon s'en retournèrent chascun en son pays à tout leurs gens , sans entrer dedens Paris. Et le duc de Bourgongne et ses frères avec toutes ses gens s'en relourna tantost après en son pays d'Artois , et de là ala en sa conté de Flandres, où il eut aucun parlement avec le duc Guillaume , son serourge , l'évesque de Liège , le conte Waleran de Saint-Pol et plusieurs autres. Lequel serourge retourna* en la ville d'Arras.

DE L'AN MCCCCVI.

[Du 11 avril 1406 au 27 mars 1407.]

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