M DÉCOUVERTE
eoQsalter de sa part notre prudence , et à nous de*mander la permission de faire consacrer F autel du susdit monastère (car remplacement en appartient à notre diocèse), afin qu'ensuite on pût y établir des moines.
))La vénérable comt,esse Clémence, toujours prête à remplir les pieuses intentions de son époux Robert , marquis de Flandre, l'un des chefs de la milice sainte, vint nous trouver, et, à l'effet d'exécuter ce qui lui était prescrit , nous demanda humblement et pieusement l'église de Bethferkerke. Du consentement donc de l'archidiacre Lambert et de nos autres clercs, après avoir aussi entendu Reignier, qui desservait cette église de notre autorité , nous avons fait don de ce terrain et confirmé cette donation de notre pouvoir pontifical, à condition que des moines y seront établis. De plus, le comte Robert , revenu de la Terre-Sainte , vainqueur des Païens , désirant , de l'avis de son conseil et avec notre consentement, que le nouveau monastère soit placé sous la direction de l'abbé d'Afflighem, nous accordons ceci , à la condition que l'abbé du nouveau monastère obéisse , avec la soumission convenable , à nous et à nos successeurs , et que tout étant régulièrement organisé , les moines demeurent libres et servent Dieu tranquillement , sans que personne puisse les inquiéter, ni les soumettre à aucune exaction.
yf Nous autorisons aussi F abbé ou les moines à établir au môme lieu un prêtre , qui devra recevoir de révoque ou de se» ministres le soin de diriger les paroissiens , et rendre compte tant pour lui que pour eux.
» A611 que personne ne tente de violer les pouvoirs accordés par le présent privilège » nous menaçons d'ànathème celui qui l'essaierait; et après l'apposition de notre sceau , nous avons signé , en présence de ceux dont les noms suivent. Signé Balderic, évêque; Lambert, archidiacre; Désiré, doyen; Bertulf, prévôt; Taocard; Walb^; Blitron; Guy, chancelier; la comtesse Clémence; le châtelain Robert; Conon; Lambert Nappin ; Tagmar ; Frédebald. Fait à Bruges , F an 1 1 06 de rincamation de Notre-Seigneur. »
Nous avons rapporté toute cette pièce, parce qu'elle peint qudques aspects de l'époque. Le comte de Flandre l'accompagna d'un privilège , dont voici le début :
-a Moi Robert , après Dieu souverain de toutes les Flandres, suivant le conseil divin qui dit : Amassez des trésors dans le Ciel , où ni la rouille ni la corruption ne les détruiront; considérant en outre que la richesse et la gloire de ce monde sont périssables, j'ai jugé Héoesaaire de faire exécuter, par les fidèles, un projet dont le résultat demeurera intact à ma mort. J'ai donc obtenu du seigneur Balderic, dans l'intérêt de mcm salut et des miens, qu'il déclarât libre et m'aco(Hrdât en don, en l'honneur de saint André, l'église deBethferkerke, qui est aussi appelée Straten. » Il ajoute que le nouveau monastère sera exempt de deux parts des dîmes , et ne pourra être opprimé par aucun pouvoir temporel; il en confie la direction à l'abbé d'Afflighem, et il appuie son seing des signatures ^'Etienne de Becôlar, d' Amaury de Ninove , de
Gauthier Flament , de Temard, châtelain de Borbourg;
de Frolofe, châtelain de Bergues; de Thierry de Esne, de Haket , fils du châtelain ; de Radulphe , de Renemar et de Kate.
Mais cette chronique de F abbaye de Saint- André n'est pas très-exacte. L'auteur s'appuie sur des traditions et sur des titres dont les originaux ont été détruits , comme il le dit à la fin du chapitre V. Il avoue aussi que le monastère de Saint-André-lez-Bruges était commencé avant les Croisades, sous l'évêque Radbod. Il paraît certain , toutefois, que le comte Robert s'en occupa et le dota de privilèges. Dans tous les cas , on ne peut contester à Pierre Barthélemi la découverte de la sainte lance. Le récit que nous avons donné , et qui est adopté aussi par Michaud , s'appuie sur Raymond d'Agiles , l'un des historiens de la Croisade , qui écrivait comme témoin oculaire et qui porta lui-même la sainte lance dans la bataille.
Vraie ou douteuse , cette relique rendit un service immense aux Croisés; elle les sauva. Nous ne croyons pas qu'il soit utile à notre sujet de parler ici des querelles qui s'élevèrent sur son authenticité. Nous devons nous borner à exposer les faits. Assez d'autres se consument en folles et vaines disputes qui , comme dit Bulwer, ne font diminuer ni le tarif des patentes ni le prix du pain.
M. Victor Foucher, avocat-général à Rennes, a pu-»^ blié, il n'y a pas long-temps , ces Assises Célèbres, sur
un manuscrit tiré de la bibliothèque de Saint^Marc de Venise. Voici ce que disait à ce propos M. Edouard Laboulaye dans le Journal des Débats :
« Ces barons fougueux , ces chevaliers qui ne se plaisent qu'au milieu du danger, le livre publié par M. Foucher nous les peint sous un jour tout nouveau, non plus comme guerriers, mais comme législateurs. Et , chose remarquable , ces hommes ne nous paraissent pas moins grands dans les œuvres de la paix que dans les exploits de la guerre. Je dirai plus, il règne en général dans les Assises un bon sens si exquis, une dignité si calme, une douceur si chrétienne, qu'on se refuserait à attribuer tant de sagesse à ces hardis courages, si la naïveté du langage et l'étrangeté de certaines institutions ne nous reportait au milieu de ces anciens jours , si enfin tous les monuments contemporains n'étaient unanimes à nous attester que les Godefroid , les Baudouin , les Amaury, les Lusignan n'étaient pas moins fiers du titre de chevaliers es lois que du renom de preux combattants.
» Aussi , dès que la sainte cité de Jérusalem eut été conquise sur les ennemis de la Croix et remise au pouvoir des fidèles de Jésus-Christ , le vendredi 1 5 juillet 1099, le premier soin de Godefroid fut d'instituer deux cours laïques : l'une pour les nobles et les feudataires, la haute cour ; l'autre pour le menu peuple et la bourgeoisie , la cour basse ; la première , composée des barons du royaume et présidée par le Roi ; la seconde , composée de bourgeois et présidée par le vicomte de Jérusalem.
y> En même temps et pour donner à ces tribunaux
une règ'e à suivre dans leurs décisions, Godefroid rassembla ce qu'il put réunir de chevaliers et de prud'hommes versés dans les coutumes de la patrie» fît rédiger par écrit ces usages, les présenta au patriarche et aux barons , choisit de leur avis les dispositions les plus utiles et les plus sages , et dressa ainsi un Code officiel destiné à devenir la loi du nouvel empire. Ce Code, si précieux pour F étude delà législation du moyen âge, puisqu'il renferme en quelque jEaçon la fleur des coutumes françaises , c'est ce que nous nommons les Assises,
» Destiné à deux tribtmaux,^et je dirais presque à deux peuples différents, ce recueil fut composé de deux parties bien distinctes : l'Assise de la haute Cour, qui fut la loi des barons; l'Assise de la Cour inférieure, qui fut la loi de la bourgeoisie. Précieux à plus d'un titre pour les Croisés, puisqu'il leur rappelait sur la terre étrangère cette patrie toujours si chère au cœur des exilés, le Code des deux Assises fut l'objet d'une vénération presque religieuse. L'original, écrit avec tout le luxe imaginable, en majuscules, avec des initiales d'or et des rubriques de couleui*, signé en outre et scellé à diaque feuille par le Roi , le patriarche et le vicomte , fut renfermé dans le Saint- Sépulcre. Il fut défendu de sortir du saint tombeau ce palladium des libertés franques, hormis lorsque les Cours étaient en désaccord ; et, dans ce cas même, il fallut que les trois garants de la paix {mblique, le Roi et ses hommes liges , le patriarche et ses chanoines , te vicomte et les jurés de la bourgeoisie, assistassent au ii^acement de ces précîeuâes écrîtureii. Oa voit que
nos aïeux comprenaient l'importance d'une Charte tout aussi bien que nous.
» Malheureusement ces magnifiques autographes se pa'dirent lors de la prise de Jérusalem par Saladin, en Fan 1187; il n'en resta pas même de copie, et dès lors , si Ton doit croire le texte des Assises qui nous reste, pour constater la coutume on fut réduit au Record y c'est-à-dire au souvenir des juges, jusqu'à ce que le roi Araaury, grand jurisconsulte, au rapport de Guillaume de Tyr, eût donné, vers la fin du douzième siècle, une rédaction nouvelle destinée à remplacer le précieux manuscrit .qu'on avait perdu.
» La conquête de Constantinople parles Francs, les Belges et les Vénitiens porta les Assises dans la Romanie, et ce fut même sur ce nouveau territoire qu'elles régnèrent avec le plus d'éclat et de durée. Toutefois elles furent remaniées à diverses reprises, jusqu'à ce que Jehan, seigneur d'Ibelin, comte de Joppé et d'Ascalon , en eût donné une édition qui effaça toutes les autres , et qui , de l'aveu de tous les prud'hommes , fut adoptée comme le plus vrai livre des Assises qui se pût trouver. Cette rédaction est celle qui , grâce au dévouement de M. Foucher, vient d'être imprimée en français pour la première fois.
» C'est un vrai conte de fée que l'histoire de ce manuscrit. Déposé aux archives des Dix, à Venise, en 1536, on oublie son existenbe, et ce n'est qu'en 1 789 , en le transférant à la bibliothèque publique de Saint-Marc, qu'on apprend que ce trésor n'est pas perdu. Louis XVI témoigne le désir d'en avoir une
copie ; elle est dre.ssée par le savant Morelli , avec tout le soin et le luxe possibles , et remise au Roi dans le mois de février 1791. Pendant la révolution, cette copie est soustraite; elle passe de France en Russie, de Russie en Pologne et de Pologne revient en France, sans qu aucun de ses possesseurs ait compris l'importance de ce manuscrit , * attestée cependant par un certificat de Morelli , joint aux Assises. Croyez maintenant aux bibliophiles! En 1828, au moment oii M. Pardessus fait collationner Toriginal enlevé de Venise en 1797, pour enrichir la bibliothèque de Paris, et en 1815 retourné de Paris à Venise, tout à coup, après trente-sept années d'exil , cette copie magique se retrouve ; Charles X la fait acheter , M. Pardessus est chargé de la publier et l'imprimerie royale est mise à la disposition du savant académicien : une seconde révolution vient ajourner les espérances de la science ; la publication des Assises échappe aux mains si dignes de M. Pardessus, et il semble qu'un malin génie recule indéfiniment l'apparition du livre, lorsque, plus hardi et plus heureux que ses prédécesseurs, M. Foucher a la gloire enfin d'imprimer le manuscrit de Venise. Et c'est une heureuse idée que d'avoir mis en regard du texte français la traduction italienne, que fit faire , en 1 535 , le conseil de Venise. La souplesse de l'italien , qui rend à merveille la grâce et la naïveté du vieux français , permet ainsi de se familiariser avec l'étude de notre ancien langage; c'est un mérite qui n'est pas à dédaigner dans un livre destiné aux jurisconsultes , classe d'antiquaires souvent un peu novice , et que les formes étranges de la
langue du treizième siècle effraient trop facilement.
» Les notes que M. Foucher a jointes au texte sont nombreuses et riches, trop riches peut-être en droit romain. Il y a si loin de Caïus au seigneur d'Ibelin, que le lecteur, ce nous semble , s'aventure avec peine dans ce périlleux voyage de dix siècles de législation ; nous aurions préféré que l'éditeur se fût tenu dans une sphère plus étroite, se bornant, par exemple, au droit canonique et aux vieux auteurs coutumiers. Nous aurions désiré encore (les antiquaires sont insatiables) que l'éditeur eût conféré le texte du comte d'Ibelin avec d'autres remaniements des Assises ^ par exemple avec le manuscrit grec que possède la biblio* thèque royale , manuscrit dont M. Hase nous avait fait espérer la publication.
)) Il y a encore un manuscrit grec moderne du seizième siècle que M. Zacharie a retrouvé au mont Athos , et dont il a publié une partie ; et ce texte est d'autant plus curieux qu'il offre des variantes importantes, et semble se rapprocher du manuscrit de Munich que vient de publier M. Kausler. Les Usances et Assises de Romanie , publiées par Canesani , sont encore un point curieux de comparaison dont M. Foucher ne nous paraît pas avoir tiré tout le parti possible. Il nous semble que de cette façon l'édition eût été plus savante et plus complète; mais peut-être plus d'un lecteur ne sera-t-il pas de notre opinion , et trouverat-il même que l'édition, telle qu'elle est, est plus usuelle , et que ces références au droit romain sont un moyen ingénieux de faire adopter notre vieux droit coutumier par les jurisconsultes infatués des idées ro-