‹ La chronique (volume 3)Chapitre 25 sur 120 · CHAPITRE GGLXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE GGLXVIIL

Comment les Anglois eurent la ville de Conches en Normandie sur les François par traictié, et pareillement eurent les François la ville de Gaillardon, laquelle tenoient les Anglois.

Item, durant le temps que le roy de France estoit ou voiage de Tartas comme dict est dessus, se assamblèrent en Normendie très grand nombre d'Anglois, et soubz la conduicle du conte de Sombreseth^ de messire Johan de Thalebot, et d'aulcuns aultres capitaines anglois, vinrent assègier la ville de Conches en Normendie. Et y estoit dedens comme capitaine *

i. Le nom est en blanc dans le mss. 8346. Ce chapitre et le suivant ne se trouvent pas dans Vérard.

lequel fist grand diligence avec ses gens pour deffendre ycelle ville. Nientmains elle fut très fort approuchiéel assaillie, tant de canons comme d'aultres groz engiens et habillemens de guerre. Et tellement fut contrainte, que de jour en jour ceulx de dedens faisoient grand double d'estre prins d'assault. Si envoyèrent secrètement devers le conte de Dunois, bastard d'Orliens, et messire Pierre de Bressay, seigneur de la Garesne, qui avoient la charge de par le Roy, h tout certain nombre de gens de guerre, pour garder la frontière contre lesdis Anglois sur les marches des pays de Chartain et du Maine. Et si leur firent signifier le dangier en quoy ilz estoient, en euix requérant de avoir leur secours et ayde. Mais quand ilz eurent assamblè tout ce qu'ilz peurent avoir de gens, ilz trouvèrent qu'ilz n'estoient point puissans assés pour lever ledit siège. Et pour tant, adfin de baillier empeschement aux dessusdiz assiègans, alèrent logier devers Gaillardon, que tenoient les Anglois, et y firent livrer ung très cruel assault. Auquel assault ceulx de dedens résistèrent trè^ vaillamment et reboutèrent lesdiz assaillans. Et entretant, ledit conte de Sombreset, anglois, et ceulx de sa compaignie, firent traictié avec ceulz de Couches, moyenant qu'ilz s'en alèrent en rendant ladicte ville. Et ne les eust ledit conte point prins, se non qu'ilz se fussent du tout rendu à sa voulentè*, se n'eust esté ce qu'il avoit intencion d'aler combatre les François dessusdiz qui estoient devant Gaillardon, se ilz le vouloient attendre. Lesquelz

i . C'est-à-dire : qu'il les eut forcé de se rendre à merci, se

François, qui furent aulcunement advertis de la venue dessusdicte, traictèrent hastivenienî avec ceulx de dedens. Si fu le traicté tel qu'ilz leur donnèrent aulcune somme de pécune adfîn qu'ilz se partirent de là. Et baillèrent ycelle ville aux seigneurs François dessusdiz, qui y mirent très grosse garnison. Et après se retrayrent de là et retournèrent à Chartres et es aultres bonnes villes tenans leur parly en ycelui pays, pour garder les frontières contre les dessusdiz Anglois. Et tantost après, messire Jehan de Gapaumes, capitaine de Dourdan, fut prins par aulcuns de ses gens qui le trahirent et le livrèrent aux dessusdiz A.nglois, auxquelz pour sa rançon il paia depuis nioult grand finance.

Et en ce meisme temps, y eut une destrousse faite sur les Anglois assés près de Garville\ à deux lieues de Evreux. En laquelle destrousse furent mors de la partie des dessusdiz François, Jehan de Bressay et Mordon de La Fontaine, avec aulcuns aultres. Nientmains, parla vaillance et diligence de Floquet qui estoit l'un de leurs chiefz, furent lesdis Anglois tous rues jus et destroussës, desconfis et mors en la place environ de onze à douze vins, et si en y eut pluiseurs qui furent détenus prisonniers.

Item, en ce meisme temps, l'empereur d'Alemai-

1 . Sans doute pour Gravigny (Eure), mais ce lieu n'est qu'à 3 kil. d'Évreux. Quant à Graville, qui se rapporterait bien mieux au Ganùlle de notre texte, il ne faut pas y songer. Car il n'y a que deux localités de ce nom en Normandie, et l'une est près du Havre et l'autre dans le département de la Manche. A la vérité, on trouve dans le Dictionnaire topographique du département de tEure de M. Gadebled, un hameau du nom de Graville, mais c*est une dé-

gneS acompaignié de pluiseurs grans et nobles seigneurs et moult grant nombre de gens, s'en vint en la cité de Besançon. Ouqiiel lieu ala devers luy en moult noble et bel appareil le duc Phelippe de Bourgongne.

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