CHAPITRE LI
Comment le conte de Nevers se maria à la damoiselle de Coucy. Et de la guerre Amé de Viry.
Au commencement de cest an , Charles , roy de France, fut moult oppressé de sa maladie acoustumëe, et pour ce , les roys de Cécile et de Navarre et le duc de Berry, avecques eulx le duc de Bourgongne , après ce qu'ilz eurent pourveu à Testât et garde du Roy, ilz
se départirent de Paris et s'en alèrent chascun en leur pays pour iceulx \isiter. Et pareillement icellui duc de Bourgongne , et s'en ala aux nopces de Phelippe , conte de Nevers , son frère. Lequel print à femme la damoiselle de Coucy, fille de sire Enguerran de Coucy, jadis seigneur et conte de Soissons , et niepee de par sa mère , du duc de Lorraine et du conte de Vaudemont^ Lesquelles nopces se firent à Soissons, et y estoient , la duchesse de Lorraine et la contesse de Vaudemont, venues de leur pays pour compaigner et honnourer la dame de Coucy et sa fille. Et si fut ce mariage fait et la feste solemnizée moult haultement , par ung jour de Saint George, et dura trois jours ensuivans. Et après iceulx jours passez , le duc de Bourgongne se parti et s'en ala en son pays de Bourgongne, en sa compaignie le conte de Penthièvre son beau filz *. Et tost après , ledit conte de Nevers , avecques ladicte duchesse de Lorraine et la comtesse de Vaudemont, emmena sa femme en la conté de Réthel, où elle fut receue moult joieusement.
Durant lequel temps , le duc de Bourbon ' fut défié de sire Amé de Viry, savoyen, lequel estoitung povre chevalier au regard dudit duc. Mais ce non obstant, lui fist-il plusieurs dommages par feu et par espée, ou pays de Bresse et de Beaujolois. Pour lesquelz dom-
i, Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, frère de Jean sans Peur, épousa, le 9 avril 1409, Isabelle de Couci, comtesse de Soissons , tille puînée d'Enguerran VII , baron de Couci , et d'Isabelle de Lorraine.
2. Olivier de Blois, comte de Penthièvre, avait épousé. Tan 1404 , Isabelle, quatrième fille de Jean sans Peur.
3. Louis II, dit le Bon , grand oncle maternel de Charles VI.
mages, icellui duc le print en grant indignacion , et assembla très grant nombre de gens d'armes et gens de trait pour le punir et subjuguer. Si envoya devant, le conte de Clermont son filz*, et assez tost après le suivy. Et en sa compaignie estoient le conte de La Marcbe et de Vendosme ^, îe seigneur de Labreth , connestable de France , Loys de Bavière , frère de la royne de France, Montagu, grant-maistre d'ostel du Roy, le seigneur de La Heuze et plusieurs autres grans seigneurs, qui tous ensemble tirèrent ou pays de Beaujolois, à tout grande puissance. Mais, devant la venue dudit duc de Bourbon , icellui Ame de Viri , son adversaire , fut adverti de ladicte puissance qui venoit contre lui. Si n'osa actendre la venue dudit duc , car il n avoit point d'espérance de povoir tenir contre lui les chasteaulx qu'il avoit prins. Et pour tant, s'en parti et s'en ala en une ville qu'on appelle Le Bourc en Bresse, appartenant au conte de Savoie, son seigneur. Lequel conte de Savoie ne le voult point garantir contre ledit duc de Bourbon son grant oncle % ains en fist présent à icelîui duc, par telle condicion que ledit Amé lui amenderoit à son povoir ce qu'il lui avoit mesfait, et se rendroit en ses prisons tant qu'il seroit content de tous les frais et dommages qu'il avoit euz
1. Jean, comte de Clermont en Beauvoisis, qui devint duc de Bourbon, à la mort de son père , en 1410.
2. Jacques II de Bourbon, comte de La Marche par son père, et comte de Vendôme par sa mère, oncle du duc de Bourbon.
3. Amédée VIII, dit le Pacifique. Il avait épousé, le 30 octobre 1 393 , Marie , fille de Philippe le Hardi , duc de Bourgogne. Ce fut en sa faveur que l'empereur Sigismond érigea la Savoie en duché, l'an 1416.
à r occasion dessusdicte , sauf qu'il ne lui feroit desplaisir en corps ne en membres. Ainsi le receut ledit duc de Bourbon, lequel remercia très grandement sondit nepveu. Et pour ceste cause, une dissencion qui estoit esmeue entre eulx, fut appaisee. Car ledit de Savoie disoit que son grant oncle de Bourbon lui devoit faire hommage à cause de sa terre de Beaujolois , laquelle chose il ne vouloit point faire , mais la question fut mise par eulx deux ensemble en la voulenté et ordonnance du duc de Berry. Après lesquelles besongnes concluses , ledit duc de Bourbon s'en retourna en France et donna congié à toutes ses gens d'armes. Et depuis par certain moien que ledit de Viri eut avecques ledit duc , il fut délivré *.