CHAPITRE XGllL
Comment le Roy mist siège devant Fontenay, et tost après à Bourges en Berry. Et des besongnes qui advinrent en cellui temps.
Item , après que le roy de France eut séjourné par aucuns jours en la ville de Sens en Bourgongne , et qu'il eut eu plusieurs grandes délibéracions avec son grant conseil sur les afaires de son royaume , se partit de là et ala à Aucerre, et de là à la Charité sur Loire, où il séjourna par cinq jours , et après print son chemin devers ung fort cbastel nommé Fontenay, lequel les Orléanois tenoient. Lesquelz, quant ilz virent la grant puissance du Roy, rendirent ledit cbastel, par condicion qu'ilz s'en yroient sauf leur corps et leurs biens. Et ce pendant, plusieurs capitaines qui avoient tenu les frontières contre lesdiz Orléanois, venoient cbascun jour de divers pays, à grant puissance, devers le Roy. Entre lesquelz y vindrent le seigneur de Heilli, Enguerran de Bournon ville, Amé de Viri et plusieurs autres.
Item. Dudit lieu de Fontenay, le Roy ala loger ou pays de Berry devant une ville nommée Dun le Roy \ et la fist asséger tout à l'environ et moult fort batre de ses engins. Durant lequel siège, Hector, bastard de Bourbon, frère au duc de Bourbon, vint, à tout trois cens hommes d'armes, sur aucune compaignie des gens du Roy qui aloient à l'estrade '. Si en print et occist plusieurs, et après s'en retourna bastivement en la cité de Bourges, où estoient les ducs de Berry et de Bourbon, aux quelz il raconta son adventure. Et après, ceulx de Dun le Roy furent si contrains par la force des engins du Roy, que le neuviesme jour dudit siège, sauf leur corps et leurs biens, se rendirent, et livrèrent ladicte ville au Roy, par telle condicion que Loys de Corailles, chevalier, naguères séneschal de Boulenois de par le duc de Berry, peust revenir, à tout ses gens d'armes, devers ledit duc de Berry, sainement et saulvement. Dont, après l'espace de trois jours, le Roy et tout son ost se partit de là, délaissant en ladicte ville messire Gautier de Rupes, chevalier bourguignon , capitaine et garde d'icelle. Et à trois lieues ou environ, en une ville près d'un bois, le vendredi x® jour de juin g , le Roy et tout son exercite se loga. Et lendemain matin, c'estassavoir le samedi xf dudit mois, se parti et vint devant Bourges la cité^, forte ville et peu-
1. Dun-le-Roy ou Dun-sur-Aiiron , à sept lieues de Bourges Le Roi y était le 8 juin. Il existe aux Archives des lettres de lui en faveur de Robert, duc de Bar, datées du 8 juin 1412. « Au camp devant Dun le Roy. »
2. C'est encore aujourd'hui un mot de notre vocabulaire de guerre.
3. Le samedi il juin 1412. La veille on avait fait à Paris une procession solennelle pour le succès des armes du roi
plée, en provisions superhabondant , et de tous biens remplie. Laquelle* cité souloit estre royale et clief de tout le pays et règne d'Acquitaine, située sur la rivière d'ièvre, et parmy une partie de la ville cuert un petit fleuve, qui cuert de Dun le Roy \ En laquelle cité, avec les habitans et bourgois d'icelle , monstroient et faisoient grande apparence de résister, c'estassavoir les ducs de Berry et de Bourbon, le sire d'Albreth, le conte d'Aucerre, Jehan, frère au duc de Bar, et moult d'autres qui s'estoient fuys et partis hors de Paris, Farcevesque de Sens, Farcevesque de Bourges , les évesques de Paris et de Chartres, le seigneur de Gaucourt, Barbazan, le sire d'Ambrecicourt et le Borgne Foucault, avec mil et cinq cens cuiraces et quatre cens hommes de trait , archers et arbalestriers. Lesquelz voians venir le Roy avec son exercite, ouquel estoient selon commune estimacion mieulx de cent mille chevaulx, aucuns yssirent de la ville armez, en venant contre eulx en criant : Vive le Rojl et lesdiz de Berry et d'Orléans, en assaillant terriblement les coureurs de devant. Et tant que d'une partie et d'autre en y ot moult de blécez et tuez. Mais Tavantgarde du Roy qui les suivoit, les fist tantost rentrer en leur ville, et eulx rentrez dedens, laissèrent leurs portes ouvertes et moult courageusement s'ordonnèrent et mirent en défense. Geste avantgarde du Roy menoient et gouvernoient le grant maistre d'ostel du Roy, c'estassavoir messire Guichard Daulphin, les seigneurs de Croy et de Heilii , chevaliers, Amé de Viri et Enguerran de
Bourges esl située entre deux petites rivières : l'Yèvre et l'Auron.
'un CHRONIQUE liki^]
BoLirnonville, escuiers. Ausquelz seigneurs de Croy et de Heilli, les deiix^ mareschaulx de France, c'estassavoir messire Bouciquault et le seigneur de Longin *, absens et en autres besongnes commis de par le roy de France, furent les devantdiz de Croy et de HeilU, députez de par le Roy à exercer les offices de maresclial de France. Et l' arrière-garde conduisoient les seigneurs d'Erlay, c'estassavoir messire Jehan de Chaalons ', le seigneur de Vergy, le mareschal de Bourgongne % le seigneur de Ronq et le seigneur de Basse. Et en la bataille, estoit le Roy de France et avecques lui estoient les ducs d'Acquitaine, de Bourgogne et de Bar, les contes de Mortaigne et de Nevers, messire Guillaume de Mortaigne et grant planté de chevalerie. Lesquelz, tous là venus en une plaine assez près d'un aulnoy * face à face de la cité, furent bien l'espace de trois ou quatre heures en ordonnance pour adviser et composer les lieux de leurs logis et pour deviser et bailler à chascun sa place, ainsi comme à chascun capitaine appartient. Et là, assez près d'un gibet de Ja cité, furent fais plus de cinq cens chevaliers. Desquelz et aussi de plusieurs autres qui n'avoient porté bannières, furent moult de bannières eslevées. Et puis commencèrent à approucher la ville de plus près entre les marets d'un petit fleuve devantdit ^ et l'autre marets. P^t lors commencèrent à tendre leurs tentes et
J . C'est Louis de Loigny.