Charles II
2. Il y a ici un blanc dans le texte. 11 faut lire Regnault d'Angennes, comme on le verra dans nos Pièces justificatives.
346 CHRONIQUE [14i3]
vostre ire. » Et adonq , nonobstant les paroles dessusdictes, furent emmenez tous ceulx qui avoient esté prins, et mis en diverses prisons. Et après alèrent requérir maistre Raoul Bardoul , secrétaire du Roy, lequel, ainsi qu'ilz lemenoient, fu féru par l'un d'eulx qui le héoit , d'une hache en la teste , et un autre le bouta en la rivière de Seine, et fut ilec mort. Et aussi occirent ung tapissier, riche homme et bien emparlé, nommé Martin Dane. Et si occirent ung canonnier qui avoit esté Orléanois , très excellent ouvrier de ce faire , lequel ilz laissèrent deux jours tout nu devant Saincte Katherine. Et en après contraignirent le duc d'Acquitaine à demourer en l'ostel de Saint-Pol avec le Roy son père, et gardèrent curieusement les portes afin qu'il ne s'en alast hors de la ville de Paris , et disoient aucuns d'eulx qu'on le faisoit pour sa correction. Car il estoit de jeune aage et ne povoit souffrir estre redargué de quelque personne. Les autres assignoient plusieurs autres causes , entre lesquelles l'une estoit pour ce que le premier jour de may il vouloit aller jouster au bois de Vincennes, et qu'il avoit mandé à messire Pierre des Essars qu'il amenast six cens bacinetz et les paiast pour ung mois , lequel mandement estoit jà exécuté. Et aussi que le duc d'Orléans et autres de sa partie faisoient grant assemblée de gens d'armes pour estre avec ledit duc d'Acquitaine au jour dessusdit. Dont le duc de Bourgongne et iceulx Parisiens n'estoient point bien contens. Et pour vray c'estoit lors piteuse chose de veoir le règne desdictes communes et comment ilz se conduisoient dedens Paris, tant envers le Roy comme envers les autres seigneurs.
[1413] D'EJNGUERRAN DE MONSTRELET. 347
Et de rechef iceulx Parisiens escripvirent leurs lectres à plusieurs bonnes villes du royaume, conlenans que ce qu'ilz avoient fait estoit pour le bien du Roy, en leur requérant que se besoin g leur estoit, les voulsissent conseiller, aider et conforter en tous leurs afaires, et aussi que tous se donassent à la fidélité et service du Roy et de son filz ainsné. El après , afin que quelque congrégacion ne assemblé de gens d'armes ne feust faicte par aucuns des seigneuis , fu fait ung édict de par le Roy à la requeste desdiz Parisiens , adréçans à tous les bailliz et séneschaulx de tout le royaume de France, duquel la teneur s'ensuit :
i( Charles , par la grâce de Dieu, roy de France, au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut. Comme es divisions et débas qui naguères estoient en nostre royaume. Nous , et nostre très cher ainsné , duc d'Acquitaine, Daulphin de Viennois, aions tant laboure que , Dieu devant , aions ordonné bonne paix estre et demourer en nostre royaume, laquelle ceulx de nostre lignée , pour la plus grant partie, ont fiancé et promis à tenir icelle, en oultre ont promis de jurer et le serement entretenir à leur povoir, et ne loist à aucun faire mandement quelconques ne assemblée de gens d'armes, si non de nostre exprès commandement; ce non obstant nous avons entendu que aucuns de nostre sang et autres se préparent de assembler gens d'armes et autres gens par manière de compaignies , en plusieurs parties de nostre royaume, sans de ce avoir licence de nous , laquelle chose est et pourroit estre à nostre grant charge , et s'en pourroient ensuir plusieurs inconvéniens se briefment n'y estoit pourveu de remède. Pour laquelle chose nous vous mandons et
expressément enjoingnoiis , que de vostre partie soit publié publiquement en tous les lieux publiques de vostre bailliage, en défendant de par nous et sur peine de confiscacion de corps et de biens , que quelconque personne, de quelque estât qu'il soit , baron , chevalier ou autre , ne voise en armes au mandement de quelque seigneur, sinon au mandement de nous et de nostre filz , ou de nostre amé cousin de Saint-Pol , connestable de France, ou autre nostre commis. Et afin qu'il vous appare de ce , nous vous envoions noz lectres scellées de nostre grant seel en nostre conseil. Et leur enjoinct que toutes et quantes foiz qu'ilz seront mandez par nous ou par nostredit filz, qu'ilz viengnent. Et pour tant que noz très chers oncle et cousin , les ducs de Berry et de Lorraine , sont continuellement en nostre service , nostre intencion n'est point que leurs vassaulx et subgetz ne puissent venir devers eulx , toutes et quantes foiz qu'ilz seront mandez, pour eulx emploier en nostre service. Et se aucuns dudit bailliage font le contraire , nous voulons , et par la teneur de ces présentes vous mandons, que vous les contraingnez par prinse de corps et de biens où qu'ilz soient , comme ilz sont tenus à leur souverain seigneur. Donné à Paris, le ix** jour de may, l'an de grâce mil quatre cens et treize, et de nostre règne le xxxin^. Ainsi signées : par le Roy, à la relacion du conseil tenu par le duc d'Acquitaine , où estoient les ducs de Berry, de Lorraine et plusieurs autres K n
1. Ces lettres sont imprimées dans le Recueil des Ordonn., t. X, p. 140.
[i4i3] D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. 349
Lequel mandement fut tantost envoie es lieux acoustumez et publié.
Et alors tous les Parisiens avoient fait une livrée de blans chaperons*, lesquelz ilz portoient afin qu'ilz peussent mieulx congnoistre ceulx qui estoient de leur parti et aliance, et mesmement les firent porter à plusieurs princes et autres grans et notables seigneurs et aussi à plusieurs gens d'église , et qui plus est, de plus le porta le Roy en propre personne. Laquelle besongne sembla à plusieurs preudommes estre de grant desrision , actendu les détestables et cruelles manières que avoient tenues et encores tenoient iceulx Parisiens, lesquelles n' estoient point à tolérer, ne à souffrir. Touteffoiz ilz estoient alors si puissans et obstinez en leur mauvaisetié , que les princes n'y sçavoient comment bonnement pourveoir. Car iceulx avoient grant fiance et espérance qu'ilz seroient soustenus et aidez du duc de Bourgongne et de ceulx de son parti , se besoing leur estoit.
1. In principio mail fecerunt sibi capucia a/èû (Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 27 }, l'auteur du Journal d'un Bourgeois de Paris, dit qu'on en fit bien de deux à trois mille, et qu'avant la fin du mois tout le monde en portait, princes , gens d'églises, «femmes d'onneur » et marchandes (voy. La Barre, p. 14). Il est bon de remarquer ici en passant , que c'était un usage dans la maison du roi de faire des distributions de vêtements aux gens de la cour, le 1" mai.
350 CHRONIQUE [lilS]