CHAPITRE CIX
Comment le duc de Bourgongne feist plusieurs assemblées et tint plusieurs consaulx pour avoir advis sur ses afaires, doublant que ses adversaires ne retournassent le Roy contre lui , si comme ilz firent depuis.
En ce temps le duc de Bourgongne se tenoil en la ville de Lisle lez Flandres, ouquel lieu il assembla plusieurs grans seigneurs pour avoir advis et conseil sur ses afaires. Car moult souvent lui venoient nouvelles de la ville de Paris, comment ceulx qui avoient esté ses adversaires gouver noient le Roy et le duc d'Acquitaine, et tendoient à eslonger lui et les siens de leur grâce et bienvueillance. Si avoit icellui duc sur ce plusieurs ymaginacions, desquelles bien doubtoit que la fin ne tendist à ce que depuis en advint , c'estassavoir qu'ilz ne tournassent le Roy et le duc d'Acquitaine du tout contre lui, pour en conclusion lui mouvoir guerre. Néantmoins il estoit assez reconforté d'atendre toutes aventures qui advenir lui povoient. Et adonc vindrent d'Angleterre devers lui, le conte de Warvicli, l'évesque de Saint-David et aucuns autres, pour traicter le mariage du roy d'Angleterre et de la fille d'icellui duc , non obstant qu'il y eust autre ambaxade devers le roy de France pour pareille matière. Toutesfoiz ilz ne porent estre d'acord, et par ainsi s'en retournèrent lesdiz ambaxadeurs.
Et après ces besongnes, le quatriesme jour d'octobre, les seigneurs d'Offemont et de Moy vindrent à Saint-Pol en Ternois , envoiez de par le Roy devers le conte de Saint-Pol , pour cause qu'il raportast ou ren-
voiast Tespée de la connétablie. Mais il respondi que de son gré et sans le conseil de ses amis il ne le rendroit point , mais lui , eu conseil avecques eulx , il respondroit en brief terme tellement que le Roy se tenroit content de lui. Laquelle response oye iceulx seigneurs après que ledit connestable les eut très honnorablement Testiez , retournèrent à Paris et racontèrent au Roy, en la présence de son conseil, Testât de leur ambaxade. Dont on ne fut pas bien content. .
Et ce mesmes jour fut fait un édict royal contre ceulx qui ne se confioient point bien en la paix , lesquelz ade\ent et sèment paroles au contraire mal sonnans , et qui ne se pevent ou veulent abstenir d'appeler et surnommer l'un l'autre par paroles souvent sonnans divisions pour mectre et esmouvoir gens à commocion , discorde ou rumeur pour engendrer nouveaulx débas. Duquel édict je me tais à cause de briefté.*