L'hôtel de ville
2, La Croix du Tiroir, ou Trahoir, était située à l'extrémité de la rue de l'Arbre-Sec qui donne dans la rue Saint- Honoré. Comme ce point était un des débouchés des halles, il a joue son rôle dans toutes les commotions de Paris.
nombre, dist ce qu'il avoit dit et récité en Grève, et comme devant se fist de rechef advouer dudit duc d'Acquitaine. Lequel advoué, icellui duc entra au Louvre, le duc d'Orléans s'en ala ou prieuré de Saint Martin des Champs , le roy Loys en la Bastille Saint Anthoine, le conte d'Armaignac et Bourdon en l'ostel d'Artois , et les autres ailleurs.
Le duc de Berry après ce fait, vint de son hostel de Néelle* au Louvre, visiter le duc d'Acquitaine, et de là s'en ala au Temple et se logea avecques ses gens. Et les seigneurs , soigneusement et souvent aloient parmy la ville afin que aucune rumeur ne s'esmeust ou peuple. Et firent clorre toutes les portes, excepté la porte Saint Anthoine et la porte Saint Jacques. Si estoient en grand doubte non obstant qu ilz eussent grant puissance de gens d'armes, qu'en la faveur du duc de Bourgongne et en sa venue le peuple ne s'esmeut contre eulx, et par espécial ceux du quartier des halles.
Or vous diray du duc de Bourgongne, lequel à toute sa puissance, de Dampmartin vint loger en la ville de Saint Denis , qui lui fut ouverte et habandonnée par les hahitans d'icelles ^ Si se loga en l'ostel de l'Espée. Si povoit bien avoir en sa compaignie deux mille bacinetz , chevaliers et escuiers du pays d'Artois et de Picardie , comme de Flandres , de Rethelois et de Bourgongne, avec de deux à trois
1 . Nous avons déjà fait remarquer qu'il y avait à Paris deux hôtels de ce Dom.| Celui-ci était sur l'emplacement actuel de l'Institut.
2. Le 9 février, d'après le Journal d'un Bourgeois de Paris (p. 20).
mille combatans, tant archiers comme arbalestriers et autres varletz armez. Et estoit avecques lui messire Jehan de Luxembourg, et si y estoient les gens du conte Waleran de Saint Pol, son oncle. Après laquelle venue dudit duc de Bourgongne dedens Saint Denis, Je troisiesme jour ensuivant, il envoya à Paris son Royd'armes d'Artois portant lectres au Roy, à la Royne, au duc d'Acquitaine et à ceulx de la ville, par lesquelles il leur escripvoit qu'ils voulsissent estre contens qu'il alast devers eulx pour dire la cause de sa venue, laquelle comme il disoit estoit toute tendant à bonne fin et bonne entencion, et qu'il n'estoit venu aucunement pour faire guerre ne pour porter dommage à quelque personne du monde , mais seulement au mandement de son seigneur le duc d'Acquitaine, pour le servir et lui obéir comme il appartient ainsi que tenu y estoit. Lequel Roy-d'armes venu audit lieu de Paris fut mené en ung hostel, et tantost vint devers lui ung homme qu'il ne congnoissoit , lequel lui dist qu'il s'en alast ou Ton lui feroit desplaisir de sa personne. Et tantost après, ainsi qu'il devoit monter à cheval pour s'en retourner, voiant qu'on ne le vouloit oyr ne recevoir ses lectres, vint de rechef à lui le conte d'Armaignac qui lui dist, que se lui, ne autre de par le duc de Bom^gongne, retourneroit plus dedens Paris, on leur coperoit les testes. Et sur ce ledit Roy-d'armes s'en retourna à Saint Denis devers son maistre le duc de Bourgongne, auquel il racompla les besongnes dessusdictes et la rudesse qu'on lui avoit dit et fait. Si en fut icellui duc très mal content, et se conclud avecques ceulx de son conseil de y aler à puissance. Si se mist lendemain très matin aux champs avec toutes ses gens, qui
estoient tous armez comme se prestement deussent entrer en bataille, et, en belle ordonnance, se tira assez près de la porte de Montmartre, et là, par grant espace, sur ung mont furent tous ordonnés en bataille, qui estoit belle chose à veoir^ Et ledit duc ainsi là estant envoya de rechef son Roy-d'armes à la porte Saint Honoré, laquelle aussi estoit close , en disant et requérant à ceulx qui estoient sur ladicte porte que quatre de ses plus féables chevaliers, lesquelz il avoit envoyez azsez près d'icellui Roy-d'armes, ilz voulsissent oyr dire les causes de sa venue tendans à toute bonne paix. Mais il fut respondu [àJMcellui que se il ne s'en aloit bien tost on tireroit après lui de bons quarreaux d'arbalestes , disant oultre qu'ilz n'av oient cure de oyr ledit duc, ne ses chevaliers. Et par ainsi retournèrent devers leur maistre. Cependant Enguerran de Bournonville, à tout environ quatre cens combatans, estoit descendu à pied et, à tout Festendart dudit duc, estoit alez assez près de ladicte porte Saint Honnoré pour veoir s'il n'y pourroit riens faire, car leur espérance estoit que le peuple se mectroit sus à puissance pour les mectre dedens par aucune porte. Ce que pas n'advint. Si [ot]^ par ledit Enguerrant aucunes paroles à messire Loys Bourdon qui là estoit ; lequel ne respondit mot. Et pour tant icellui Enguerran, voyant qu'il ne povoitrien besongner, se retrahy, mais en lui retraiant on tira d'arbalestes après lui et
i . A la manière dont Monstrelet parle ici et en d'autres endroits, on pourrait croire qu'il était alors à Paris , ou bien encore, si l'on veut, qu'il suivait l'armée du duc de Bourgogne,
2, Il y a au texte : par icellui.