‹ La chroniqueChapitre 25 sur 196 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Comment l'accord fu fait entre le duc Guillaume , conte de Haynnau , et le duc de Brabant. Et du duc de Brabant , et de la vielle contesse de Penthièvre. Et la mort de la duchesse d'Orléans.

Item. Le cinquiesme jour du mois d'aoust et huit jours ensuivans, le duc Jehan de Bourgongne tint grant parlement en la ville de Lisle lès Flandres sur plusieurs ses afaires, et entr'autres pour accorder ses deux frères*, c'estassavoir le duc Guillaume et le duc de Brabant , pour la cause dont en autre lieu cy-devant est faicte mencion. Avecques lesquelz ducs furent présens leur seur, femme dudit duc Guillaume, Fèvesque de Liège, et le conte de Namur. Et, en fin, ledit duc de Bourgongne conferraa la paix totalement entre icelles parties, par telle condicion que icellui duc Guillaume devoit faire paiement, pour toutes debtes, audit duc de Brabant , de la somme de soixante dix mille florins d'or du coing de France, à paier à certains termes ensuiyans.

Et après ce parlement fine, ledit duc de Bourgongne , environ la my-aoust ala à Paris , au mandement de la Royne et du conseil royal, et mena plusieurs gens de guerre, lesquelz il fist loger es yilages vers Paris. Et la cause pour quoy il les y avoit menez , si estoit pour ce que le duc de Bretaigne avoit naguères amené d'Angleterre grant nombre d'Anglois , par lesquelz , avec ses Bretons , il faisoit mener forte guerre

1 . C'est-à-dire Antoine de Bourgogne , duc de Brabant , son frère, et Guillaume de Bavière, comte de Hainaut, son beau-

à la vielle contesse de Penthiè\re * et à ses pays. Dont la royne de France et le grant conseil du Roy n'esloient point bien contens, pour ce que c'estoit ou préjudice du royaume. Et aussi le duc de Bretaigne avoit batu et injurié sa femme , fille du roy de France ', pour ce qu'elle lui avoit blasmé les cas dessusdiz. Si avoit intencion que icellui duc de Bourgongne, à tout grant puissance et avec lui autres princes et capitaines, yroient ou pays de Bretaigne pour subjuguer ledit duc et mectre en l'obéissance du Boy. Et avoit , ledit duc de Bourgongne , grant désir de y aler, pour secourir ladicte contesse et son beau-filz le conte dePenthièvre'. Mais entretant que lesdictes préparacions se faisoient pour ce faire , par le conseil royal , icellui duc de Bretaigne , sacbant par aucunes de ses féables qu'il estoit en l'indignacion de la royne de France, sa bellemère , et de ceulx qui gouvernoient ledit Roy, envoia par le conseil de ses barons certains ambaxadeurs à Paris devers iceulx, lesquelz offrirent de par lui, que du discord qu'il avoit contre ladicte contesse de Pentliièvre , il se vouloit submectre sur le Roy et son conseil. En quoy il fut en fin reçeu, par le roy de Navarre. Et furent icelle contesse et son filz , mandez à venir à Paris. Et depuis, y vint ledit duc de Bretaigne. Si fut lors la besongne pourparlée entre lesdictes parties ; laquelle enfin fut conclute ; et demourèrent paisibles l'un avecques l'autre.

i , Marguerite de Clisson , veuve de Jean de Blois , comte de Penthièvre.

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