Saiètes f flèches (sagitta
[14H] D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. 20i
estoient es vilages, loger ensemble audit lieu de Saint- Denis. Et pour avoir vivres , messire Clugnet de Brabant , à tout grant compaignie de gens d'armes , fut envoyé es pays de Valois et de Soixonnois, où il y en avoit grant habondance. Lequel messire Clugnet, en acomplissant le commandement qui lui avoit este fait, en fist venir en ladicte ville de Saint-Denis très grant planté et largement. Et aussi , pour ce temps, le pays de France * estoit en tr.ès bon estât , par quoy les Orléanois avoient largement ce dont ilz avoient besoing, car de ce costé estoient les plus fors. Et couroient chascun jour par diverses compaignies jusques sur les rivières d'Oise et de Marne, et par toutes les parties de risle de France. Et pareillement , les gens du Roy et du duc de Bourgongne couroient à l'autre costé de la rivière de Seine jusques à Montleliéry, Meulenc et Corbueil. Et par ainsi ce noble pays de France estoit de toutes pars durement oppressé et violé. Et quant aux gens d'armes, les ungs contre les autres il y avoit souvent de durs rencontres , et par espécial cliascun jour se tenoit Tescarmoucbe entre Paris et Saint-Denis, esquelles arrivoit souvent que Tune avoit l'onneur pour ung jour, et lendemain se faisoit le contraire. Et entre les autres places où les besongnes se faisoient et continuoient , y avoit ung fort molin sur une haulte mote assez avantageuse, sur laquelle aucunes foiz se logoient deux ou trois cens desdiz Orléanois, et là par les Bourguignons et François estoient fort envays et combatus, souvent jusques à tant que le vespre
i . C'est-à-dire Tlle de France ; toute la rive droite de la Seine, comprise entre la Marne et l'Oise , depuis Charenton jusqu'à Pontoise.
venoit que toutes les deux parties se retraioient en leurs places. Et en aucuns autres jours , ceulx de Paris prenoïent ladicte mote et molin , où ilz se tenoient en actendant les assauk et envayssemens d'iceulx Orléanois.
Et alors , avec ledit duc \ y avoit ung chevalier anglois, nommé le seigneur de Cliffort, lequel jà pieçà estoit venu, à tout cent hommes d'armes et deux cens archers, du pays de Bourdelois. Et quant il oy les nouvelles que le roy d'Angleterre avoit envoyé en la compaignie du duc de Bourgongne le conte d'Arondel et autres grans seigneurs, tantost vint devers ledit duc d'Orléans et lui requist qu'il lui donnast congié de s'en râler, car il doubtoit que le Roy, son souverain seigneur, ne feust mal content de lui se plus y demouroit. Lequel duc d'Orléans , considérant ce qu'il lui avoit dit, lui octroia le congié, par telle condicion que, ceste guerre durant, ne s'armeroient lui ne les siens contre lui. Laquelle chose ledit chevalier lui promist et puis s'en retourna en Angleterre.
En oultre , le vi^ jour de novembre , Troullart de Maucruel, capitaine et bailh de Senlis, à tous six vingts combatans ou environ de sa garnison , estoit aie courre en la conté de Valois. Lequel , en son chemin , rencontra environ sept vingts Orléanois , lesquelz vigoreusement envayrent lui et les siens. Mais après qu'il y eut eu plusieurs apertises d'armes faictes tant d'un costé comme d'autre , ledit Troullart demoura victorien sur les champs, et y eut, que mors que prins , desdiz Orléanois , de soixante à quatre-