‹ La chronique scandaleuse de ParisChapitre 1 sur 22 · A ÊTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

A ÊTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE

e vie

Encore que Sauval ait eu pendant trois siècles la réputation, très méritée, d'être un des plus remarquables historiens de Paris, on a longtemps ignoré, presque absolument, l'histoire de sa vie. On savait seulement qu'il avait été avocat au Parlement, que, né à Paris au début du xvrr° siècle, d’une famille bourgeoise, il avait fréquenté l'Hôtel de Rambouillet ; qu'il avait eu auprès de ses contemporains, non seulement auprès des Précieuses, dans les ruelles de qui il se plaisait à lire quelques-uns des discours qui composaient son histoire des antiquités de Paris, mais auprès des plus grands savants de son époque, la réputation d'un homme de mérite et de rare érudition. On ignorait jusqu'aux dates de sa naissance et de sa mort et, comme il n'avait point publié lui-même son œuvre, mais l'avait léguée manuscrite à un

de ses confrères au Parlement, que l'édition des

Antiquités de Paris n'avait eu lieu qu'un demisiècle plus tard par les soins d’éditeurs indélicats, 1l devenait singulièrement malaisé de juger définitivement l'homme et l’œuvre. Une série d'articles, publiés de 1862 à 1869 par Le Roux de Lincy dans le Bulletin du Bibliophile (1), appelèrent enfin l'attention sur Sauval ; sa vie fut l'objet de recherches nouvelles, on s’enquit de ce qu'il était advenu de ses manuscrits : 1l est possible depuis de donner sur lui un ensemble de renseignements précis.

Et d’abord, on découvrit dans les registres de la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie, l'acte

de naissance de Sauval (2). II était né le 5 mars

(1) 1862, p. 1109 et 1173, 1866, p. 223 et 272, 1868, p. 585 1869, p. 315. Ces études devaient être réunies en un volume dont Le Roux de Lincy annonçait la publication comme prochaïne, mais qui n’a jamais paru.

(2) Intermédiaire des chercheurs, 1869, v. 223-573.

Il aurait eu pour frères Joachim S., baptisé le 3 mars 1619 et mort le 28 decémbre 1640 ; Antonin, baptisé le 17 décembre 1619 et François, le 27 janvier 1625, et trois sœurs, dont deux auraient eu le même prénom de Marie et seraient nées en 1613 et 1615, dont la dernière Anne, serait née le 5 février

1623, rue des Ecrivains, de Joachim Sauval et de Marie Quillet, sa femme.

Il appartenait à une famille de marchands.

Son père était marchand passementier, son oncle marchand sellier, son parrain marchand linger, tous bourgeois de Paris dont la fortune était relativement considérable.

En dépit des renseignements fournis par les registres de Saint-Jacques de la Boucherie, il est malaisé de savoir si Henri Sauval était le frère ou seulement le cousin d’un assez grand nombre d'enfants de ce nom, baptisés de 1609 à 1625, car plusieurs membres de la famille portent le prénom de Joachim et cela crée quelque confusion. Ce que l’on sait pertinemment, c’est qu’il eut un frère, Joachim, en son vivant contrôleur aux gabelles.

Henri Sauval, ses études achevées, avait acquis une charge d’avocat au Parlement de Paris. Sans doute ne consacrait-il à son ministère d’avocat que d'assez courts instants et fréquentait-il

plus volontiers les salons littéraires que fe Palais.

Ce fut en eflet un des hôtes assidus de l'Hôtel de Rambouillet, dont 1l a laissé une savante description. Dans ce monde de Précieux et de Précieuses 1] fit figure, eut même des aventures amoureuses dont l'écho ne s'est point perdu. Sidroaste, c'était le nom qu'il portait dans ce milieu galant, fut l'amant internuttent de M°° de Villedieu qui, par un égoisme bien féminin, étant elle-même fort inconstante, le quittait, lui reprochant d’être volage. La liaison de Sauval avec Mile de Juvigny, à qui 1l sut plaire peu après, fut moins orageuse

(1). I est assez certain que le vrai reproche qu'a-

(1) « Dinamise est une précieuse âgée de vingt-huit ans, logée près du Palais de Jupiter (l'Arsenal) ; elle fait des vers et compose des romans ; elle a fait du bruit dans Athènes (dans Paris), depuis peu de jours, par des jouissances qui passent pour fort agréables ; elle avoue dans ses écrits qu’elle est fort sensible aux charmes de Tircis (M. de Villedieu), et, puisqu'elle le dit elle-même, nous ne lui ferons point tort d'avancer qu'elle a un grand penchant à l'amour. Elle a été fort bien avec l’illustre Melinde (M'®° de Montbazon:: mais on dit que cette charmante personne a maintenant quelque froideur pour elle, Cette Dinamise a eu bien des amants et en a encore à présent ; entre ceux-là Sidroaste n'est pas le moins extraordinaire de ceux qui la servent : c'est un savant qui compose les antiquités de la ville d’Athènes (de Paris) ; comme il a du mérite, il veut qu'on ait de

dressaient à Sauval ses maîtresses, ainsi que ses contemporains, était, se tenant pour homme de mérite, d'exiger qu on lui témoignât de la délérence. Il y avait peut-être dans son cas un peu de ce contentement de soi, de cet orgueil auquel cèdent si volontiers les érudits et qui ne laisse pas de leur donner dans le monde une assez sotte figure. C'est le jugement sommaire que Boileau portait sur Sauval. Peut-être encore le satirique y mettait-il un peu de ce parti pris qu'il avait

volontiers contre le monde précieux. Tout au con-

la déférence pour lui, et je ne sais si ce n'est point pour

cette raison que Dinamise et lui ont été plus de cent fois

mal ensemble. Comme il est volage, l'on peut dire qu'Eole est un dieu dont il fait grand cas ; rarement le calme est chez lui, et il est mal aisé de lui plaire et fort aisé de faire le contraire ; c’est ce qui cause ces fréquents divorces entre eux »,

— « Istrine est une précieuse âgée de trente-deux ans ; elle a vu dans ses fers Sidroaste, qui la aimée quelque temps et qui l’aimerait peut-être encore s’il avait trouvé en elle autant de douceur que d'esprit : ce n’est pas que la chronique n’allègue une autre raison de ce changement, et que les sentiments ne soient partagés en cette rencontre ; mais quelque chose que l’on puisse dire à son désavantage, l’on n'est pas toujours caigneux pour l'être estimé, et il ne faut pas toujours croire lés apparengre, »

traire, les savants de l'époque, à qui Sauval avait prêté son manuscrit, avaient pour Jui une singulière estime. À cet égard, les témoignages abondent : Borel (1), conseiller et médecin ordinaire

du roi, Guy Patin (2), en font un grand éloge,

(1) « M. Sauvalle, homme très curieux et entendu en architecture, aux antiquités et autres belles connaissances.

« Ce rare livre des Antiquités de Paris, in-folio, qu'il a composé, qui sera un ouvrage beaucoup plus complet que tout ce que nous avons eu, jusqu'ici, de Corrozet, Bonfons, Du Breul et autres, où se trouvera, avec la recherche et politesse du discours, la restitution des anciens hôtels de Paris et tout ce que l'architecture a de beau, comme aussi un trésor de mémoires et d’épitaphes des hommes dignes de renom qui sont enterrés à Paris. »

Trésor de recherches et antiquités gauloises et françaises, par P. BorEL, Paris, 1655, in-4o, p. 158.

@) « Il y a ici un jeune homme nommé M. Sauval, parisien, qui travaille avec beaucoup de soin et de peine à nous faire une pleine histoire de la ville de Paris. Vous savez que cet abrégé du monde est divisé en Ville, Cité et Université : il fait une recherche de toutes les fondations des églises, des monastères, des hôtels et maisons des princes, et en a obtenu de très bons mémoires. Il espère de faire commencer à Pâques l'édition du premier tome qui sera, bientôt après, suivi du second ; ces deux premiers contiendront toute l’histoire de la Ville ; il viendra ensuite à l'Université et à la Cité, lesquels auront chacun leur volume. Il y aura là-dedans quantité d’éloges de plusieurs savants hommes qui sont enterrés à Paris. Tous les collèges et communautés seront décrits selon les registres de leur fondation, »

16 novembre 1655.

Nouvelles lettres de feu M. Guy PATIN, lirées du cabinet de

M. CH. Spon. Amsterdam, 1718, in-12. Tome II, p. 157.

et, n'était cette mauvaise langue de des Réaux (1), on pourrait tenir que ses contemporains furent unanimes à rendre hommage à l'énorme labeur de Sauval. | C'est qu'à vrai dire, le travail de Sauval valait qu'on lui rendît justice. Aimsi que l'écrira un des plus sûrs historiens de Paris de l'âge suivant, Jaillot, Sauval avait fait, pour arriver « à une connaissance plus exacte de nos antiquités, des recherches immenses, recueilli, dans les dépôts publics et dans les archives particulières, un nombre énorme de documents et de lettres qui pouvaient donner des lumières certaines sur

l’état ancien et moderne de Paris (2). » Sauval

(1) « Sauval est un garçon de Paris, qui fait trois volumes in-folio, intitulés : Paris ancien et moderne, où il remarque tout ce qu'il y à de beau. Ce travail sera utile. Furetière disait : les gens de lettres qui voient cela disent : Je pense que pour ce qui est de la peinture et de l'architecture il en parle bien, mais pour le reste ce n'est point bien écrit ; et que les peintres et les architectes disent : Nous croyons que cela est bien écrit, mais il ne parie point bien ni de l'architecture, ni de la peinture.

TALLEMENT DES RéAux, Historiettes, V', p. 239.

(2) JAILLOT : Recherches critiques, historiques et géographi-

ques sur la ville de Paris. Ed. 1782. Discours préliminaire, p. IX.

entrelnt én outre une correspondance prodigieuse avec tous les hommes qui s'étaient fait un nom dans les branches les plus diverses de l'érudition. Pelisson, Patin, Sorel, Costar, La Caille, le P. Lelong, Duchesne, Ducange, le P. Labbe, Pas.

quier, Sainte-Marthe, Dupuy, Godefroy, de Launoy, P. Petit, tous les érudits ses contemporains,

lurent consultés ou mis à contribution par Jui (x).

(1) « La méthode que M. Sauvale à suivie dans sa COMpPOsition me paraît excellente. Le corps de son histoire est tout d’une suite sans embarrasser son discours d'aucunes preuves qui le pussent interrompre. Il s’est contenté de renvoyer ses lecteurs aux actes qu'il a mis séparément à la fin de Son ouvrage. La plupart de ces actes consistent en des pièces manuscrites dont il avait eu la commmunication. Le Trésor des Chartes du roi lui avait toujours été ouvert pour en emporter chez lui tout ce qui pouvait servir à son dessein, M. Fouquet, alors procureur général, lui avait donné cette permission, Il avait eu aussi ia communication des papiers de la Chambre des Comptes de Paris ; il avait consulté les registres du Parlement et ceux des autres Cours, outre ce que plusieurs particuliers lui avaient fourni. I1 a été nécessaire de vous faire ce détail, afin que vous sachiez de votre ami si le manuscrit de M. Sauvale est demeuré tel que je viens de vous le représenter : car ce n’est presque rien avoir que d’avoir le corps de son histoire sans les pièces manuscrites qui contenaient, séparément les preuves de tout le livre.

Une des pièces les plus curieuses que j'y trouvai, est celle des Synagogues et de l'état des Juifs qui étaient autrefois

, is plus Paie eux-mêmes louè-

et sans ie

D. rigueur de vouloir se hausser à être « le. phénix des esprits relevés », au lieu de demeurer un simple et honnête savant. Au moins est-ce

à Fi impression que donne un des commentaires de

F Brossette. .

Ra (( Sal auteur d'une histoire manuscrite des Fu Due de Paris, avait travaillé sur d'assez | bons mémoires, mais il gâla tout par son style

: chargé d'expressions ampoulées et de figures ex-

lravagantes. Il avait mis dans cette histoire, un

de chapitre des lieux de débauche qui étaient autre- : fois dans Paris. M. Despréaux se souvenait d’un “ passage de ce chapitre, qui peut servir à juger du style de Sauval : « Ces sales impudiques, ces Im-

fâmes Aébeuchécs allèrent chercher un te dans

dans Paris ; mais ce petit traité ne pouvait pas être agréable à quelques familles de Paris qui tirent leur origine de ces Mrduifs. Je lui dis mon sentiment là-dessus et sur quelques autres endroits ».

à R SIMON, Lettres choisies. “Dhotterdans. 1705, tome III.

la rue Brisemiche, et de là, elles contemplèrent en sûreté, les tempêtes et les orages qui s'élevaient continuellement dans la rue Chapon. » (1).

Il est difficile de quger si ce style ampoulé et un peu ridicule était celui de Sauval, car 1l n'eut point le temps de mettre un ordre complet dans ses manuscrits, n1 de les publier. Peut-être ae une autre raison, et qui éclairerait un certain côté du caractère de Sauval, lui en fit-elle différer la publication.

Sauval, ayant rendu au ministre Colbert un service qu'il tenait à bon droit pour considérable, demanda une pension de mille écus et une charge à l'Hôtel de Ville Comme le ministre lui Opposait un refus, Sauval, qui était d’un naturel cha-

grin, se refusa à publier son ouvrage (2).

(1) Œuvres de BoiLrau. — La Haye, 1724, Commentaires de M. BROSSETrE.

(8) « L'ouvrage, tel qu'il était, aurait vu le jour, si M. Colbert avait voulu faire donner à l’auteur une pension de mille écus, et je ne sais quelle charge honoraire seulement dans la Maison de ville, c'est ce qu’il a répété plusieurs fois. Comme il était d’un naturel chagrin, il ne put supçorter ce refus. Et ce qui augmentait son chagrin, c'est qu'il

Peut-être encore n'en eut-il pas le temps. Il mourut en eflet à cinquante-trois ans, le 21 mars 1671 (1). Il avait, peu auparavant, en dehors de ses dispositions testamentaires, fait acte de dona-

ton, au bénéfice de l'Hôpital Général, de la plus

prétendait avoir rendu à M. Colbert un grand service dont il croyait n'avoir pas été bien récompensé. Les moines de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés demandaient au roi des grosses sommes d'argent pour de certaines places qui étaient à eux. M. Colbert leur avait fait offrir une somme considérable qu'ils refusèrent. d'accepter. Sauvale, qui avait vu dans le Trésor une pièce en très bonne forme, qui contenait le paiement qu’on avait fait pour cela aux moines, alla lui-même en donner avis à M. Colbert. Et en effet, la pièce se trouva dans l’endroit désigné et telle qu'il l'avait marquée. L'on vit par là que les bénédictins de Saint-German-des-Prés demandaient avec instance une dette qui avait été acquittée. M. Sauvale se plaignait de ce que M. Colbert ne lui avait envoyé pour un avis de cette importance que cent louis qu’il n'avait pas voulu recevoir. Pour moi, je ne pus m'empêcher de lui témoigner, qu’en cette occasion, il avait agi avec peu de prudence, et qu’il devait voir auparavant si la pièce en question était encore dans les chartes du Roi : car si elle ne s’y fut plus trouvée, on aurait pu l’inquiéter pour avoir osé emporter chez lui un avis de cette conséquence, qu'il disait avoir remis en sa place. »

Lettres choisies de M. Simox. — Rotterdam. Tome III.

(1) « Le dimanche 22° jour de mars, a été inhumé au cimetième Henry Sauvalle, avocat au parlement, âgé de cinquante trois ans, décédé garson le jour précédent. »

Registres de la Paroisse St-Jacques-la-Boucherie.

grosse partie de sa fortune (r). Il léguait ses manuscrits à son ami Claude-Bernard Rousseau, conseiller du roi et auditeur à la Cour des Comptes, qui avait été pour quelques parties, croit-on, son collaborateur. Rousseau entreprit de compléter l'œuvre de Sauval, de la corriger aussi. I fut à son tour surpris par la mort au milieu de son travail et les manuscrits tombèrent en des mains inconnues.

C'est seulement cinquante ans après la mort de Sauval que son ouvrage devait être imprimé. Un prospectus de 1722, conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal annonce la publication prochaine, avec approbation et privilège du roi, de l'Histoire

et recherches des antiquilés de la ville de Paris,

(1) Note Berry : Archives de l'assistance publique. Fonds de l'Hôpilal Général, liasse 511. Acte de donation à l'Hôpital général du 14 mars 1671, par Henri Sauval, demeurant à Paris, rue Dauphine de :

1o Une maison ayant pour enseigne la Corne d’or, rue de la Savonnerie, au coin de la rue de la Heaumerie ;

80 Une maison sise rue de Brézin et contiguë à celle de la Herse en Croissant (coin de la rue Bourbon le Château).

3° Deux moitiés de maisons situées l’une rue Saint-Martin l'autre rue de Venise.

volume in- -folio a.

L'édition des œuvres de Sauval, outre qu elle

… infidèle, ainsi que l'a très nettement établi Le

Roux de Lincy, est incomplète. En dehors de quelques fragments que les éditeurs ont cru convenable de couper, il existe en effet deux longs mémoires qu'ils n’ont pas imprimés, le premier,

la Chronique scandaleuse de la Cour, parce qu'ils

| nele jugèrent pas opportun, le second la Chroni-

que scundaleuse ou Bordel de Paris, parce qu'ils

nen possédaient pas vraisemblablement le ma- : nuscril, Et ceci nous conduit à rechercher, après Le Roux de Lincy, ce qu'il était advenu des ma- nuscrits de Sauval. A la mort de son ami Claude Rousseau, ils étaient passés entre les mains des e éditeurs anonymes de 1722 et sans doute est-ce

4 du Hire Moette que les tenait de d'Aguesseau,

.. () L'ouvrage parut en 1724, chez Charles Moette et Jacques Chardon, et se vendit mal. On fit en effet en 1732 et en 1750 si des « rhabillages » de cette première édition qui ne compor- .: tent qu'un, tirage nouveau du titre.

2h {INTRODUCTION

dans la bibliothèque de qui ils entrèrent à une date inconnue (1). A la vente du cabinet de d'Aguesseau, en 1785, ils disparurent à nouveau sans qu on ait jamais su à qui ils furent adjugés. M. de Montmerqué crut les avoir retrouvés en 1843. Ce n'était qu'une copie du xvir siècle, d’ailleurs fort importante, un manuscrit de plus de cinq cents pages, aux armes de Félibien, contenant quelques-unes des parties supprimées par les éditeurs. M. Le Roux de Lincy, dont il devint par la suite la propriété, l'a étudié dans le Bulletin du Bibliophile, avec d'autant plus de soin qu'il lui servit à préparer une réédition des Antiquités de Sauval, destinée à la grande Collection de l'Histoire de Paris. Le manuscrit de M. de Liney, prêt pour l'impression ajoute-t-on, fut brûlé avec l'Hôtel de Ville pendant l'incendie de mai 1871 (2)

(1) Catalogue des livres imprimés et manuscrits de feu M.

d'Aguesseau, doyen du Conseil, Paris, Née de la Rochelle, 1785. In-8.

No 4.716. Histoire de Paris, par le sieur Sauval, en neuf portefeuilles. (Provient de la bibl. de CI Bern. Rousseau, auditeur des Comptes qui en fut l'éditeur). |

(@) Abbé Dufour. Bibliographie, p. 484.

ne S'il est étrange que la trace des manuscrits . confiés par Sauval à son ami Claude Rousseau se soit perdue, il est plus surprenant que ce soit la | seule partieiqu'il ne lui a point léguée, le Traité des Bordels, qu'on ait conservée. Que cette partie : n'ait point été entre les mains de Rousseau, c'est ce qu’une lettre de 1698, de Richard Simon, af- . firme positivement, et Sauval avait en cela obé au conseil que d’aucuns, et Richard Simon le premier, lui avaient donné, de supprimer ce chapitre

de son travail (1).

(1) « J'avais lu le manuscrit de M. Sauvale sur les anti- quités de Paris, qui m'avait été mis entre les mains par l'auteur pour lui en marquer mon sentiment. Je ne savais . ca qu'était devenu cet ouvrage, où l’on trouve un grand nombre de pièces très curieuses, et dont une bonne partie : n’a point encore vu le jour. Je le croyais perdu entièrement et je m'étais imaginé qu’on avait jugé à propos de le sup- primer pour certaines raisons dont je vous entretiendrai quand j'aurai l'honneur de vous voir. Mais votre ami m'a appris qu’il était entre les mains d’un fort habile homme, à la réserve d’une pièce que je n’ose vous nommer. C’est un - traité des Bordels qui étaient autrefois dans Paris. Je trouvai ce traité si infâme et si honteux à la nation, que je conseillai à l’auteur d’en faire un sacrifice à Vulcain. Il y a de l’apparence qu'il m'aura cru, puisque cette pièce ne s’est pas trouvée, après sa mort, avec les autres que renferme cette histoire. » Leltres choisies de M. Simon. Rotterdam, 1705. Tome II, p. 301.

Scrupules puérils et d’ailleurs très vains, car il existait du Traité des Bordels, dès le xvn° siècle, plusieurs copies manuscrites qu'on se passait de mains en mains. Nous en avons retrouvé quatre : une à Rouen, provenant de la collection Leber, une à la Bibliothèque Nationale (manuscrit français 13635 (1), deux dans des bibliothèques d’érudis (2);

C'est sur deux de ces copies fautives, et dont

quelques parties même ont été mal lues, qu'a été

) Bibliothèque nationale. Manuscrits français.

43.635. Histoire des Amours de la Cour et de Paris, par Sauval (xvi° siècle, 496 pages, 195* x 150", rel. veau rac.). Ces copies durent se multiplier, car le manuscrit 13,636 du même fonds qui contient les Anecdotes secrèies el amoureuses de la Cour de France, (338 pages, 212" x 160”, rel. veau rac.) est du xvim° Siècle.

(@) L’une, provenant du libraire Desbois, a pour titre .: Le Bordel de la Cour et de Paris, in-8, mar. rouge, dos orné, fil, tr. dor., rel. anc... Cette copie contient

Le Bordel de la Cour et de Paris, 71 ff. ; La Chronique scandaleuse de Paris, 40 ff.; Arrêt touchant les femmes de mauvaise vie de la rue Baïllehot, près Saint-Merry, 4 ff. La garde porte, d'une écriture moderne : « Melanges hist. des plus curieux, pour la Chronique de la Cour des Rois de France et pour la Chronique de Paris. Ouvrage non publié. »

La seconde (398 ff.), reliée en parchemin teinté de vert, porte pour titre : Chronique scandaleuse de la Cour. Page 243, commence la Chronique scandaleuse de Paris.

publiée l'édition belge de Gay, la seule qui existe. Or, le manuscrit original a été conservé, il fait partie du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, collection Baluze, n° 232. C'est un volume in-fol. de 127 feuillets qui, outre un certain nombre de discours, sur les charrettes, les coches, etc., contient (F° 14 v° à Fol. 282) la Chronique scandaleuse de Paris. C’est sur ce manuscrit, qui est de la main de Sauval, qu'a été

collationné le texte que nous publions auJour-

d'hui (1).

Le Breziopuie JEAN.

(1) Quelques parties du manuscrit, plus particulièrement eelles qui concernaient la vie dissolue des prêtres, ayant été brièvement résumées, ou même supprimées par Sauval, nous avons cru bon de les rétablir en italique dans le texte.

Enfin, nous avons joint, en appendice à cette édition, un arrêt de 1387 concernant les femmes de mauvaise vie, qui figure dans deux des copies du xvue siècle et qui nous a paru compléter heureusement l’histoire de la destruction du Huleu, qui est une des parties les plus curieuses du « Traité » de Sauval.

Si je ne fais pas venir de si loin la chronique

scandaleuse de Paris, que J'ai fait celle de la Cour (r), c’est que l'histoire ne se charge guère que des événements des Rois et des Grands, et qu'elle descend rarement jusqu'aux aventures des particuhers.

Sous Philippe E*, Yves de Chartres excita Gautier, évêque de Meaux, maintenant suffragant de Paris, de transporter ailleurs les religieuses de Faremoutiers qui menaient une vie

scandaleuse.

{) Le titre complet du manuscrit de Sauval est : « Chronique scandaleuse de la Cour et de Paris » : nous ne publons àci que la seconde partie, la seule qui soit à peu près inconnue, la première ayant eu, sous des titres divers, au moins trois éditions.

Les Religieuses de Saint-Eloi (1) où sont à présent les Barnabites, près le Palais, ne vécurent pas mieux. Leurs crimes devinrent si publics et si scandaleux, qu'en 1104, Gabon, évêque de Paris, les chassa de leur monastère et donna leur couvent aux Religieux de Saint-Maur.

Sous Louis le Gros, les religieuses d'Argenteuil menèrent la même vie, les unes furent transférées à Malnoire, les autres au Paraclet, où elles suivirent Héloïse, cette dame illustre qui fit les tourments de l'âme et les délices du grand Abélard. Sous Saint Louis, on fit sortir de Laon, ville comprise dans le gouvernement de l'Ile-de-France, les Religieuses de Saint-Jean, à cause de leurs débauches. Je ne sais ce que devinrent celles de Saint- Eloi : car si du Breul dit que l’évêque de Paris les

répandit dans les abbayes de Montmartre, de

(1) Ce monastère, fondé assurait-on par saint Eloi, occupait l’espace compris entre les rues de la Calende et la Vieille Draperie, la rue de la Barillerie et la rue aux Fèves. Les religieuses furent, ainsi que l'écrit Sauval, dispersées à cause de leurs mœurs scandaleuses par ordre de l'Evêque de Paris, en 1104.

Saint-Antoine-des-Champs et de Chelles. Je tiens en cette rencontre Chelles, qui véritablement était fondée longtemps auparavant, aussi suspect que Montmartre et Saint-Antoine-des-Champs qui ne furent fondées que longtemps après. |

Vers ces siècles-là, et depuis, les Parisiens Jetèrent les fondements de quelques autres monastères où les femmes publiques vinrent faire pénitence (1). Le premier fut Saint-Antoine-des-

Champs, sous Philippe Auguste, le second (2) les

(1) Ces nombreuses fondations seraient pour surprendre si l’on ne songeait qu’au contraire des lois juives et romaines, qui marquaient à tout jamais d’infamie la prostituée, la loi chrétienne ne voyait en elle qu’une égarée, une pécheresse, la Madelaine que l'amour de Dieu pouvait ramener à la vertu. Il y a dans la religion chrétienne cette pensée toujours présente de la rédemption par le repentir et par la foi, pensée qui soutenait les prédicateurs du moyen âge dans leur effort pour ramener à Dieu « les filles folles de leur corps » et qui justifia le grand nombre de maisons de retraites fondées pour aider les prostituées à reconquérir la vertu par la foi.

(2) La fondation des Filles-Dieu est antérieure au règne de saint Louis qui ne fit qu’agrandir leur maison et lui conféra des privilèges. Cest Guillaume d'Auvergne, plus tard évêque de Paris, qui, pour les filles qu'il avait converties fit bâtir en 1225-1226 « une maison hors la ville près Saint- Lazare ». Il intéressa par la suite saint Louis au sort de

Filles-Dieu, entre Paris et Saint-Lazare, sous

houis VI et. Saint-Louis, le troisième l'Hôpital d'Imbert-des-Lions, près la porte de Saint-Denis, donné aux Filles-Dieu sous Charles VII, le quatrième les Filles-Pénitentes (1) appelées alors, tantôt les Filles-Rendues, tantôt les Femmes-Re-

penties et établies par Louis X, duc d'Orléans,

depuis roi de France, dans la rue des Deux-Ecus, mais transportées.en Ja rue Saint-Denis, sous Charles IX, ‘par Catherine de Médicis. Le dernier a été fondé de nos jours, près Je Temple, sous..le.

re

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